Il existe deux manières de regarder le football ivoirien. Depuis la touche d’un terrain de Division 3, un samedi après-midi. Ou depuis une table de négociation où se vendent les droits de retransmission d’un continent entier. Issouf Bamba occupe les deux places à la fois.
Un club amateur et un mandat continental
D’un côté, les Séraphins Football Club, engagés en Division 3 du championnat ivoirien. Le troisième échelon, celui des budgets serrés, des déplacements en minibus et des dirigeants qui avancent parfois de leur poche. De l’autre, PC Plus Group Holding, groupe multisectoriel basé à Abidjan, dont il est l’administrateur général.
En septembre 2023, à l’issue d’un appel d’offres de la FIFA, ce groupe obtient la commercialisation des droits médias en clair des éliminatoires africaines de la Coupe du monde 2026. Le périmètre couvre 42 pays d’Afrique subsaharienne, en partenariat avec l’agence suisse MMS. Peu d’entreprises du continent ont décroché un mandat de cette envergure sur une compétition FIFA.
En février 2025, le groupe annonce un rôle dans la distribution des droits de la Coupe du monde des clubs de la FIFA en Afrique subsaharienne, aux côtés de DAZN, détenteur exclusif de la compétition. Le dirigeant y résume son objectif : « une distribution efficace et optimisée des droits ».
Vendre un championnat qui ne se vend pas
Ce parcours croise un problème que le football ivoirien traîne depuis des années. Souleymane Cissé, président du Racing Club d’Abidjan, décrivait en février un championnat « professionnel de nom », en pointant le départ des joueurs vers les ligues voisines.
Le mécanisme est connu. Un championnat sans valeur télévisuelle ne génère pas de recettes propres. Sans recettes propres, pas de sponsors durables. Sans sponsors, pas de salaires réguliers, et les meilleurs partent. La chaîne se répare par un bout : celui des droits. C’est le métier d’Issouf Bamba.
Une candidature au Comité exécutif
Il a choisi d’y consacrer une part de son temps. Dans sa biographie officielle, il se présente comme candidat au Comité exécutif de la Fédération ivoirienne de football, avec un programme centré sur quatre points : professionnalisation des clubs, amélioration des conditions des joueurs, renforcement de la gouvernance sportive et création de nouvelles sources de revenus pour l’ensemble des acteurs.
Le calendrier est serré. Le dépôt des dossiers s’est refermé le 10 août au siège de la FIF, à Treichville. La fédération a relayé les dépôts sur ses canaux officiels. La Commission électorale, présidée par Me Kouamé Bi Iritié, examine désormais les candidatures et publiera prochainement la liste définitive des retenus. Le vote aura lieu le 12 septembre, à la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro.
La Division 3 pèse plus qu’on ne croit
Sa base de départ n’est pas anodine. Le collège électoral compte 89 membres, dont 40 clubs de Division 3. Ces clubs ne disposent que d’une voix chacun, contre trois pour un club de Ligue 1, mais ils forment le contingent le plus nombreux de l’assemblée.
Un dirigeant venu de ce troisième échelon connaît de l’intérieur ce que les clubs y réclament depuis longtemps : de la visibilité, des ressources qui ne dépendent pas uniquement des subventions fédérales, et une place dans les discussions. Ce sont exactement les sujets sur lesquels un opérateur de droits a quelque chose à apporter.
La question qu’il aura à trancher
Une fonction élective ajoute des obligations à un dirigeant d’entreprise. Siéger dans l’instance qui négocie des droits audiovisuels quand on exerce sur ce marché suppose des règles claires : déclaration d’intérêts, déport sur les délibérations concernées, transparence des contrats. Ces mécanismes sont la norme dans les fédérations les mieux organisées. Ils protègent l’élu autant que l’institution, et c’est le premier chantier que le prochain Comité exécutif aura intérêt à ouvrir.
Ce que le continent regarde
Le sujet dépasse Abidjan. Partout en Afrique, la diffusion du football se réorganise autour de plateformes mondiales et d’intermédiaires régionaux. Les fédérations qui sauront capter une part de cette valeur financeront leurs championnats ; les autres continueront de dépendre des subventions et de voir partir leurs joueurs.
La Côte d’Ivoire dispose d’un avantage rare : elle abrite l’un des rares opérateurs africains à avoir remporté un mandat FIFA d’ampleur continentale. Reste à savoir si elle décidera de s’en servir. La réponse tombera le 12 septembre, à Yamoussoukro.