Entre les communiqués diplomatiques et les lignes de front, l’écart reste décisif pour les habitants de l’est de la République démocratique du Congo. La visite des facilitateurs de l’Union africaine (UA) à Kinshasa met maintenant le gouvernement congolais face aux mêmes demandes déjà adressées à l’AFC/M23 et au Rwanda : respecter le cessez-le-feu et rendre les engagements vérifiables.

Une médiation qui doit relier plusieurs processus

La mission se déroule dans une région où plusieurs médiations avancent en parallèle. Le processus de Doha réunit Kinshasa et l’AFC/M23 sous facilitation qatarienne. Les accords de Washington concernent les relations entre la RDC et le Rwanda. L’UA cherche à coordonner ces démarches, sans se substituer aux parties directement concernées.

Cette diplomatie s’inscrit aussi dans un cadre régional plus large. La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) ont tenu des sommets conjoints sur la crise en 2025. La RDC est membre des deux organisations. Leur coordination demeure importante, car les combats et leurs conséquences dépassent les frontières congolaises. Le communiqué du sommet conjoint EAC-SADC appelait déjà à une réponse concertée.

La crise s’est aggravée avec les offensives du début de 2025 et la prise de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, puis de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, par l’AFC/M23. Ces villes sont des centres administratifs et économiques majeurs. Leur contrôle pèse sur la circulation, les services publics et les échanges dans les provinces concernées.

De Goma et Kigali à la capitale congolaise

Le panel de facilitateurs de l’UA rassemble l’ancienne présidente éthiopienne Sahle-Work Zewde, l’ancien président kényan Uhuru Kenyatta et l’ancien président botswanais Mokgweetsi Masisi. Après des consultations à Goma, la délégation s’est rendue à Kigali, puis à Kinshasa.

À Goma, le 5 octobre, les facilitateurs ont rencontré des représentants de l’AFC/M23, la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), des acteurs humanitaires et des membres du mécanisme de vérification du cessez-le-feu. Une visite dans le territoire de Nyiragongo leur a également permis d’observer des sites liés aux déplacements de population. Le communiqué du panel de l’Union africaine confirme les rencontres et formule un appel au respect de la trêve.

Le 7 octobre, à Kigali, les facilitateurs ont échangé avec le président rwandais Paul Kagame. Selon la présidence rwandaise, leurs discussions ont porté sur les prochaines étapes du processus de paix et les causes profondes du conflit. Le 8 octobre, la délégation est arrivée à Kinshasa. Une audience avec le président Félix Tshisekedi était annoncée pour le vendredi 9 octobre, selon les informations diffusées par la présidence congolaise et rapportées par plusieurs médias.

Le panel doit transmettre les résultats de ses consultations au gouvernement congolais et au médiateur de l’UA, le président togolais Faure Gnassingbé. À ce stade, aucune nouvelle entente entre les parties n’a été annoncée. La tournée permet donc de recueillir des positions ; elle ne constitue pas, à elle seule, un accord de paix.

Du cessez-le-feu aux effets sur la vie quotidienne

À l’issue de ses échanges à Goma, le panel a appelé les parties à poursuivre de bonne foi les négociations de Doha, à respecter le cessez-le-feu et à coopérer avec les mécanismes de vérification. Ces demandes répondent à un problème concret : sans suivi partagé, chaque camp peut accuser l’autre de violer la trêve, tandis que les civils restent exposés aux combats et aux déplacements.

Le coordonnateur politique de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, réclame des engagements assortis d’un mécanisme de suivi. Il a aussi déclaré que son mouvement combattrait pour empêcher les forces gouvernementales de reprendre Minembwe, au Sud-Kivu, où des affrontements ont été signalés ces derniers mois. Ces propos, rapportés dans le cadre des consultations, illustrent la distance entre les appels à la désescalade et les positions militaires affichées. Ils ne préjugent pas, à eux seuls, des opérations à venir.

Pour les habitants, les enjeux ne se résument pas au contrôle territorial. La sécurité conditionne l’accès à l’aide, la reprise des cours, les déplacements vers les marchés et le fonctionnement des services essentiels. Les conséquences varient selon les lieux : les quartiers urbains dépendent des axes d’approvisionnement, tandis que les communautés rurales peuvent être isolées lorsque les routes deviennent dangereuses ou impraticables.

Les acteurs humanitaires sont, eux aussi, tributaires de garanties d’accès et de la coopération des parties. L’appel des facilitateurs à protéger les civils ne prendra une portée réelle que si les organisations de secours peuvent atteindre les personnes concernées et si les engagements sont suivis sur le terrain.

Un test pour la coordination africaine

La démarche de l’UA intervient après plusieurs années d’initiatives diplomatiques, dont les processus de Nairobi et de Luanda, puis les efforts de Doha et de Washington. Le communiqué de la SADC sur la rencontre avec les facilitateurs montre que la coordination entre l’UA, l’EAC et la SADC est déjà identifiée comme un enjeu. Mais multiplier les cadres ne suffit pas si les engagements restent sans vérification ni application.

La séquence Kinshasa-Goma-Kigali donne au panel l’occasion d’entendre des acteurs placés à différents niveaux du conflit : un groupe armé, les autorités rwandaises et le gouvernement congolais. Elle ne règle cependant ni les désaccords politiques ni les questions de sécurité qui alimentent la crise. Le prochain indicateur sera la traduction des appels en mesures observables : baisse des hostilités, accès humanitaire plus régulier et mécanismes de contrôle acceptés par les parties.

Pour la RDC et ses voisins, l’enjeu est aussi celui de la crédibilité des médiations africaines. Leur influence dépendra moins du nombre de réunions que de leur capacité à rapprocher les processus existants et à obtenir des engagements suivis. Dans l’est du pays, les habitants jugeront d’abord la paix à ses effets sur leur sécurité et leur quotidien.