Une page se tourne pour les Lionnes du Sénégal
Au Maroc, un match nul peut parfois peser plus lourd qu’une défaite. Pour le Sénégal, le 0-0 contre le Maroc a fermé la porte des quarts de finale de la CAN féminine 2026 et ouvert, dans la foulée, une transition sur le banc des Lionnes de la Téranga.
Dans un groupe A relevé, avec le Maroc, l’Algérie et le Kenya, la sélection sénégalaise savait qu’elle devait avancer sans calculs. La phase finale, organisée au Maroc du 25 juillet au 16 août 2026, rassemble 16 équipes et sert aussi de qualification pour la Coupe du monde féminine 2027.
Ce cadre explique l’enjeu du dernier match. Après un revers contre l’Algérie lors de l’entrée en lice, puis une victoire face au Kenya, les Sénégalaises avaient encore leur destin en main. Il leur fallait un résultat favorable contre le pays hôte. Le nul vierge a mis fin à l’aventure dès la phase de groupes.
Le cycle Mame Moussa Cissé s’achève
Au coup de sifflet final, Mame Moussa Cissé a annoncé son départ. Le technicien, présent dans l’encadrement de la sélection féminine depuis le début des années 2010 et aux commandes principales à partir de 2015, a expliqué que son cycle arrivait à terme. La décision n’a rien d’un coup d’éclat isolé : elle s’inscrit dans une histoire longue, faite de progression, de consolidation et de limites encore visibles.
Le sélectionneur avait été maintenu à son poste au printemps 2026 après un appel à candidatures, signe que la Fédération sénégalaise de football voulait préserver la continuité. Quelques mois plus tard, la sortie prématurée de la CAN a rebattu les cartes. Le départ annoncé au Maroc force désormais la Fédération à rouvrir la question du projet technique, du calendrier et des objectifs à moyen terme.
Le bilan du technicien reste toutefois solide. Sous sa direction, le Sénégal a enchaîné trois phases finales consécutives de CAN féminine et a atteint les quarts de finale en 2022 puis en 2024. Ces deux campagnes avaient été arrêtées aux tirs au but, face à la Zambie puis à l’Afrique du Sud. Dans le football féminin africain, ce type de parcours compte. Il installe une sélection dans le haut du tableau, même sans trophée.
Ce que cette élimination dit du football féminin sénégalais
Cette sortie de route ne doit pas masquer une réalité plus large : le football féminin sénégalais a gagné en densité, mais il reste en quête d’un palier supérieur. Le championnat local produit davantage de joueuses, et plusieurs profils évoluent désormais hors du pays, ce qui élargit le vivier. Mais l’écart persiste avec les sélections les plus régulières du continent, notamment dans la maîtrise des temps forts et la finition.
Sur le terrain, la marge se joue souvent à peu de choses. En phase de groupes comme en éliminatoires, les Lionnes ont montré une capacité à fermer les espaces et à résister. En revanche, elles ont encore du mal à transformer ces séquences en victoires décisives contre des adversaires mieux installés tactiquement. Le 0-0 contre le Maroc raconte cela : une équipe capable de tenir, mais pas encore de frapper au bon moment.
Pour les joueuses, l’enjeu est immédiat. Une génération monte, une autre prend de l’expérience, et l’encadrement à venir devra stabiliser ce groupe sans casser ce qui a été construit. Pour la Fédération sénégalaise de football, l’équation est plus large : il faudra préparer les prochaines compétitions continentales, mais aussi penser à la relève technique, aux temps de préparation et à l’intégration des joueuses de la diaspora.
Une séquence qui dépasse le seul cadre sénégalais
Le Sénégal ne vit pas un cas isolé. Dans plusieurs pays africains, les sélections féminines progressent par étapes, avec des bancs techniques souvent exposés à la pression des résultats immédiats. Dans ce contexte, la stabilité de l’encadrement devient un facteur stratégique, au même titre que les moyens logistiques ou la structuration des championnats nationaux.
La CAN féminine 2026, disputée au Maroc, sert aussi de laboratoire continental. Elle mesure la profondeur des projets nationaux et prépare la route vers la Coupe du monde 2027. Pour le Sénégal, l’élimination dès le premier tour rappelle qu’une montée en puissance peut coexister avec des limites encore nettes. C’est précisément ce type de passage que la CEDEAO et les autres espaces régionaux suivent de près, car le football féminin y devient un marqueur de structuration sportive autant qu’un enjeu d’image.
La prochaine étape dépendra donc moins d’un symbole que d’un chantier. Il faudra choisir un sélectionneur, clarifier le cap et maintenir l’élan. Pour les Lionnes de la Téranga, l’histoire ne s’arrête pas à Rabat. Elle entre dans une phase de recomposition où chaque décision comptera, jusqu’aux prochaines échéances continentales et aux qualifications pour le Mondial 2027.