Un métal discret, mais décisif pour l’électricité et l’industrie
Le cuivre ne fait pas de bruit, pourtant il traverse tout : réseaux électriques, panneaux solaires, véhicules électriques, télécoms et centres de données. À mesure que ces usages montent en puissance, la pression sur l’offre reste forte, ce qui maintient l’attention des industriels sur les pays capables d’extraire, de concentrer ou de raffiner ce métal stratégique. Les analyses publiques de la Banque africaine de développement rappellent aussi que la transition énergétique et le déploiement du numérique accroissent la demande en cuivre.
Sur le continent, la production reste très concentrée. La ceinture cuivre-cobalt qui traverse la République démocratique du Congo et la Zambie demeure l’épine dorsale du marché africain. Autour d’elle, le Maroc, le Botswana et l’Afrique du Sud avancent, chacun avec un modèle différent : nouvelle mine, montée en puissance d’un gisement, ou industrie plus ancienne cherchant à prolonger sa durée de vie. Cette hiérarchie s’inscrit dans un contexte de prix soutenus et de stratégies nationales plus offensives sur la transformation locale.
Ce que montrent les chiffres de 2025
Au sommet du classement africain, la RDC reste hors d’atteinte. Le pays a produit environ 3,4 millions de tonnes de cuivre en 2025, selon les données compilées par le US Geological Survey, qui le classe deuxième producteur mondial de cuivre minier. Le poids du cuivre dans l’économie congolaise est considérable : le secteur minier a représenté une part majeure des exportations et de la croissance en 2024, d’après le même organisme.
La Zambie suit loin derrière, mais elle reste le deuxième pilier continental. Le rapport annuel 2025 de l’administration fiscale zambienne fait état d’une production de 890 345,8 tonnes en 2025, contre 825 513 tonnes en 2024, soit une hausse d’environ 8 %. Lusaka n’a toutefois pas encore atteint sa cible du million de tonnes. La barre reste haute, même si le gouvernement maintient un cap ambitieux à 3 millions de tonnes annuelles d’ici 2031.
| Pays | Repère 2025 | Lecture utile |
|---|---|---|
| RDC | Environ 3,4 millions de tonnes | Premier pôle africain, deuxième producteur mondial |
| Zambie | 890 345,8 tonnes | Hausse annuelle, mais objectif d’un million encore hors d’atteinte |
| Maroc | 110 721 tonnes de cuivre pour Managem | Montée d’une nouvelle filière du concentré au raffinage |
| Botswana | 42 119,86 tonnes de concentré à Khoemacau | Expansion vers 130 000 tonnes par an prévue |
| Afrique du Sud | Production stable autour de Palabora | Base industrielle ancienne, volume plus modeste |
Le Maroc occupe une place plus récente dans ce paysage. En 2025, Tizert, dans la province de Taroudant, a contribué à 33 824 tonnes de cuivre pour Managem, portant la production annuelle du groupe à 110 721 tonnes. Le site doit encore monter en régime, mais il traduit une stratégie claire : sécuriser un approvisionnement local et préparer, à terme, une transformation plus poussée, notamment vers les cathodes destinées à l’automobile et à l’électrique.
Au Botswana, Khoemacau change d’échelle. Les données de MMG montrent 42 119,86 tonnes de concentré de cuivre en 2025, contre 30 961,52 tonnes en 2024. Le gouvernement botswanais indiquait déjà que la mine avait produit 39 228 tonnes de cuivre payable en concentré à fin décembre 2024, avec une capacité de 60 000 tonnes par an avant extension. MMG a ensuite confirmé, en 2026, un projet d’expansion vers 130 000 tonnes annuelles de concentré, pour un investissement d’environ 900 millions de dollars et une première production attendue au premier semestre 2028.
L’Afrique du Sud, enfin, ne joue plus dans la même catégorie de volumes. Le rapport 2025 du département sud-africain des ressources minérales souligne que Palabora reste la seule grande opération cuprifère du pays et qu’elle cherche surtout à prolonger sa vie minière grâce à des travaux souterrains. Le pays conserve donc une présence industrielle, mais son rôle est davantage celui d’un producteur de niche que d’un géant continental.
La vraie bataille se joue sur la valeur ajoutée
Le classement 2025 ne dit pas seulement qui extrait le plus. Il dit aussi qui contrôle la chaîne de valeur. En RDC, les autorités ont durci le ton en 2026 avec une interdiction des exportations de concentrés de cuivre et de cobalt, afin d’inciter au traitement local. En Zambie, les incidents environnementaux et les arbitrages sur les investissements rappellent que la hausse des volumes ne suffit pas : il faut aussi sécuriser les sites, les bassins de résidus et les infrastructures.
Cette tendance est commune à plusieurs pays africains. Plus la demande mondiale grimpe, plus la question n’est pas seulement « combien produit-on ? », mais « où le minerai est-il transformé ? ». Le Maroc veut capter davantage de valeur via la concentration et, à terme, la fonderie. Le Botswana compte sur l’extension de Khoemacau pour devenir un acteur durable. La RDC, elle, reste l’axe central, mais sa décision sur les concentrés montre qu’elle cherche à peser davantage dans la négociation avec les groupes miniers et les acheteurs internationaux.
À l’échelle africaine, le cuivre devient ainsi un test de souveraineté économique. Les prochains mois diront si les nouvelles capacités de Tizert et de Khoemacau, la montée en régime zambienne et les règles plus strictes en RDC déplacent réellement la valeur vers le continent. Le suivi des projets en cours, des décisions réglementaires et des capacités de raffinage restera déterminant pour mesurer le rapport de force entre extraction brute et industrialisation locale.