La fin d’une mission de l’ONU ne règle pas le désaccord qu’elle suivait. Au Sahara occidental, le retrait de la MINURSO ouvre une période d’incertitude : qui observera désormais la situation sur le terrain, alors que les positions du Maroc et du Front Polisario restent opposées ?

Un différend ancien, un cadre régional fragilisé

Le Sahara occidental demeure un territoire disputé. Le Maroc défend sa souveraineté et propose une autonomie sous souveraineté marocaine. Le Front Polisario revendique, lui, l’indépendance et l’autodétermination du peuple sahraoui. L’ONU continue de traiter le dossier comme une question politique non résolue.

Cette dispute pèse aussi sur les relations entre Rabat et Alger, qui soutient le Polisario. Elle fragilise la coopération au Maghreb, où l’Union du Maghreb arabe — organisation régionale réunissant cinq pays d’Afrique du Nord — reste peu active. La Mauritanie, voisine du territoire, est également concernée par les équilibres de sécurité.

Créée en 1991 par le Conseil de sécurité, la MINURSO devait surveiller le cessez-le-feu et contribuer à l’organisation d’un référendum sur l’avenir du territoire. Le référendum n’a jamais eu lieu. Après la reprise des hostilités en 2020, la mission a continué de surveiller la situation et de signaler les tensions. La fiche de l’ONU sur le mandat et le rôle de la MINURSO rappelle l’évolution de ses fonctions.

Le mandat expire, la liquidation commence

Le mandat de la mission a expiré le 31 octobre 2026, après l’échec du Conseil de sécurité à s’accorder sur son renouvellement. Le dimanche 1er novembre, l’ONU a commencé la période de liquidation : les opérations de la mission ont pris fin, mais une équipe réduite doit organiser le départ du personnel et le traitement du matériel.

Le blocage s’est joué à New York. Selon l’ONU et l’Associated Press, un projet américain a été rejeté par le veto russe. Un texte concurrent présenté par la Russie n’a pas obtenu les neuf voix nécessaires à son adoption. Le Conseil n’a donc adopté aucune résolution de prolongation. Le précédent mandat, fixé par la résolution 2797, courait jusqu’au 31 octobre 2026. Le registre des mandats de l’ONU confirme cette échéance.

Le retrait doit se dérouler par étapes, sans calendrier final annoncé. Des médias marocains rapportent que le plan prévoit le rapatriement d’environ 160 observateurs militaires et le départ de 180 membres du personnel civil ou affilié. Il prévoit aussi la fermeture de 13 installations, le transfert ou la cession des équipements et le démantèlement des moyens logistiques. Ces chiffres sont attribués au dispositif de liquidation communiqué par l’ONU ; ils ne sont pas détaillés dans sa fiche générale sur la mission.

Le secrétaire général António Guterres a appelé les parties à coopérer et à faire preuve de retenue. Il a averti que la disparition de la mission ne modifiait pas les droits de la population du Sahara occidental. L’ONU a également rendu hommage aux 20 membres du personnel morts pendant les 35 années d’existence de la MINURSO. Elle indique que son envoyé personnel, Staffan de Mistura, poursuivra les efforts politiques. Le compte rendu des Nations unies sur la fin des opérations précise ces éléments.

Une lecture opposée à Rabat et dans le camp sahraoui

Le gouvernement marocain présente la non-reconduction du mandat comme une évolution importante et affirme rester attaché au cessez-le-feu. Dans son communiqué du 30 octobre, le Cabinet royal estime que cette décision marque un tournant dans le dossier et met en avant le soutien international à son plan d’autonomie. Cette position est celle de Rabat ; elle ne constitue pas une décision de l’ONU sur le statut du territoire.

Le mandat non renouvelé ne signifie pas que le Conseil de sécurité a tranché la question de souveraineté, ni qu’il a validé le récit d’une seule partie. Le Polisario défend toujours l’indépendance. L’Algérie réclame depuis longtemps une place plus importante pour les questions de droits humains dans le dispositif onusien. L’absence de mission retire un mécanisme de surveillance, sans faire disparaître les revendications ni les désaccords.

Pour les habitants, l’effet immédiat dépendra notamment de la continuité de l’observation et des échanges d’informations. Les installations de la MINURSO se trouvaient dans plusieurs zones du territoire et à Tindouf, en Algérie, où se trouve un bureau de liaison. Les évolutions ne concerneront donc pas seulement les autorités : elles pèseront aussi sur les populations vivant des deux côtés des lignes de contrôle et sur les acteurs humanitaires et civils.

La suite se jouera aussi hors du Conseil

La fin des opérations ne met pas automatiquement un terme à l’engagement diplomatique des Nations unies. L’envoyé personnel du secrétaire général doit poursuivre les consultations. Mais sans observateurs déployés, la capacité de documenter les incidents et de maintenir un canal régulier sur le terrain pourrait changer. C’est un risque à surveiller, pas une conséquence déjà mesurée.

Pour le Maroc, cette séquence s’inscrit dans une stratégie diplomatique visant à faire reconnaître son plan d’autonomie. Pour le Polisario et l’Algérie, elle soulève la question de la place future de l’autodétermination dans les discussions internationales. La crise du Conseil met aussi en lumière le poids des rivalités entre membres permanents : leurs désaccords ont empêché le renouvellement, sans rapprocher les positions des parties concernées.

À l’échelle africaine, l’enjeu dépasse les relations bilatérales. L’Union africaine, dont le Maroc est membre, devra composer avec un dossier qui divise ses États et avec l’affaiblissement d’un dispositif onusien présent depuis 1991. Les prochaines consultations de Staffan de Mistura, la coopération des parties pendant le retrait et l’éventuelle mise en place d’un mécanisme d’observation seront déterminantes. Pour l’heure, la mission se retire ; le différend, lui, reste ouvert.