Une transition qui cherche encore son point d’équilibre
À Madagascar, la grande question n’est plus seulement de savoir quand les institutions sortiront de l’entre-deux. Elle est de savoir qui, concrètement, donnera du poids à la parole des citoyens dans une période où la refondation politique doit encore prouver sa méthode. La concertation nationale, annoncée comme le moment où les Malgaches pourront faire entendre leurs priorités, s’étend désormais sur un calendrier long, avec une première séquence de consultations locales et régionales avant une restitution nationale attendue au printemps 2027.
Dans l’île, cette séquence ne se joue pas dans le vide. Elle s’inscrit dans une transition ouverte après le basculement du pouvoir à l’automne 2025 et dans un environnement institutionnel où la légitimité du futur cadre constitutionnel reste au cœur des discussions. Le FFKM, Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar, s’est imposé comme l’un des rares acteurs capables de rassembler des sensibilités différentes, tandis que l’exécutif, la Commission électorale nationale indépendante et la Haute Cour constitutionnelle cherchent à garder la trajectoire politique dans un couloir institutionnel lisible.
Un calendrier désormais posé, mais encore chargé d’attentes
Le FFKM a rendu public un chronogramme en trois temps. D’abord, les préparatifs et la formation des animateurs des débats. Ensuite, la phase la plus lourde, celle des échanges de terrain, annoncée d’août 2026 à mars 2027. Enfin, une phase de synthèse et de suivi, qui doit préparer la séquence institutionnelle suivante. Les sources locales parlent d’une restitution en mars 2027, juste avant la grande étape constitutionnelle que les autorités placent entre mai et juillet 2027.
Cette articulation n’est pas anodine. Dans le document de la refondation transmis à la SADC, le pouvoir malgache a inscrit une première échéance électorale ou référendaire entre mai et juillet 2027, avant d’autres rendez-vous électoraux dans la même année. La CENI évoque de son côté une préparation méthodique du cycle électoral 2027-2028, ce qui confirme que le pays travaille sur un calendrier institutionnel serré, mais encore politiquement sensible.
Le point le plus commenté de cette nouvelle étape est l’entrée actée du mouvement Gen Z dans le comité exécutif chargé de suivre la concertation. Ce détail compte. Depuis les mobilisations de 2025, la jeunesse a forcé le débat public à sortir des cercles habituels. Son intégration dans l’architecture de pilotage signifie que le processus ne peut plus être seulement une affaire d’institutions, d’Églises et de techniciens. Il doit aussi répondre à une demande de représentation qui vient de la rue, des campus et des réseaux sociaux.
Le poids du FFKM et le pari d’un dialogue plus large
Le FFKM joue ici un rôle de médiateur, mais aussi de garant moral. Le ministère chargé de la refondation a lui-même expliqué que la concertation vise à associer citoyens, société civile, acteurs politiques, autorités religieuses, experts et autres parties prenantes à la définition des principes de la nouvelle Constitution, d’un nouveau code électoral et des institutions qui en découleront. À Antananarivo, les autorités cherchent donc moins à improviser qu’à donner une ossature à une réforme qui doit s’étendre des fokontany jusqu’au niveau national.
Le rôle des Églises n’évacue pas les tensions. Le calendrier publié par le FFKM a d’abord suscité des interrogations sur le rythme réel du processus. Il a aussi révélé une difficulté plus profonde : l’État veut conserver sa maîtrise politique de la refondation, tandis que les Églises revendiquent une capacité d’animation qui ne soit pas simplement décorative. Entre les deux, la société civile et les collectifs de jeunes demandent des garanties sur la transparence, la place des oppositions et la sincérité des futures règles du jeu.
Le fait que l’annonce ait eu lieu en présence du Premier ministre, du président de la Haute Cour constitutionnelle et du président de la CENI traduit aussi une volonté de mettre toutes les grandes institutions dans le même cadre de visibilité. C’est une manière de dire que la refondation ne doit pas rester une promesse politique abstraite. Elle doit produire des textes, des procédures et, au final, des élections jugées crédibles.
Un enjeu malgache, mais aussi régional
Madagascar ne négocie pas ce moment seul. La SADC, Communauté de développement de l’Afrique australe, a explicitement salué les consultations menées sous son égide et réaffirmé son appui au processus de réforme, à la gouvernance inclusive, aux droits humains, à la participation citoyenne et au retour à la normalité constitutionnelle. Dans le même communiqué, les chefs d’État et de gouvernement ont rappelé que la consolidation de la paix à Madagascar compte parmi les priorités régionales.
Pour Antananarivo, cette reconnaissance régionale est utile, mais elle impose aussi des résultats. La SADC n’apporte pas seulement un soutien politique. Elle observe la capacité du pays à transformer une crise de confiance en processus ordonné. Autrement dit, la stabilité attendue n’est pas seulement une question de calendrier. Elle dépend de la qualité des arbitrages entre pouvoirs publics, Églises, jeunesse organisée et institutions électorales.
La portée continentale est claire. Dans une Afrique australe où plusieurs pays réévaluent leurs mécanismes de médiation et de sortie de crise, Madagascar devient un test de méthode : comment passer d’une contestation forte à un cadre institutionnel accepté sans réduire le débat à un simple verrouillage politique ? Les prochains mois diront si la concertation nationale produit une nouvelle base commune ou si elle reste un exercice de plus dans une transition malgache déjà longue. La séquence la plus décisive se jouera d’ici mars 2027, puis au moment où le projet constitutionnel sera soumis au pays entre mai et juillet 2027.