Quand le tourisme devient une affaire d’économie locale

En Mauritanie, les vacances ne se résument plus à une pause dans le calendrier. Elles deviennent un instrument économique. À Nouakchott, le gouvernement pousse désormais les Mauritiennes et les Mauritaniens à regarder vers l’intérieur du pays, pour faire circuler l’argent au plus près des villes, des oasis et des communautés qui vivent loin de la capitale. Cette orientation place le tourisme intérieur au croisement de trois enjeux très concrets : les routes, l’emploi et la valorisation d’un patrimoine longtemps sous-exploité.

Le mouvement s’inscrit dans une stratégie plus large. Les autorités mauritaniennes présentent la diversification de l’économie comme une priorité, tandis que l’Agence de promotion des investissements décrit le pays comme une destination portée par sa diversité culturelle, ses paysages et ses sites historiques. La Mauritanie est aussi engagée dans plusieurs cadres d’intégration, dont la CEDEAO, l’Union du Maghreb arabe et la ZLECAf, la zone de libre-échange continentale africaine. Dans ce contexte, le tourisme intérieur n’est pas seulement une campagne saisonnière ; c’est une manière de faire travailler les territoires.

Assaba, vitrine d’un pays qui veut mieux se raconter

Cette année, l’Assaba a été mise en avant comme terre d’accueil. Le choix n’est pas anodin. La région se trouve au sud-est du pays, sur un axe de circulation majeur, et elle concentre des paysages de transition, des activités agro-pastorales et des formes de patrimoine moins connues du grand public. Le bureau national du tourisme la décrit comme l’une des régions les plus contrastées de Mauritanie, avec des reliefs, des lacs, des oasis et une forte culture commerçante. Kiffa, sa capitale régionale, reste aussi un point d’appui administratif et économique pour tout l’intérieur.

Dans le même écosystème, Oualata et Tichitt portent un poids symbolique particulier. L’UNESCO inscrit, depuis 1996, les anciens ksour de Ouadane, Chinguetti, Tichitt et Oualata au patrimoine mondial. L’organisation rappelle que ces cités ont servi les routes commerciales du Sahara pendant des siècles et qu’elles constituent des exemples remarquables de villes de halte, adaptées aux échanges transsahariens. Pour la Mauritanie, cela veut dire une chose simple : le patrimoine existe déjà, mais il doit être rendu accessible, protégé et raconté avec méthode.

Ce que disent les chiffres, et ce qu’ils révèlent

Le gouvernement met en avant la nécessité de désenclaver les sites touristiques et d’encourager l’investissement dans les infrastructures d’accueil. Le message est clair : sans routes praticables, sans hébergements et sans services de base, la richesse patrimoniale reste sous-utilisée. La campagne lancée en juillet 2025 à Atar allait déjà dans ce sens, avec des annonces sur la sécurité des visiteurs, la qualité des services et la création d’espaces adaptés aux familles. Le secteur privé, lui, insiste sur l’effet immédiat de ces flux sur les hôtels, les restaurants, le transport et les emplois saisonniers.

Des données relayées par des acteurs du secteur donnent un ordre de grandeur. La Fédération du tourisme affirme que plus de 3 000 visiteurs ont fréquenté Adrar sur quelques jours de festivités et que le tourisme ferait vivre plus de 12 000 personnes, directement ou indirectement. Elle avance aussi que les retombées touchent des populations éloignées des structures étatiques classiques. Ces chiffres restent des estimations sectorielles, mais ils montrent bien la logique recherchée : créer des revenus là où l’État peine parfois à produire des effets rapides et visibles.

Le gouvernement, de son côté, relie ce virage à une politique publique plus large. Dans ses documents budgétaires et ses bilans devant le Parlement, il évoque la diversification de l’offre touristique, l’écotourisme et la promotion de la destination Mauritanie comme moteurs de croissance, de revenus et d’emplois. Cette ligne existe donc depuis plusieurs années. La nouveauté tient moins à l’idée qu’à la méthode : faire du tourisme intérieur un réflexe national, et non une simple parenthèse estivale.

Un test pour la Mauritanie, mais aussi pour l’Afrique de l’Ouest

Le dossier révèle un enjeu plus large que la seule Assaba. En Mauritanie, la concentration économique autour de Nouakchott pèse sur la distribution des revenus, sur les infrastructures et sur l’accès aux services. Déplacer une partie de la dépense touristique vers l’intérieur du pays peut soutenir des marchés locaux souvent dominés par l’informel, renforcer l’hôtellerie régionale et donner une valeur nouvelle à des sites dont la renommée dépasse déjà les frontières. Mais l’effet restera limité si les routes, l’électricité, l’eau et la formation ne suivent pas.

La portée est aussi régionale. Dans l’espace ouest-africain et maghrébin, la Mauritanie cherche à transformer un patrimoine saharien longtemps perçu comme périphérique en actif économique structuré. Cela rejoint un débat continental plus large : comment faire du tourisme un secteur de souveraineté économique, sans dépendre uniquement des voyageurs étrangers ni des grands pôles côtiers ? À court terme, le prochain test sera la capacité de Nouakchott à maintenir cet effort au-delà de la saison, et à relier la promotion culturelle aux investissements concrets dans les wilayas de l’intérieur.