Une stabilité des prix qui change de visage

Dans l’UEMOA, la baisse des prix a fini par devenir presque aussi surveillée que leur hausse. Après une année 2025 à inflation nulle, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest anticipe désormais un retour progressif vers sa zone cible de 1 % à 3 % en 2026, avec un niveau attendu autour de 1,6 % selon son rapport de politique monétaire de juin 2026.

Ce mouvement reste modéré. Il ne traduit pas un emballement des prix, mais la fin d’un épisode de désinflation très marqué dans une zone monétaire qui regroupe le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Dans cet espace, la BCEAO pilote la politique monétaire et vise une inflation compatible avec le pouvoir d’achat des ménages comme avec le financement de l’économie.

Ce que disent les chiffres de la BCEAO

La donnée centrale est claire. En moyenne annuelle, l’inflation dans l’Union est ressortie à 0,0 % en 2025, après 3,5 % en 2024. La Banque centrale explique cette décélération par plusieurs facteurs conjugués : l’effet retardé du resserrement monétaire, le repli des prix des produits alimentaires et énergétiques importés, ainsi que les campagnes agricoles de 2024 et 2025.

La même institution note aussi que l’inflation sous-jacente, c’est-à-dire hors produits frais et énergie, est restée contenue au premier trimestre 2026. Dans son rapport de juin, elle estime que la remontée attendue en 2026 viendra surtout des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, avec des effets sur les prix des carburants, des denrées importées, des engrais, du fret et du transport.

Le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou a défendu cette lecture lors de la présentation du rapport annuel 2025 à Dakar, le 22 juillet 2026. Il a rappelé que le pic d’inflation avait atteint 8,8 % en août 2022 dans l’Union, ce qui avait conduit la BCEAO à relever son principal taux directeur à cinq reprises, de 2 % à 3,50 %.

Indicateur Valeur
Inflation moyenne annuelle UEMOA en 2024 3,5 %
Inflation moyenne annuelle UEMOA en 2025 0,0 %
Prévision BCEAO pour 2026 1,6 %
Pic rappelé par la BCEAO 8,8 % en août 2022
Taux directeur BCEAO après resserrement 3,50 %

Pourquoi la hausse pourrait revenir sans redevenir inquiétante

La remontée annoncée ne signifie pas automatiquement perte de contrôle. Elle s’inscrit d’abord dans une normalisation. Une inflation à zéro protège les revenus fixes sur le papier, mais elle peut aussi signaler une demande intérieure trop faible, ou des prix administrés et alimentaires en retrait. À l’inverse, une inflation autour de 1,6 % reste compatible avec la cible de la BCEAO et limite l’érosion du pouvoir d’achat des ménages les plus modestes.

Le gouverneur insiste sur cet enjeu social. Une inflation trop forte touche d’abord les foyers aux revenus irréguliers, nombreux dans l’économie informelle, où les dépenses alimentaires et de transport pèsent davantage que dans les budgets urbains formels. Dans l’espace UEMOA, la stabilité des prix n’est donc pas une abstraction technique. Elle conditionne le coût du marché, du transport quotidien, des intrants agricoles et, plus largement, la capacité des petites activités à tenir leurs marges.

La BCEAO ajoute un élément important : le différentiel d’inflation avec ses principaux partenaires commerciaux est resté favorable à l’Union en 2025, à hauteur de 5,3 points de pourcentage. Ce type d’écart soutient la compétitivité relative des pays de la zone, à condition que les chocs extérieurs ne se transmettent pas trop vite aux prix domestiques.

Des chocs extérieurs qui se transmettent vite en Afrique de l’Ouest

La fragilité du scénario 2026 tient surtout à l’extérieur. En mars 2026, le Brent est monté à 103,14 dollars le baril dans un contexte de guerre au Moyen-Orient, selon plusieurs dépêches financières et d’agence. Puis, fin juin, le marché a de nouveau été agité par les tensions autour du détroit d’Ormuz, couloir stratégique pour le transport du pétrole.

Pour les pays de l’UEMOA, une hausse du brut ne se limite pas au prix du carburant à la pompe. Elle peut renchérir les transports, la production électrique quand elle dépend encore des hydrocarbures, et le coût des engrais et du fret maritime. Les métropoles côtières, plus intégrées aux importations, voient souvent le choc plus vite. Les zones rurales, elles, le ressentent avec un décalage, surtout à travers le transport des produits agricoles, le prix des intrants et celui des denrées venues des centres urbains.

Dans son rapport de juin 2026, la BCEAO précise d’ailleurs que les risques sur l’inflation restent orientés à la hausse à cause de l’insécurité dans certaines zones de l’Union et des tensions géopolitiques internationales. L’institution ne parle donc pas d’un simple retour mécanique à la moyenne, mais d’un équilibre encore exposé à plusieurs chocs.

Ce que cela dit de l’Union et de la région

Le cas de l’UEMOA rappelle une réalité souvent sous-estimée : dans une union monétaire, la stabilité des prix n’est jamais purement nationale. Elle dépend des récoltes, du coût des importations, de la sécurité des routes commerciales et des décisions prises à Dakar, Abidjan, Cotonou ou Ouagadougou, mais aussi hors du continent. La BCEAO doit donc arbitrer entre prudence monétaire et soutien à l’activité.

La lecture régionale compte aussi parce que les voisins immédiats de l’Union évoluent dans des dynamiques différentes. La BCEAO signale elle-même que l’inflation reste plus élevée au Nigeria et s’est atténuée au Ghana. Cet écart influe sur les échanges frontaliers, les arbitrages commerciaux et les pressions de prix dans les zones de circulation dense.

Pour la suite, le vrai point de vigilance sera la capacité des États à absorber les effets de la hausse des carburants sans casser la reprise. Si les prix pétroliers se détendent, la trajectoire vers une inflation contenue sera plus facile. Si les tensions extérieures durent, la BCEAO pourrait devoir garder une ligne de surveillance étroite, au moment même où les besoins de financement restent importants dans toute la sous-région.