Une mine peut faire vivre un village entier. Elle peut aussi le fragiliser en un instant.
À Zamboyé, dans la Nana-Mambéré, l’or ne raconte pas seulement une promesse de revenus. Il structure les trajets, les achats du jour, les emplois venus d’autres préfectures et même des pays voisins. Depuis l’éboulement survenu le 18 août sur ce site artisanal proche de la frontière camerounaise, cette économie de survie s’est brusquement arrêtée. Les autorités ont fermé le chantier, et le vide laissé derrière les engins rappelle qu’ici, le moindre accident dépasse très vite le seul cadre minier.
Un secteur déjà dominé par l’artisanal, dans un pays où le contrôle reste limité
En République centrafricaine, l’or et le diamant sont surtout exploités de manière artisanale, selon les données du processus ITIE, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives. Le ministère des Mines dit aussi disposer d’un cadre de suivi et de contrôle des activités minières, mais le même cadre rappelle que la fermeture et la réhabilitation d’un site doivent faire partie de la gestion normale d’une exploitation. Zamboyé met donc en lumière une réalité connue à Bangui comme dans les zones rurales : la règle existe, mais son application se heurte souvent à l’étendue du territoire, à la pression économique locale et à la faiblesse des moyens de contrôle.
Le site se situe aussi dans une zone charnière. La Nana-Mambéré se trouve sur un axe de circulation entre la République centrafricaine et le Cameroun, avec des flux de travailleurs, de commerçants et de biens qui passent par Bouar, Baboua et Garoua-Boulaï. Cette porosité frontalière donne au drame une portée plus large qu’un seul village : quand la mine ferme, ce ne sont pas seulement les creuseurs qui s’arrêtent, mais aussi les petits transporteurs, les vendeuses de nourriture, les revendeurs de carburant et les familles qui dépendent de l’activité quotidienne du chantier.
Le bilan humain reste disputé, mais le choc, lui, ne l’est pas
Au lendemain de l’accident, le bilan officiel avancé par les autorités centrafricaines faisait état de 49 morts. Reuters a rapporté que le ministre des Mines et de la Géologie, Rufin Benam Beltoungou, a ensuite annoncé la suspension formelle des activités sur le site jusqu’à nouvel ordre. D’autres sources, dont l’Associated Press, ont parlé d’un bilan supérieur à 100 morts, alors que les secours continuaient de dégager des corps et que des personnes restaient portées disparues. Dans ce type de catastrophe, la différence entre bilan provisoire et bilan final n’est pas anecdotique : elle traduit l’état du terrain, l’accès difficile au site et l’absence d’un dispositif de secours dimensionné pour un tel effondrement.
Le gouvernement a justifié la fermeture par le non-respect des procédures de sécurité et par la nécessité de mener l’enquête. Le ministère a aussi évoqué un travail de prévention plus large. Sur le papier, cette ligne est cohérente avec le code minier et avec les règles d’exploitation responsables. Dans les faits, elle renvoie à une question plus sensible : qui surveille réellement les sites artisanaux, surtout lorsque des entreprises locales, des collecteurs, des travailleurs itinérants et des acheteurs de l’autre côté de la frontière vivent de la même chaîne de valeur ?
À Zamboyé, la mine paie les dépenses du quotidien
Sur place, les habitants disent qu’aucune activité de remplacement n’absorbe l’arrêt du chantier. La cheffe du village a expliqué que l’agriculture, l’élevage et le commerce restent peu développés, ce qui fait de l’or la principale ressource locale. Cette dépendance est décisive. Quand le site ferme, le revenu disparaît d’un coup, alors même que les dépenses de santé, de transport et de nourriture ne diminuent pas. Dans une localité où les emplois sont rares, la fermeture protège peut-être des vies à long terme, mais elle désorganise immédiatement le quotidien.
Le profil des victimes et des travailleurs rappelle aussi que l’économie minière centrafricaine est transrégionale. Zamboyé accueille des ouvriers venus d’autres régions du pays, mais aussi d’autres pays africains, selon les témoignages rapportés après le drame. Cela explique en partie pourquoi les autorités camerounaises ont indiqué être prêtes à accueillir et soigner d’éventuels blessés qui franchiraient la frontière. Dans cette zone, un accident minier devient vite une affaire de santé publique, de circulation transfrontalière et de coordination administrative entre Bangui et Yaoundé.
Ce que révèle Zamboyé pour Bangui, mais aussi pour toute l’Afrique centrale
Le drame de Zamboyé intervient dans un pays qui tente depuis plusieurs années de mieux encadrer ses ressources extractives, notamment à travers l’ITIE et les services du ministère des Mines. Mais le secteur reste très largement artisanal, donc vulnérable aux effondrements, à l’insécurité et aux circuits informels. La fermeture décidée après l’accident peut être lue comme un signal politique : l’État veut réaffirmer son autorité sur une zone productive. Elle peut aussi être l’occasion d’un tri plus net entre exploitation utile à l’économie locale et pratiques qui mettent les travailleurs en danger.
À l’échelle régionale, l’affaire parle aussi à la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, dont le siège est à Bangui. Elle interroge la manière dont les pays de la sous-région contrôlent les frontières minières, la circulation des travailleurs et la traçabilité de l’or. Le sujet dépasse donc la seule République centrafricaine. Il renvoie à un enjeu continental bien connu : comment protéger des milliers de familles qui vivent de l’extraction artisanale sans laisser ce secteur fonctionner hors norme, hors contrôle et hors secours. La suite se jouera dans l’enquête, dans les décisions de réouverture ou non du site, et dans la capacité de l’État centrafricain à transformer ce choc en règles appliquées sur le terrain.