Pour la Mauritanie, les discussions sur le Sahara occidental ne concernent pas seulement l’avenir d’un territoire voisin. Elles touchent aussi à ses frontières, à ses relations avec Rabat et Alger, et à la stabilité du Maghreb. Les réunions tenues en 2026 ont remis Nouakchott autour de la table, sans faire disparaître les désaccords de fond.
Un retour au dialogue après plusieurs années d’interruption
Le conflit oppose le Maroc au Front Polisario, qui revendique l’indépendance du Sahara occidental. L’Algérie soutient le Polisario et accueille des camps de réfugiés sahraouis. La Mauritanie, voisine du territoire, participe aux échanges diplomatiques sans être l’une des deux parties principales au conflit.
Le processus se déroule dans un contexte régional fragile. Les relations entre le Maroc et l’Algérie sont rompues depuis 2021. L’Union du Maghreb arabe, qui rassemble les deux pays, la Mauritanie, la Tunisie et la Libye, reste largement paralysée. Dès lors, chaque reprise du dialogue peut compter, mais elle ne suffit pas à rétablir la coopération régionale.
Le Conseil de sécurité a prolongé le mandat de la MINURSO, la mission de l’ONU créée en 1991 autour du projet de référendum, jusqu’au 31 octobre 2026. Sa présence rappelle qu’aucun règlement politique n’a encore été accepté par les parties. Les débats de l’ONU en 2026 sur le Sahara occidental et la MINURSO montrent aussi combien l’interprétation de cette résolution demeure disputée.
Autonomie, transition et garanties frontalières
Dans son rapport daté du 1er octobre, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, rend compte de trois cycles de discussions organisés à Washington et à Madrid entre janvier et février 2026. Le Maroc y a présenté une version développée de son plan d’autonomie de 2007. Ce plan prévoit une gestion locale du territoire sous souveraineté marocaine, tandis que le Polisario continue de défendre le droit des Sahraouis à choisir leur statut, y compris l’indépendance.
Les participants ont également étudié la création d’un conseil de transition. À leur demande, l’ONU et les États-Unis ont préparé un projet d’accord-cadre sur cette phase. Le rapport décrit des propositions discutées, et non un accord déjà conclu. Rien dans les éléments disponibles ne permet d’affirmer que les parties se sont entendues sur le statut final du territoire.
La Mauritanie a, pour sa part, soulevé une question directement liée à sa sécurité. D’après le compte rendu du rapport relayé par le média mauritanien Yibaldi, le ministre des Affaires étrangères Mohamed Salem Ould Merzoug a demandé la création d’une commission chargée de définir, par consensus, les frontières internationales définitives du territoire contesté. Cette demande traduit la préoccupation de Nouakchott de voir ses propres limites territoriales clairement garanties. Elle concerne notamment Lagouira, près de Nouadhibou, dont le statut est évoqué dans le débat régional. Cette information est rapportée par une source médiatique mauritanienne et doit être comprise comme telle.
La participation mauritanienne a donc une portée concrète : Nouakchott cherche à éviter qu’un éventuel arrangement entre les protagonistes ne laisse ses intérêts frontaliers dans l’incertitude. Pour les autorités, la question relève de la souveraineté et de la stabilité. Pour les habitants des zones frontalières et les acteurs économiques, la prévisibilité des limites peut peser sur les déplacements, les échanges et la sécurité des activités.
Des discussions relancées, mais aucun compromis annoncé
Le retour à des rencontres directes est notable après plusieurs années sans cycle comparable. Toutefois, la reprise des contacts ne signifie pas que les positions se rapprochent. Le Maroc défend l’autonomie sous sa souveraineté. Le Polisario réclame un processus d’autodétermination incluant l’option de l’indépendance. L’Algérie conteste le cadrage marocain, tandis que la Mauritanie insiste notamment sur ses garanties territoriales.
Les termes employés par l’ONU ont eux-mêmes un poids politique. La résolution 2797, adoptée en 2025, appelle à des discussions en prenant pour base la proposition marocaine d’autonomie, tout en visant une solution politique mutuellement acceptable et l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Les lectures de ce texte divergent. Certaines délégations le présentent comme un appui au plan marocain ; d’autres soulignent qu’il ne tranche pas à lui seul le statut final. Le précédent des débats du Conseil de sécurité sur le mandat de la MINURSO rappelle que les résolutions successives ont appelé au dialogue sans résoudre le différend.
Le rapport de Guterres ne fait pas état d’une percée majeure. Il documente plutôt le passage de discussions générales à des questions institutionnelles précises : une période de transition, un éventuel conseil et les garanties à prévoir. Cette évolution peut ouvrir un espace de négociation. Elle peut aussi révéler plus clairement les lignes rouges de chaque délégation.
Un enjeu maghrébin qui dépasse la table des négociations
Pour la Mauritanie, maintenir un canal avec ses deux grands voisins constitue un exercice d’équilibre diplomatique. Un accord accepté par les parties pourrait réduire une source durable de tensions entre Rabat et Alger. À l’inverse, une négociation perçue comme imposant d’avance une issue pourrait durcir les positions et compliquer la marge de manœuvre de Nouakchott.
L’enjeu dépasse aussi les capitales. Le conflit affecte les Sahraouis directement concernés, les familles séparées et les personnes vivant dans les camps de réfugiés près de Tindouf. Une solution discutée entre gouvernements ne sera durable que si les droits et le consentement des populations concernées restent au centre du processus. La MINURSO demeure, pour sa part, un mécanisme de présence et de suivi des Nations unies, alors que son mandat historique de référendum n’a pas abouti.
La prochaine échéance immédiate est le renouvellement du mandat de la mission, attendu avant le 31 octobre 2026. D’ici là, il faudra voir si le projet d’accord-cadre revient dans les discussions et si les garanties demandées par la Mauritanie sont examinées. Pour l’heure, les réunions ont rétabli un dialogue à quatre, mais elles n’ont pas rapproché suffisamment les positions pour annoncer un règlement.