Une finale qui ne s’est pas arrêtée au coup de sifflet

Dans le football africain, certaines rencontres se jouent en 90 minutes. D’autres continuent dans les bureaux, les commissions et les recours. La finale Maroc-Sénégal de la CAN 2025 appartient désormais à cette deuxième catégorie, car son issue sportive, son traitement disciplinaire et sa lecture administrative n’ont pas raconté la même histoire. Sur le terrain, le Sénégal a gagné 1-0 après prolongation, grâce à un but de Pape Gueye à la 94e minute, le 18 janvier 2026 à Rabat. Mais la procédure ouverte ensuite a prolongé le match bien au-delà de la pelouse.

Le débat a été relancé fin août 2026, lorsque Walid Regragui est revenu sur cette finale dans le podcast Magharib diffusé par Atheer. L’ancien sélectionneur marocain a défendu le penalty manqué par Brahim Diaz, tout en critiquant la décision de Pape Thiaw de faire quitter momentanément le terrain à ses joueurs après l’attribution d’un penalty au Maroc dans le temps additionnel. Dans plusieurs reprises de cette interview, il a aussi dit qu’il se considérait comme champion d’Afrique au regard du parcours marocain, même si la décision finale doit toujours venir du Tribunal arbitral du sport.

Ce que disent les instances, et ce qui reste contesté

Le cadre institutionnel est clair. La Confédération africaine de football a confirmé la finale Maroc-Sénégal le 8 janvier 2026, puis a enregistré le résultat sportif après la rencontre. Le 19 janvier, elle a aussi condamné le comportement jugé inacceptable de certains joueurs et officiels pendant les incidents de fin de match. Mais le dossier a changé de nature le 17 mars 2026, lorsque le Jury d’appel de la CAF a déclaré le Sénégal forfait pour la finale et homologué la rencontre sur le score de 3-0 en faveur du Maroc, en s’appuyant sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAN.

La Fédération sénégalaise de football a contesté cette lecture et a saisi le Tribunal arbitral du sport. Le recours a été enregistré le 25 mars 2026. Le TAS a ensuite fixé l’audience au 8 octobre 2026, à son siège de Lausanne. Autrement dit, l’affaire n’est pas close. Le verdict administratif de la CAF existe, mais il est suspendu au contrôle de la juridiction arbitrale sportive, qui dira si la sanction de forfait et le score de 3-0 doivent être confirmés, corrigés ou annulés.

Un incident de match devenu affaire d’image et de gouvernance

Le point de départ est connu. En fin de temps réglementaire, le Maroc obtient un penalty. Brahim Diaz le manque. Le Sénégal reprend ensuite la main dans la prolongation et s’impose sur le terrain. Mais la séquence qui suit l’annonce du penalty, avec la sortie temporaire des joueurs sénégalais, a déplacé l’enjeu du simple arbitrage vers la discipline et l’interprétation réglementaire. La CAF a considéré que cet épisode relevait de dispositions susceptibles d’entraîner un forfait. D’autres voix estiment au contraire que le résultat sportif ne devait pas être requalifié a posteriori.

Pour le Maroc, cette affaire touche à la fois l’honneur sportif et la continuité institutionnelle. Le 5 mars 2026, la Fédération royale marocaine de football a nommé Mohamed Ouahbi à la tête de l’équipe nationale A, mettant fin au cycle Regragui avant la Coupe du monde 2026. Cette transition a fermé un chapitre sportif, sans éteindre le contentieux né à Rabat. Pour le Sénégal, le dossier pèse sur la lecture d’un sacre continental déjà obtenu sur le terrain, puis contesté sur le plan administratif. Dans les deux cas, l’image internationale des sélections est engagée autant que leur palmarès.

Le dossier rappelle aussi une réalité du football continental : les compétitions africaines se jouent désormais autant dans les stades que dans les organes de contrôle. La CAF, le TAS et les fédérations nationales ne gèrent pas seulement des sanctions. Ils fixent aussi la valeur d’un résultat, la portée d’un incident et la frontière entre protestation, abandon momentané et forfait. Dans un contexte où chaque détail peut nourrir des mois de controverse, la solidité des procédures compte presque autant que la qualité du jeu.

Pourquoi ce dossier dépasse le simple Maroc-Sénégal

Cette affaire intéresse tout le continent parce qu’elle parle de gouvernance sportive, de lecture des règlements et de crédibilité des compétitions africaines. Le Maroc accueille souvent de grands rendez-vous du football continental et mondial, tandis que le Sénégal s’est installé parmi les équipes les plus régulières d’Afrique de l’Ouest. Entre Rabat et Dakar, c’est aussi le rapport entre la performance sur le terrain et la décision administrative qui se trouve examiné. Le TAS devra trancher à l’automne 2026, et son arrêt fera jurisprudence pour les futurs litiges liés aux interruptions de match et aux protestations collectives.

En attendant, l’épisode dit quelque chose de plus large sur le football africain contemporain : les équipes majeures y sont désormais jugées sur leur discipline, leur capacité à maîtriser la pression et leur aptitude à défendre leurs intérêts dans le cadre institutionnel continental. La finale Maroc-Sénégal n’est donc plus seulement une affiche de prestige. C’est aussi un test pour les mécanismes de recours de la CAF et pour la manière dont l’arbitrage sportif africain résout les contentieux nés des grands rendez-vous. Le 8 octobre 2026, à Lausanne, la compétition pourrait gagner un dernier prolongement, cette fois loin des tribunes de Rabat.