À Maputo, se déplacer devient un enjeu métropolitain. Les quartiers périphériques s’étendent plus vite que les infrastructures, tandis que les trajets quotidiens relient désormais plusieurs villes et districts. Le futur réseau de bus à haut niveau de service doit donc répondre à une question simple : comment organiser les déplacements d’une agglomération qui dépasse largement les limites de la capitale mozambicaine ?
Un projet pensé pour le Grand Maputo
Le Mozambique a franchi une étape concrète le 17 septembre 2026, avec la signature des contrats de travaux et la pose de la première pierre du corridor principal du BRT, ou « bus rapid transit ». Ce système repose sur des voies réservées, des stations dédiées et une circulation plus régulière que celle des bus classiques.
La cérémonie s’est tenue au nord du Stade national du Zimpeto, à Maputo. Elle a réuni le ministre mozambicain des Transports et de la Logistique, João Jorge Matlombe, le maire de Maputo, Rasaque Manhique, ainsi que les représentants des collectivités et des partenaires du projet.
Le marché de construction a été attribué à China Henan International Cooperation Group, connue sous le sigle CHICO. Le contrat atteint 7,615 milliards de meticais, soit environ 119 millions de dollars au taux indiqué dans les documents de passation. La durée prévue est de 24 mois, ce qui place l’achèvement des travaux en 2028.
Le montant et l’entreprise retenue apparaissent dans l’avis de marché lié au Projet de mobilité urbaine de l’aire métropolitaine de Maputo. Une communication technique publiée au Mozambique confirme également la cérémonie du 17 septembre et le lancement du chantier.
Un corridor réservé, puis un réseau plus large
La première phase prévoit environ 16,5 kilomètres de voies réservées aux bus. Le corridor doit partir du centre de Maputo et desservir notamment la Praça da Juventude, à Magoanine, puis la zone de Missão Roque et Zimpeto.
Le dispositif ne se limitera pas à cette infrastructure séparée de la circulation générale. Le schéma du projet prévoit aussi des lignes directes et de correspondance sur plusieurs dizaines de kilomètres. Elles doivent relier les principaux terminaux de Maputo, Matola, Boane et Marracuene.
Les chiffres ont évolué au fil des études. En 2023, le site officiel de MOVE Maputo présentait un tronçon réservé de 22 kilomètres et environ 39 kilomètres de liaisons sur voirie ordinaire. La configuration mise en chantier en 2026 retient une première section de 16,5 kilomètres, complétée par des lignes de connexion. Cette différence reflète le passage des études générales à un périmètre opérationnel de travaux.
La Banque mondiale a approuvé en août 2022 un financement de 250 millions de dollars pour améliorer la mobilité dans l’aire métropolitaine. Le programme comprend le premier BRT du pays, mais aussi la réhabilitation de rues, l’accès aux quartiers moins bien desservis et des infrastructures pour les déplacements non motorisés.
Une réponse à la croissance de Maputo et Matola
L’aire métropolitaine de Maputo associe la capitale, la ville de Matola, Boane et le district de Marracuene. Elle fonctionne déjà comme un même bassin de mobilité. Chaque matin, des travailleurs et des étudiants convergent vers les pôles administratifs, commerciaux et industriels. Le soir, les flux repartent vers les zones résidentielles périphériques.
Le projet MOVE Maputo estime qu’environ un million de personnes se déplacent quotidiennement vers le centre de la capitale. Les autorités du transport évoquent aussi une capacité cible d’environ 125 000 passagers par jour, soit près de 40 millions de trajets annuels si le service fonctionne toute l’année à ce niveau.
Ces projections devront toutefois être confrontées aux usages réels. La fréquentation dépendra du prix des billets, de la fréquence des bus, de la sécurité des stations et de la qualité des correspondances. Elle dépendra aussi de la capacité du réseau à desservir les quartiers éloignés des grands axes.
Pour les ménages qui utilisent les transports collectifs, le gain attendu ne se mesure pas seulement en minutes. Un service plus prévisible peut faciliter l’accès à l’emploi, aux écoles et aux centres de santé. À l’inverse, une rupture entre le BRT et les petits transporteurs pourrait allonger les trajets ou renchérir le coût total du déplacement.
Le défi de l’intégration avec les « chapas »
Dans le Grand Maputo, les minibus communément appelés « chapas » jouent un rôle central. Ils assurent une grande partie des liaisons de proximité et desservent des rues où les grands bus ne peuvent pas toujours circuler.
Le BRT ne remplacera donc pas automatiquement ce réseau. Sa réussite dépendra de son articulation avec les lignes existantes. Les terminaux devront permettre des correspondances simples. Les horaires devront être coordonnés. La billetterie électronique devra rester accessible aux usagers qui utilisent principalement des paiements en espèces ou des téléphones basiques.
Le projet comporte également un enjeu institutionnel. Maputo, Matola, Boane et Marracuene relèvent de collectivités différentes. La gestion des itinéraires, des stations, de la circulation et des recettes exige une coordination durable entre les municipalités, l’Agence métropolitaine des transports et l’administration centrale.
Cette gouvernance sera aussi déterminante que les travaux. Un corridor bien construit peut perdre une grande partie de son efficacité si les bus ordinaires l’empruntent, si les intersections restent bloquées ou si les stations sont difficiles d’accès pour les piétons.
Un projet inscrit dans la dynamique de la SADC
Le chantier intervient dans une région où les capitales et les grandes villes cherchent à réduire leur dépendance à la voiture individuelle. Le Mozambique appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui favorise la coopération régionale dans les infrastructures, les transports et l’intégration économique.
Maputo entretient en outre des liens quotidiens avec les corridors commerciaux de l’Afrique australe. Une mobilité urbaine plus fiable peut soutenir les activités portuaires, les échanges avec l’Afrique du Sud et l’Eswatini, ainsi que les déplacements entre les zones industrielles et les quartiers d’habitation.
Le BRT doit aussi contribuer à limiter les émissions et les accidents liés à la congestion. Mais ces bénéfices ne seront pas automatiques. Ils dépendront du nombre de voyageurs transférés depuis les véhicules privés, de la qualité de la flotte et de la continuité du service.
Le prochain point de surveillance sera la progression effective du chantier jusqu’en 2028. Il faudra également suivre la mise en service des stations, le modèle d’exploitation, les tarifs et l’intégration des transporteurs existants. Pour Maputo, le projet ne constitue donc pas seulement une nouvelle infrastructure. Il représente un test de la capacité du Mozambique à gérer une métropole en expansion.