À Jomoro, le chantier le plus attendu du sud-ouest ghanéen reste bloqué par la terre
Dans le sud-ouest du Ghana, la promesse est immense. Un complexe pétrolier et pétrochimique doit changer l’échelle industrielle du pays, soutenir l’emploi et renforcer l’approvisionnement en carburants. Mais, sur le terrain, le premier obstacle n’est ni technique ni financier. Il est foncier. Tant que les terres ne sont pas acquises et compensées, le démarrage concret du projet de Jomoro reste suspendu.
Cette séquence dit beaucoup de l’état des grands projets en Afrique de l’Ouest. Les annonces sont rapides, mais les expropriations, les compensations et l’adhésion locale prennent du temps. À Jomoro, dans la région occidentale du Ghana, le projet se trouve aussi au croisement des attentes nationales et des inquiétudes de la population riveraine, notamment sur l’usage des terres et l’environnement côtier.
Un projet stratégique pour le Ghana, mais aussi pour la région
Le Petroleum Hub de Jomoro est présenté par les autorités ghanéennes comme l’une des plus grandes infrastructures pétrolières du continent. Le projet doit être implanté à Jomoro, dans la région occidentale, sur le littoral atlantique. Sa logique est simple : transformer le Ghana en plateforme de raffinage, de stockage, de pétrochimie et de distribution vers les marchés ouest-africains.
Le Ghana a signé, en juin 2024, un accord de 12 milliards de dollars avec le consortium TCP-UIC pour lancer la première phase du programme. Le schéma global est évalué à 60 milliards de dollars et prévoit trois étapes de développement. La première phase comprend une raffinerie de 300 000 barils par jour, une unité pétrochimique, des capacités de stockage et des infrastructures portuaires.
Le choix de Jomoro n’est pas anodin. Le site offre une meilleure profondeur maritime que Tema, où se trouvent les infrastructures pétrolières existantes. La documentation de la PHDC évoque une profondeur allant jusqu’à 22 à 27 mètres au large de Jomoro, contre des tirants d’eau plus limités sur l’axe de Tema. Cela doit permettre d’accueillir de grands navires, donc de réduire certaines contraintes logistiques à l’importation comme à l’exportation.
Les faits : l’argent n’est pas encore le seul verrou
Le 17 juillet 2026, la Petroleum Hub Development Corporation a indiqué que la première phase n’avait pas encore démarré, malgré la signature des premiers contrats. Selon cette structure, les travaux pourront commencer une fois le processus d’indemnisation finalisé pour les propriétaires fonciers concernés. Les compensations restent donc au cœur du calendrier réel, bien plus que les annonces initiales.
Le dossier a avancé sur un point sensible. L’emprise du projet a été revue à la baisse, de 20 000 acres à 12 300 acres, soit environ 5 000 hectares. Cette réduction a été confirmée en mars 2026 par la PHDC, puis reprise lors d’échanges avec les autorités locales et les communautés de Jomoro en avril 2026.
Ce redimensionnement répond à une contestation de riverains qui redoutaient des pertes foncières trop larges et des impacts environnementaux durables. La compensation, annoncée comme un préalable à la prise de possession, reste le point de passage obligé. Les autorités locales et les services fonciers ont, de leur côté, assuré vouloir aller vers une indemnisation « juste » et plus rapide.
Sur le plan technique, les ambitions n’ont pas bougé. La première phase doit toujours inclure une raffinerie de 300 000 barils par jour, une capacité pétrochimique de 90 000 barils par jour, environ 3 millions de mètres cubes de stockage et un terminal maritime. La durée annoncée pour la construction de cette première étape reste de cinq ans.
Pourquoi ce blocage compte pour les Ghanéens
Le retard de Jomoro ne ralentit pas seulement un chantier. Il touche à la stratégie énergétique du Ghana. Le pays consomme davantage de carburants, mais dépend toujours fortement des importations. Les chiffres publiés en 2026 par la chambre ghanéenne des opérateurs de marketing pétrolier font état d’une consommation de 7,45 milliards de litres en 2025, en hausse par rapport à 2024. D’autres estimations citées dans la presse locale évoquent même 8,7 milliards de litres de demande totale, dont 7,45 milliards de consommation effective.
Cette hausse éclaire l’intérêt du hub. Pour les ménages ghanéens, elle renvoie au prix du transport et de l’électricité. Pour les entreprises, elle rappelle le coût des importations et la vulnérabilité aux variations internationales. Pour l’État, elle pose une question de souveraineté économique : comment capter davantage de valeur ajoutée dans le pays au lieu d’acheter une part importante des produits raffinés à l’étranger ?
Le sujet dépasse aussi la seule côte ghanéenne. La CEDEAO, qui regroupe l’Afrique de l’Ouest, reste une zone largement dépendante des produits pétroliers importés, malgré ses réserves et ses ports. Un hub opérationnel à Jomoro pourrait donc modifier les flux régionaux, notamment vers les marchés voisins enclavés ou sous-approvisionnés. Mais il pourrait aussi raviver la concurrence entre ports et plateformes logistiques déjà installés dans le Golfe de Guinée.
Ce que l’Afrique de l’Ouest observera dans les prochains mois
La suite se jouera sur trois fronts. D’abord, la finalisation des compensations foncières. Ensuite, la capacité de PHDC et du gouvernement ghanéen à maintenir la confiance des communautés de Jomoro. Enfin, la preuve que les investisseurs peuvent encore transformer des annonces de plusieurs milliards de dollars en chantier réel. Sans cela, le Petroleum Hub risque de rester un symbole de plus dans une région riche en projets, mais souvent freinée par la question foncière, la gouvernance et le financement.
Pour Accra, l’enjeu est politique autant qu’économique. Le gouvernement veut montrer qu’un grand projet industriel peut naître sur le territoire ghanéen et servir une ambition régionale. Pour les habitants de Jomoro, l’attente est plus concrète : indemnisation, emplois, sécurité foncière et protection du littoral. C’est à cet endroit précis que se mesure, aujourd’hui, la crédibilité du projet.