Un banc très exposé, dans un football tunisien en quête de stabilité

En Tunisie, le poste de sélectionneur national reste un siège fragile. Quand les résultats vacillent, la pression monte vite. Et après un Mondial 2026 raté, la Fédération tunisienne de football a choisi de repartir avec un technicien du pays, capable de parler le langage du vestiaire, du championnat local et des compétitions africaines.

Ce choix s’inscrit dans une séquence plus large. Le football tunisien a changé de capitaine à plusieurs reprises depuis 2024, signe d’une recherche encore inachevée d’équilibre technique et institutionnel. Dans le même temps, la sélection doit se projeter vers les éliminatoires de la prochaine Coupe d’Afrique des nations, alors que la Confédération africaine de football impose un calendrier serré et des marges d’erreur limitées.

Chaâbani prend la suite après une période de turbulences

Le 17 juillet 2026, le président de la Fédération tunisienne de football, Moez Nasri, a confirmé un accord de principe avec Moïne Chaâbani pour prendre la tête des Aigles de Carthage. L’entraîneur tunisien doit être lié par un contrat de quatre ans, selon les éléments rendus publics à Tunis.

La sortie de scène s’est faite en cascade. Le contrat de Sabri Lamouchi avait été rompu après la lourde défaite contre la Suède, 5-1, lors du premier match du groupe F au Mondial 2026. Hervé Renard a assuré l’intérim pour les deux dernières rencontres, perdues 0-4 contre le Japon puis 1-3 face aux Pays-Bas. La Tunisie a terminé sans point et sans qualification.

Le dossier Chaâbani a aussi impliqué son club marocain, la Renaissance sportive de Berkane. Le club a accepté de le libérer malgré un contrat courant jusqu’au 30 juin 2027, en mettant en avant la portée de la mission nationale et des relations sportives entre le Maroc et la Tunisie. À Tunis, la Fédération a ensuite finalisé le principe de l’accord.

Un technicien formé aux exigences africaines

À 45 ans, Moïne Chaâbani arrive avec un profil déjà éprouvé sur le continent. À l’Espérance sportive de Tunis, il a remporté deux Ligue des champions de la CAF, en 2018 et 2019. La CAF rappelle aussi qu’il a conduit la RS Berkane à la Coupe de la Confédération et au titre marocain en 2025, ce qui a renforcé sa réputation d’entraîneur capable de bâtir une équipe compacte et compétitive.

Ce parcours compte au moment où la Tunisie cherche moins un nom prestigieux qu’une méthode claire. Le précédent mondial a montré les limites d’un enchaînement rapide de changements de staff. Le nouveau sélectionneur devra donc stabiliser les choix tactiques, remettre de la continuité dans la préparation et réduire l’écart entre la sélection et un championnat tunisien souvent riche en talents mais irrégulier dans ses transitions vers l’équipe nationale.

La FTF, pour sa part, tente de refermer une parenthèse où l’urgence a souvent dicté les décisions. La liste officielle de ses sélectionneurs montre une succession de cycles parfois très courts, dont plusieurs intérims récents. Ce contexte explique pourquoi le choix de Chaâbani est présenté comme un pari de durée, même si le football tunisien a souvent démenti ses propres promesses de stabilité.

Ce que ce choix change, pour la Tunisie et au-delà

Pour la Fédération, l’enjeu n’est pas seulement de retrouver des résultats. Il s’agit aussi de recréer une chaîne de confiance entre le staff, les clubs et la base des supporters. Une sélection portée par un entraîneur tunisien peut faciliter le dialogue avec les clubs locaux, mieux suivre les cadres évoluant en Afrique du Nord et mieux intégrer les jeunes issus du championnat national.

Pour les joueurs, le changement ouvre une période d’évaluation plus stricte. Chaâbani hérite d’un groupe marqué par l’échec mondial et par une élimination en huitièmes de finale de la CAN 2025 face au Mali, selon les éléments communiqués dans la presse tunisienne. La première attente sera simple : construire une équipe capable de tenir dans les éliminatoires continentales, sans dépendre d’un éclair individuel ou d’une série de décisions d’urgence.

Pour le football africain, la nomination est plus qu’un simple mouvement de banc. Elle rappelle qu’un technicien formé dans le circuit continental peut désormais passer d’un club marocain performant à la sélection d’un autre pays du Maghreb, sans rupture de légitimité. Dans une Afrique du Nord fortement connectée au reste du continent par la CAF, les compétitions interclubs et les marchés d’entraîneurs, la circulation des compétences devient un fait sportif majeur.

La suite se jouera vite. Les premiers tests de Chaâbani ne seront pas symboliques, mais concrets : résultats, hiérarchie dans le groupe, qualité du jeu et capacité à installer une ossature durable. Dans un environnement où le banc tunisien a souvent brûlé trop tôt ses cycles, cette nomination sera jugée à sa capacité à durer autant qu’à gagner.