À Madagascar, la concertation avance, mais la bataille se joue déjà sur sa méthode

À Antananarivo, le vrai enjeu n’est pas seulement de lancer une concertation nationale. Il est de savoir qui fixe les règles du jeu, qui arbitre les désaccords, et jusqu’où la parole des Malgaches comptera vraiment dans la suite du calendrier politique. Dans un pays où la refondation institutionnelle reste liée à la sortie de crise et au retour à un ordre constitutionnel complet, la composition d’un comité technique n’est jamais un détail administratif. Elle dit beaucoup de l’équilibre des forces.

Madagascar appartient à la Communauté de développement d’Afrique australe, la SADC, qui compte 16 États membres. L’organisation régionale suit de près l’évolution politique malgache depuis la transition en cours, et elle a encore récemment salué les efforts engagés pour aller vers une gouvernance inclusive et un retour à la normalité constitutionnelle. Autrement dit, ce qui se joue à Antananarivo dépasse les frontières de l’île : cela concerne aussi la crédibilité régionale du processus.

Un comité de 35 membres pour encadrer un processus sensible

Le 3 septembre 2026, le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a signé l’arrêté qui officialise la désignation des 35 membres du comité technique chargé d’accompagner la concertation nationale. Ce comité avait été créé par le décret n°2026-1543 du 17 juin 2026. Sa mission est double : suivre le déroulement du processus et trancher en cas de blocage.

La composition retient l’attention. On y retrouve des représentants de la Présidence de la Refondation, des ministères de l’Intérieur, des Finances et de la Refondation, ainsi que des délégués des jeunes, des Raiamandreny, des confessions religieuses et de la société civile, répartis par région. Parmi les noms cités figurent notamment Océane Ranjeva pour les mouvements de jeunes d’Antananarivo, ainsi qu’une personnalité issue de Transparency International Madagascar parmi les deux personnes choisies directement par le chef du gouvernement.

Le point sensible, lui, tient à la place du FFKM, le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar, appelé à piloter le processus de dialogue. Dans ce comité technique, le FFKM n’obtient qu’un seul représentant titulaire, alors que le dispositif est censé soutenir son action sur le terrain. Cette configuration peut être lue comme une volonté d’équilibre institutionnel. Elle peut aussi être perçue comme une manière de garder le dernier mot à l’exécutif.

Un calendrier étalé, des consultations de base et un arbitrage final très politique

Le gouvernement malgache présente cette concertation comme une étape de préparation à des réformes plus larges : révision des textes électoraux, réforme du processus électoral, renforcement de la Commission électorale nationale indépendante, puis référendum constitutionnel et élections présidentielles. Ces orientations figurent dans la politique générale de l’État exposée par la Primature. Le texte insiste aussi sur la lutte contre la corruption, la décentralisation effective et la restauration de la confiance dans l’État.

Le calendrier publié par le FFKM prévoit un démarrage concret des discussions en août 2026 et une poursuite jusqu’en mars 2027. Les premières consultations doivent commencer le 14 septembre dans les fokontany, les plus petites unités administratives du pays. À ce niveau-là, le débat sort des bureaux d’Antananarivo et touche directement les quartiers, les villages et les communes. C’est souvent là que se mesurent la participation réelle, les attentes sociales et la capacité des autorités à faire remonter les doléances locales.

Le mécanisme de décision prévu par le texte place le consensus au centre. En cas d’échec, la majorité absolue l’emporte. Et si les voix sont à égalité, le Premier ministre tranche. Ce détail est essentiel. Il montre que le comité n’est pas seulement un organe d’organisation. Il peut devenir un lieu d’arbitrage politique. Dans un contexte de transition, cette disposition renforce la capacité de l’exécutif à orienter le processus au moment décisif.

Ce que cela change pour les institutions, la société et les élections à venir

Pour les institutions, l’enjeu est la crédibilité. Un comité large peut rassurer sur l’ouverture du processus. Mais la répartition des sièges et le rôle d’arbitre final pèsent sur la perception de neutralité. Dans un pays où la sortie de transition reste observée par la SADC, la forme compte presque autant que le fond. La région a d’ailleurs déjà rappelé son soutien à la participation citoyenne, à la responsabilité publique et au retour à la normalité constitutionnelle à Madagascar.

Pour les Malgaches, l’enjeu est plus concret. Les jeunes veulent être entendus sur l’emploi, l’éducation et l’accès aux services publics. Les collectivités locales attendent des signaux sur la décentralisation. Les acteurs religieux et traditionnels cherchent à préserver leur rôle de médiation. La société civile, elle, veut éviter qu’une concertation nationale ne se réduise à une scène de validation déjà écrite. C’est là que la présence de profils issus de l’intégrité publique ou de la défense de la transparence devient politiquement utile.

Le cas malgache résonne aussi au niveau continental. Dans plusieurs pays africains, les périodes de transition se heurtent au même défi : organiser une discussion nationale sans que l’agenda électoral ne soit absorbé par des rapports de force trop déséquilibrés. À Madagascar, la séquence à surveiller est désormais claire : les consultations de septembre dans les fokontany, la consolidation des synthèses régionales, puis la capacité du comité à produire un texte acceptable avant l’étape constitutionnelle et les scrutins annoncés. Si le processus tient, il pourra nourrir une sortie de crise plus structurée. S’il se referme trop vite, il risque d’ajouter de la méfiance à une transition déjà très attendue.