Des réseaux qui manquent encore dans les campagnes
Au Burkina Faso, l’électricité n’est pas seulement une affaire de production. C’est une question de continuité scolaire, de soins de santé, de conservation des aliments et de stabilité pour les petites activités économiques. Quand le courant manque, ce sont surtout les communes éloignées, les centres de santé ruraux et les ateliers informels qui paient le prix fort. Le nouveau cap fixé par les autorités s’inscrit donc dans un enjeu très concret : raccorder davantage de ménages, mais aussi faire tenir le réseau jusqu’aux zones où il n’arrive pas encore régulièrement.
Ce dossier s’insère dans une séquence régionale plus large. En Afrique de l’Ouest, l’intégration électrique progresse par à-coups, au rythme des interconnexions et des financements. Le Burkina Faso s’inscrit aussi dans l’initiative Mission 300, portée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, qui vise à donner accès à l’électricité à 300 millions d’Africains d’ici 2030. Dans ce cadre, les pactes nationaux cherchent à combiner réseau, mini-réseaux, solaire et renforcement des compagnies publiques.
Ce que prévoit le gouvernement burkinabè
Jeudi 10 septembre 2026, à Bobo-Dioulasso, le Conseil des ministres a autorisé un financement de plus de 104 milliards de FCFA pour accroître la capacité énergétique du pays. Selon le compte rendu officiel, l’enveloppe doit renforcer les moyens de la SONABEL, la société nationale d’électricité, et de la nouvelle Agence Faso Vêenem, tout en soutenant l’extension des réseaux de transport et de distribution. L’objectif affiché est d’atteindre 70 % d’électrification à l’horizon 2030.
Cette annonce ne sort pas de nulle part. Le Pacte national de l’énergie 2026-2030 fixe une cible plus large : 90 % d’accès national à l’électricité en 2030, avec 100 % en zone urbaine et 70,73 % en zone rurale. Le document officiel indique qu’en 2024, le taux d’électrification national était de 34,20 %. Il précise aussi que le taux urbain atteignait 87,83 %, contre 10,21 % en milieu rural.
Le détail est important. Les autorités ne misent pas seulement sur de nouvelles centrales. Le pacte prévoit aussi des solutions décentralisées, des mini-centrales solaires, des équipements de réseau et un recours accru au partenariat public-privé. Le document de juin 2026 présente même une trajectoire d’extension du réseau, avec des lignes HTA et BT supplémentaires, des postes à créer ou à réhabiliter, et une montée en puissance du solaire dans le mix national.
Un écart urbain-rural encore très marqué
Le cœur du problème reste le fossé entre Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et les zones rurales. La Banque mondiale notait déjà, dans son actualisation économique de juillet 2025, que l’accès à l’électricité demeurait bien en dessous de la moyenne régionale. Dans un document technique, l’institution indiquait qu’en 2023, l’accès urbain était monté à 87,0 %, tandis que le rural restait à 7,0 %. Le pacte burkinabè montre qu’un an plus tard, ce second chiffre a progressé, mais à partir d’un niveau très bas.
Ce contraste change tout pour les ménages. En ville, l’enjeu est surtout la fiabilité : limiter les coupures, sécuriser la tension et soutenir la consommation des entreprises. À la campagne, la question est plus élémentaire. Il faut d’abord installer le réseau, ou trouver des solutions hors réseau. C’est pourquoi le pacte insiste sur l’électrification rurale décentralisée et sur des installations de dernière génération, plutôt que sur le seul prolongement des lignes existantes.
L’autre enjeu est financier. Le document officiel attribue une place centrale au secteur privé, appelé à contribuer fortement aux investissements énergétiques. Il rappelle aussi que le pays veut réduire sa dépendance énergétique et rendre les services publics de l’électricité plus viables. En clair, le gouvernement cherche à sortir d’un modèle où la demande augmente plus vite que les moyens de production et de distribution.
Pourquoi ce chantier dépasse le seul Burkina Faso
Pour l’Afrique de l’Ouest, ce type de programme a une portée qui dépasse les frontières burkinabè. La CEDEAO pousse depuis des années l’interconnexion des réseaux et la circulation régionale de l’électricité. Le Burkina Faso, pays enclavé, a tout intérêt à mieux articuler sa propre stratégie avec ces dynamiques. Si les investissements annoncés se traduisent par des réseaux plus robustes et des capacités de production mieux réparties, ils peuvent aussi réduire la pression sur les importations et améliorer la sécurité énergétique dans le Sahel central.
Le calendrier sera donc décisif. Le pacte national étale sa mise en œuvre jusqu’en 2030. D’ici là, le pays devra convertir les annonces en raccordements réels, surtout dans les campagnes, où vit encore une part importante de la population. Le véritable test sera simple à lire : moins de distance entre les chiffres du plan et la lumière dans les foyers, les écoles, les centres de santé et les ateliers. C’est là que se jouera la crédibilité de l’objectif fixé depuis Bobo-Dioulasso.