« On ne doit jamais quitter les lieux avant les enfants. » Chila Luambo Makiadi entraîne à The Goat Academy, à Kinshasa. De trois jours de formation au stade Tata Raphaël, il retient d’abord cette règle de sécurité, rapporte Radio Okapi. Le détail paraît modeste. Il marque pourtant la première étape pratique du partenariat entre la République démocratique du Congo et l’AS Monaco. Une étape attendue, après seize mois de débats sur son coût.
Un accord longtemps jugé sur son prix
Signé en juin 2025 pour courir jusqu’en 2028, l’accord « R.D. Congo, Cœur de l’Afrique » repose sur deux volets. Le premier relève de la visibilité. Selon les termes annoncés à la signature, le slogan s’affiche sur la manche du maillot de l’équipe première. Il figure aussi sur celui des équipes de jeunes. Le second volet prévoit un transfert d’expertise dans la formation des jeunes footballeurs.
Côté congolais, le ministère avait confié la négociation à un homme d’affaires français, Aurélien Logeais, selon Foot Mercato. Le média le présente comme un intermédiaire non rémunéré. Le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, a précisé que son rôle s’était limité à négocier au nom de la RDC.
L’accord coûte 4,8 millions d’euros sur trois saisons. Le montant reste modeste à côté des contrats signés la même année avec le FC Barcelone et l’AC Milan. La presse les estime à plus de 40 millions d’euros chacun. L’ensemble a pourtant suscité de vives critiques à Kinshasa. Une partie de la société civile y a vu une dépense injustifiable, en pleine guerre dans l’Est du pays.
Le dossier a ensuite pris un tour judiciaire. Deux ressortissants congolais résidant en France ont porté plainte en septembre 2025 pour corruption, blanchiment et détournement de fonds publics. Le parquet national financier français a transmis le dossier à Monaco. En juillet 2026, le parquet général monégasque l’a classé sans suite, jugeant les infractions dénoncées « insuffisamment caractérisées ». Le gouvernement congolais avait toujours rejeté ces accusations.
Trois jours de terrain au stade Tata Raphaël
La session s’est déroulée du 13 au 15 octobre dans l’enceinte kinoise. La délégation monégasque était conduite par Sébastien Muet, directeur de l’Académie du club. Elle a travaillé avec le directeur technique national de la Fédération congolaise de football association (FECOFA), Médard Lusadisu.
Le programme a alterné théorie et pratique. Lors de la deuxième journée, les éducateurs ont abordé la préparation physique, la prévention des blessures et l’analyse vidéo. Ils sont ensuite passés aux exercices sur le terrain. Leur nombre varie selon les médias congolais : une septantaine pour l’Agence congolaise de presse, plus d’une centaine pour Radio Okapi.
Le jeudi 15 octobre, Félix Tshisekedi a présidé la clôture et remis leurs brevets de participation aux encadreurs. La présence du chef de l’État donne au programme un poids politique certain. Elle confirme aussi que l’accord reste porté au sommet de l’État.
Former les formateurs, un pari de long terme
Cibler les éducateurs d’académies n’a rien d’anodin. Ce sont eux qui encadrent les enfants, bien avant les centres de formation des clubs professionnels. Former un éducateur, c’est donc potentiellement agir sur des dizaines de jeunes joueurs.
Le directeur technique national y voit une remise à niveau. « Cette formation constitue un cadre qui permet à nos éducateurs de se recycler », a-t-il déclaré, selon Radio Okapi. Certains participants restent plus réservés. Sadra Makondele, sélectionneuse des Léopards dames de moins de 20 ans, estime ainsi que « trois jours ne suffisaient pas pour tout assimiler ».
Didier Budimbu, lui, inscrit la session dans une stratégie plus large. Il défend l’accord au nom de « la nécessité de développer la technique », plus que de la seule visibilité. Selon le média congolais Cumulard, le ministre a annoncé des détections dans plusieurs provinces d’ici la fin de l’année. Les jeunes retenus partiraient ensuite en immersion à Monaco. Fin octobre 2025, le gouvernement avait déjà évoqué la création d’une académie nationale avec le club.
Ce qu’il faudra surveiller d’ici 2028
La RDC n’est pas le premier État africain à miser sur les grands clubs européens. Le Rwanda l’a fait avant elle avec Arsenal, le PSG et le Bayern Munich, pour promouvoir son tourisme. En février 2025, Kinshasa avait d’ailleurs demandé à ces trois clubs de rompre leurs contrats avec « Visit Rwanda ». Le pouvoir congolais accuse le Rwanda voisin d’alimenter la guerre dans l’Est du pays. Ses détracteurs ont donc relevé la contradiction : la RDC s’affiche à son tour sur des maillots européens.
L’accord monégasque se distingue toutefois par son volet de formation, censé laisser une trace durable dans le pays. C’est sur ce terrain qu’il sera évalué. Les détections annoncées auront-elles lieu avant la fin de l’année ? Combien de jeunes Congolais partiront réellement en immersion à Monaco ? Les éducateurs formés à Tata Raphaël bénéficieront-ils d’un suivi, au-delà d’un brevet de participation ?
Le contrat court jusqu’en 2028. D’ici là, une question reste entière. Ce que la RDC investit dans la vitrine monégasque profite-t-il au football joué à Kinshasa, Lubumbashi ou Kisangani ? La première session apporte un début de réponse. Il en faudra d’autres pour trancher.