À Zamboï, la reprise du travail dit la fragilité d’un secteur trop peu encadré

Sur les pistes poussiéreuses de la Nana-Mambéré, en République centrafricaine, l’or attire bien plus que des creuseurs. Il draine des familles entières, des commerçants, des convoyeurs, des intermédiaires et des travailleurs venus de plusieurs pays voisins. Mais quand un site s’effondre, c’est toute cette économie de survie qui révèle sa face la plus dure.

À Zamboï, au nord-ouest du pays, non loin de la frontière camerounaise, cette tension est encore visible. Deux semaines après l’éboulement qui a endeuillé le site artisanal de Zamboye, des habitants sont déjà revenus près des trous. Le chantier reste officiellement fermé, mais la pression économique et les circuits informels continuent de peser lourd sur le terrain.

Un accident minier devenu affaire publique en Centrafrique

L’éboulement s’est produit le 18 août 2026 sur un site d’or artisanal de la préfecture de Nana-Mambéré. Le ministère centrafricain des Mines a ensuite avancé un bilan provisoire de 49 morts, dont 34 Centrafricains, 13 Camerounais et 2 Tchadiens. D’autres sources locales ont parlé d’un bilan supérieur dans les premières heures, preuve du flou qui entoure souvent les catastrophes sur les sites miniers artisanaux.

Le site appartient à la société Douakouzou. Selon les éléments recueillis sur place, il avait été fermé avant le drame. Malgré cela, des travailleurs seraient restés autour des puits, puis seraient revenus en nombre après l’accident. L’enquête vise aussi les personnes soupçonnées d’avoir encouragé cette reprise en dépit des interdictions.

Le ministre des Mines, Rufin Benam-Beltoungou, s’est rendu sur le terrain pour expliquer le déroulé des faits. D’après ses déclarations, un premier affaissement aurait alerté les travailleurs, avant qu’un second mouvement de terrain ne les piège dans une zone boueuse. Les pluies abondantes de plusieurs jours ont rendu le sol plus instable et ont compliqué toute évacuation rapide.

Les autorités locales ont ouvert une enquête judiciaire. Le site reste interdit d’accès. Des présumés instigateurs ont été identifiés, mais ils ne sont pas encore arrêtés. Dans le même temps, l’État promet de renforcer à la fois la sensibilisation et la répression.

Ce que révèle Zamboï sur l’économie de l’or en RCA

Le cas de Zamboï rappelle une réalité ancienne en République centrafricaine : l’exploitation artisanale de l’or fait vivre des milliers de personnes, mais elle fonctionne souvent avec peu d’encadrement, peu d’équipements de sécurité et une présence publique inégale. Dans ce type de site, l’emploi est immédiat, les revenus circulent vite et les marges échappent souvent au fisc comme au contrôle technique.

Pour les familles, la mine est d’abord un revenu. Pour l’État, elle représente aussi une source potentielle de recettes, à condition que les circuits de vente soient tracés. Pour les entreprises déclarées, elle suppose des obligations de sécurité, de fermeture et de réhabilitation. Quand ces règles ne sont pas respectées, le risque humain devient brutalement supérieur au gain immédiat.

La dimension frontalière compte tout autant. La Nana-Mambéré est un espace de passage entre la République centrafricaine et le Cameroun. Dans cette zone, l’or ne reste pas seulement sur place : il circule. Les trajets par moto, les acheteurs intermédiaires et les réseaux de collecte sont autant de canaux qui rendent le contrôle difficile. Cette réalité donne au drame une portée régionale, pas seulement locale.

La République centrafricaine est déjà engagée dans une tentative de remise en ordre du secteur minier. Le ministère des Mines affiche une volonté de suivi, de contrôle et de formalisation. Mais sur le terrain, l’économie informelle garde une forte capacité de rebond. Les habitants reviennent vite, parce que le besoin d’argent est immédiat et que les alternatives restent limitées.

Une question de sécurité, mais aussi de gouvernance

Zamboï expose enfin une faiblesse plus large : la difficulté à concilier activité minière, sécurité des travailleurs et contrôle de l’espace. Quand un site rassemble en quelques semaines des milliers de personnes, venues parfois de très loin, l’administration locale doit gérer à la fois la circulation humaine, la sécurité, l’environnement et la fiscalité. C’est un défi majeur pour Bangui, mais aussi pour les préfectures frontalières, souvent moins équipées.

Le problème n’est pas propre à la République centrafricaine. Dans plusieurs pays d’Afrique centrale, l’artisanat minier nourrit des économies locales, mais il reste fragile dès qu’il échappe aux normes. La CEMAC, la communauté économique régionale de l’Afrique centrale, travaille d’ailleurs à un code minier communautaire pour mieux encadrer ce secteur. Sur le papier, l’objectif est clair : organiser une activité qui fait vivre des populations sans laisser la sécurité au second plan.

Dans l’immédiat, Zamboï restera surtout un test pour les autorités centrafricaines. Elles doivent montrer qu’une fermeture annoncée peut être appliquée, qu’une enquête peut aller jusqu’au bout et qu’un site minier ne peut pas rouvrir sous la pression des besoins quotidiens. Dans un pays où l’or pèse sur les revenus ruraux, sur les échanges frontaliers et sur les équilibres locaux, la réponse donnée à Zamboï comptera bien au-delà de la Nana-Mambéré.

La suite se jouera sur plusieurs plans : la poursuite de l’enquête, la sécurisation durable des sites, et la capacité de l’État à imposer des règles crédibles dans un secteur où la richesse du sous-sol ne profite pas encore assez à ceux qui y travaillent. Pour les Centrafricains de Bangui comme pour ceux des zones minières, c’est là que se mesure la solidité réelle de la gouvernance minière.