À Antananarivo, la bataille du réseau se joue déjà sur la qualité
Dans les villes malgaches, le débat n’est plus seulement de savoir si le téléphone capte. Il porte désormais sur la vitesse, la stabilité et la capacité du réseau à suivre les usages du quotidien : visioconférence, services publics en ligne, paiement mobile, travail à distance et contenus vidéo.
À Madagascar, cette question est devenue stratégique. Le pays compte une base d’internautes encore limitée, avec environ 20,6 % de pénétration Internet au début de 2024, tandis que la couverture 4G reste incomplète à l’échelle nationale. L’enjeu n’est donc pas uniquement technologique. Il touche aussi l’accès réel aux services numériques, du centre d’Antananarivo aux zones éloignées du réseau formel.
Un test de 5G avancée dans un cadre réglementaire déjà structuré
La semaine dernière, l’opérateur Yas Madagascar a testé la 5G avancée, aussi appelée 5.5G, sur son campus d’Andraharo, à Antananarivo. L’entreprise prépare un déploiement commercial de cette évolution de la 5G, présentée comme une étape vers des usages plus intensifs en données et plus exigeants en latence. Le test a été rapporté localement le 23 juillet 2026.
Cette séquence s’inscrit dans un cadre national déjà outillé. L’Autorité de régulation des technologies de communication de Madagascar, l’ARTEC, publie une cartographie nationale de la couverture mobile et un observatoire des infrastructures. Son suivi indique que la 5G était déjà présente sur le territoire, avec 28 sites installés en 2023, et six communes nouvellement desservies en 5G la même année.
Le pays dispose aussi d’un plan national des fréquences et d’une cartographie publique des sites mobiles par technologie. Autrement dit, le passage à la 5.5G ne relève pas d’un geste symbolique. Il dépend d’un environnement réglementaire, radioélectrique et industriel déjà en place.
Yas mise sur la continuité : 4G, fibre, puis satellites
Yas Madagascar inscrit ce test dans une progression de longue durée. Le groupe rappelle avoir lancé la 5G commerciale à Madagascar dès le 26 juin 2020, ce qui avait fait du pays l’un des premiers marchés africains à ouvrir ce service. L’opérateur développe aujourd’hui une stratégie plus large, entre extension du réseau mobile, fibre optique et solutions satellitaires.
Selon un responsable technique cité par la presse locale, la couverture 4G de Yas atteignait 98 % du territoire en 2025. L’opérateur affirme aussi poursuivre l’extension de la 5G dans plusieurs villes, dont Antananarivo, Toamasina, Mahajanga, Fianarantsoa et Nosy Be. Ces données sont à lire comme des revendications d’entreprise, mais elles dessinent un cap clair : consolider le réseau dans les grands pôles urbains avant d’aller vers des usages plus avancés.
La logique est cohérente avec la feuille de route du groupe. AXIAN Telecom a annoncé en mars 2026 un partenariat avec AST SpaceMobile pour développer une connectivité mobile directe par satellite dans plusieurs marchés africains, dont Madagascar. L’objectif est de compléter les infrastructures terrestres dans les zones isolées, où la fibre et les antennes restent coûteuses à installer.
Ce que change la 5.5G pour les ménages, les entreprises et l’État
La 5.5G ne sera pas utile seulement parce qu’elle est plus rapide. Elle peut surtout améliorer la capacité des réseaux à absorber davantage d’usages simultanés, à mieux gérer les objets connectés et à servir des applications plus lourdes, comme l’intelligence artificielle, la santé numérique, l’éducation à distance ou certains services publics en ligne. Le ministère chargé des TIC à Madagascar présente d’ailleurs cette évolution comme une nouvelle étape pour l’industrie, l’agriculture et les services publics numériques.
Mais l’obstacle principal reste l’adoption. Un réseau plus performant ne suffit pas si les équipements compatibles coûtent trop cher, si les offres restent peu adaptées aux revenus, ou si les usages numériques de base demeurent insuffisants. L’Internet Society et l’UIT convergent sur ce point : à Madagascar, la fracture numérique tient autant à l’infrastructure qu’aux prix, aux compétences et à la disponibilité des contenus utiles. L’UIT estime aussi qu’en 2024 la couverture 4G ne concernait que 34,6 % de la population malgache, contre une moyenne bien plus élevée en Afrique subsaharienne.
Pour les ménages urbains connectés, l’arrivée d’une 5.5G bien déployée peut améliorer l’expérience quotidienne. Pour les entreprises, elle ouvre des services plus fiables pour la logistique, les paiements, la relation client et les applications industrielles. Pour l’État, elle peut renforcer la numérisation des administrations, à condition que les plateformes publiques suivent. Pour les zones rurales, en revanche, la question reste plus basique : accéder d’abord au signal, puis à un service abordable et stable.
Un signal pour Madagascar, mais aussi pour la région
Madagascar appartient à la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe. Dans cet espace régional, la concurrence ne se joue pas seulement sur les prix des forfaits. Elle se joue aussi sur la capacité à offrir des infrastructures modernes, des services numériques compétitifs et une couverture qui accompagne les économies urbaines comme les territoires périphériques. Cette pression est désormais continentale.
Le cas malgache montre qu’un marché africain peut tester tôt des technologies avancées, tout en restant confronté à la question centrale de l’accès pour tous. C’est là que se mesure la portée réelle de la 5.5G : non pas dans le seul laboratoire d’Antananarivo, mais dans sa capacité à soutenir une économie plus large, du commerce aux services publics, sans creuser davantage l’écart entre les centres équipés et les marges connectées plus lentement. Le prochain jalon sera donc moins un slogan qu’un déploiement mesurable, ville par ville, district par district.