Pour les producteurs de cajou, l’ouverture d’une campagne ne se mesure pas seulement au tonnage annoncé. Le prix payé à la ferme, l’accès aux intrants, la qualité du stockage et la possibilité de vendre dans les circuits déclarés déterminent aussi qui bénéficie de la récolte.

En Tanzanie et au Mozambique, deux grands bassins de production d’Afrique de l’Est, les préparatifs de la campagne 2026/2027 mettent en lumière des priorités différentes. Dar es-Salaam vise une récolte record. Maputo relève le prix de référence, tout en durcissant le contrôle des exportations informelles.

Deux filières proches, des leviers différents

Dans les deux pays, la noix de cajou relie des exploitations rurales aux acheteurs, aux exportateurs et aux unités de transformation. Les décisions prises en début de campagne influencent donc les revenus des producteurs, mais aussi l’approvisionnement des transformateurs et les recettes publiques.

Le contexte régional compte également. La Tanzanie et le Mozambique partagent une façade sur l’océan Indien et des échanges transfrontaliers. Mais leurs filières ne sont pas identiques : le calendrier des ventes, les règles de commercialisation et les outils de soutien relèvent de chaque État. Les chiffres disponibles ne suffisent pas à établir ici leur part exacte dans l’offre régionale.

Un enjeu commun se dessine toutefois : vendre davantage ne garantit pas, à lui seul, une meilleure rémunération. Il faut aussi limiter les pertes, préserver la qualité des noix et faire en sorte qu’une part accrue de la valeur soit créée localement.

En Tanzanie, une ambition record à l’épreuve du terrain

La saison tanzanienne a démarré en octobre. Les enchères, initialement annoncées pour le 19 octobre, ont été avancées au 12 octobre, selon les informations publiées par une coopérative agricole locale. Ce calendrier lance concrètement la commercialisation de la récolte. Le calendrier des enchères tanzaniennes pour la campagne 2026/2027

Le Conseil tanzanien de la noix de cajou table sur 750 000 tonnes de noix brutes pour cette campagne. Le pays en avait récolté 618 497 tonnes en 2025/2026. Si l’objectif se réalise, la hausse atteindrait environ 21 %. Le chiffre reste une prévision, non un résultat acquis. Le média tanzanien The Citizen a également rapporté cette cible et le bilan de la saison précédente.

Pour soutenir les vergers, le gouvernement a annoncé la distribution d’intrants gratuits à près de 550 000 producteurs dans cinq régions. Le programme prévoyait 51 000 tonnes de soufre en poudre et six millions de litres de pesticides liquides, destinés à lutter contre les maladies et les ravageurs. Mais des difficultés d’approvisionnement en soufre subventionné ont été signalées en juin à Mtwara et Lindi. Leur effet sur les rendements n’est pas encore établi.

Cette incertitude rappelle une limite concrète des objectifs de production : les intrants doivent parvenir à temps aux exploitants. Les petits producteurs des zones éloignées dépendent aussi des points de collecte, du transport et des capacités de stockage pour conserver la qualité et accéder aux enchères.

Le pays cherche en parallèle à renforcer ses infrastructures. Des entrepôts sont annoncés à Manyoni, Tunduru et dans le port de Mtwara. Le stockage peut aider à réduire les pertes et à organiser les ventes. Il ne garantit toutefois pas, à lui seul, que davantage de noix seront transformées dans le pays. Les objectifs de production et de transformation de la filière tanzanienne

Au Mozambique, le prix progresse, la récolte reste incertaine

Au Mozambique, le prix de référence au producteur a été fixé à 48 meticais par kilogramme pour 2026/2027, contre 45 meticais lors de la campagne précédente. Cette hausse de 6,7 % a été annoncée le 7 octobre à Maputo, à l’issue d’une réunion du Comité des amandes. Le prix de référence encadre les discussions commerciales ; il ne permet pas, à lui seul, de connaître le revenu net réellement reçu par chaque producteur.

Les perspectives de récolte sont moins favorables. Une projection rapportée par la presse mozambicaine situe la production attendue à 146 000 tonnes, contre 204 000 tonnes produites et commercialisées la saison précédente. Cette prévision n’a pas été confirmée par une seconde publication indépendante consultée. Elle doit donc être considérée avec prudence, et non comme un bilan définitif.

Le gouvernement met aussi l’accent sur les sorties non déclarées. Le ministre de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Pêche, Roberto Mito Albino, a déclaré que quelque 35 000 tonnes auraient été exportées illégalement sur trois ans, causant un manque à gagner estimé à 457 millions de meticais. Des médias mozambicains et l’Agence d’information du Mozambique ont relayé ces chiffres issus des autorités. Ils restent des estimations officielles, et non un décompte audité rendu public. Les estimations officielles mozambicaines sur les exportations illégales de cajou

Maputo veut privilégier les poursuites pénales plutôt que les seules sanctions administratives. L’État mise également sur la numérisation des transactions pour mieux suivre les volumes. En parallèle, le taux de la taxe de survalorisation à l’exportation de noix brutes est annoncé à 22 %, contre 18 % auparavant. Cette taxe vise notamment à rendre la transformation locale plus attractive. Mais si les contrôles ne suivent pas, un prélèvement plus élevé peut aussi accroître l’intérêt des circuits clandestins.

La valeur ajoutée, test commun des deux campagnes

Les deux trajectoires posent une même question : qui captera la valeur du cajou ? En Tanzanie, une récolte plus abondante pourrait augmenter l’offre disponible, à condition que les intrants, les entrepôts et les débouchés suivent. Au Mozambique, un prix de référence supérieur peut soutenir les producteurs, mais une récolte annoncée en baisse et les ventes hors circuit compliquent la planification.

Les transformateurs ont besoin d’un approvisionnement régulier. Les producteurs, eux, ont besoin de débouchés accessibles et de paiements prévisibles. Les autorités cherchent des recettes et une meilleure traçabilité. Ces intérêts peuvent converger, mais les mesures de taxation ou de contrôle doivent s’accompagner de capacités réelles de collecte, de stockage et de transformation.

La campagne permettra donc de vérifier trois points : la production tanzanienne se rapproche-t-elle de l’objectif de 750 000 tonnes ; la projection mozambicaine de 146 000 tonnes se confirme-t-elle ; et les ventes officielles progressent-elles sans fragiliser la rémunération des planteurs ? Les réponses pèseront sur les échanges de la côte orientale de l’océan Indien et sur la place que ces deux pays peuvent prendre dans la transformation régionale du cajou.