À Kigali, la marche de Saddam Alaya prend une dimension particulière. Le voyageur jordanien ne traverse pas seulement le Rwanda pour relier deux étapes de son parcours. Il vient aussi inscrire son message de paix et d’éducation dans un pays où la transmission, le dialogue et la mémoire occupent une place centrale dans la reconstruction nationale.
Une étape rwandaise sur un itinéraire hors norme
Saddam Alaya est arrivé au Rwanda au début du mois d’octobre 2026. Il poursuit une marche annoncée de plus de 23 000 kilomètres, entre le sud de l’Afrique et Magadan, dans l’Extrême-Orient russe. Le parcours doit traverser 18 pays et trois continents, avec une arrivée prévue en 2028.
Le projet a commencé le 1er janvier 2026 au Cap des Aiguilles, en Afrique du Sud. Avant d’atteindre le Rwanda, le marcheur jordanien était passé par l’Afrique du Sud, le Botswana, le Zimbabwe, la Zambie, la Tanzanie et le Burundi. L’agence jordanienne Petra indiquait, le 19 septembre, qu’il avait déjà parcouru plus de 4 900 kilomètres.
Son arrivée au Rwanda constitue donc la septième étape nationale de cette traversée. Le trajet relie des espaces très différents, mais aussi des sociétés qui partagent une même réalité régionale : les frontières, les déplacements, les échanges locaux et les liens humains dépassent souvent les cadres administratifs.
Le Rwanda appartient à la Communauté d’Afrique de l’Est, ou EAC, une organisation régionale qui facilite la coopération entre plusieurs pays de la région. Cette appartenance donne à l’étape rwandaise un relief particulier. Elle intervient dans un espace où les mobilités, le commerce transfrontalier et les initiatives de paix sont étroitement liés.
De la performance sportive au dialogue avec les communautés
Saddam Alaya présente sa marche comme un projet à trois dimensions : le déplacement, la paix et l’éducation. L’initiative est portée par Hike With Me, une organisation fondée par le voyageur pour utiliser la marche comme un moyen de rencontrer les communautés et d’échanger avec elles.
Le marcheur ne limite pas son itinéraire aux grands axes. Il cherche aussi à entrer dans les écoles et à dialoguer avec les élèves. Selon les données communiquées avant son entrée au Rwanda, il avait visité 46 établissements et rencontré plus de 14 000 élèves et enseignants.
Ces rencontres portent sur la coexistence, le dialogue et l’importance de l’éducation. Elles donnent au parcours une portée qui dépasse l’endurance physique. Dans ce cadre, chaque étape devient un espace de discussion avec la jeunesse, les enseignants, les responsables locaux et les habitants.
Le projet revendique également une dimension culturelle. Saddam Alaya est originaire de Wadi Musa, en Jordanie, à proximité du site de Pétra. Il souhaite faire connaître son pays et sa ville d’origine au fil de son trajet, tout en reliant cette identité jordanienne à une expérience internationale.
Le choix d’un itinéraire entre l’Afrique australe, l’Afrique de l’Est, l’Asie et l’Europe élargit ainsi le récit. La marche ne sert pas uniquement à atteindre une destination. Elle devient un outil de rencontre entre des territoires, des langues et des histoires différentes.
Le Rwanda, un terrain sensible pour un message de paix
Le passage par le Rwanda n’est pas une étape ordinaire pour un projet consacré à la paix. Le pays continue de travailler sur les questions de mémoire, de réconciliation et de prévention des violences depuis le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.
Dans les écoles et les associations rwandaises, l’éducation à la paix s’appuie notamment sur la responsabilité citoyenne, la prévention de la haine et la recherche du dialogue. Des initiatives locales et internationales développent des programmes destinés aux jeunes, avec l’objectif de transmettre les leçons de l’histoire sans enfermer la société dans son passé.
La présence d’un marcheur étranger peut donc créer un échange intéressant, à condition de ne pas réduire le Rwanda à son histoire tragique. Le pays est aussi une société jeune, organisée autour de politiques publiques, d’activités économiques et d’initiatives citoyennes. L’enjeu consiste à écouter les expériences locales plutôt qu’à plaquer un message extérieur sur une réalité nationale complexe.
Pour les Rwandais, cette visite peut représenter une occasion de présenter leurs propres approches de la paix et de la cohésion sociale. Elle peut également favoriser des rencontres entre des établissements scolaires, des acteurs associatifs et un projet venu du Moyen-Orient, mais construit en grande partie sur le continent africain.
Une route confrontée aux réalités du terrain
Une marche de cette ampleur ne repose pas uniquement sur la motivation individuelle. Elle exige des autorisations, des solutions d’hébergement, un accompagnement aux frontières et une coordination avec les autorités des pays traversés.
Saddam Alaya a évoqué des températures dépassant parfois 42 degrés Celsius, ainsi que des difficultés liées aux communications, à l’accès à internet et aux longues distances entre les zones habitées. Le passage d’un pays à l’autre ajoute d’autres contraintes, notamment en matière de visas, de sécurité et de transport du matériel.
La marche s’appuie toutefois sur des relais locaux. Selon les chiffres communiqués par l’organisation, plus de 5 300 personnes ont participé à certaines portions du parcours. Le projet aurait également reçu plus de 95 propositions d’hébergement et bénéficié de nombreuses couvertures médiatiques dans les pays traversés.
Ces soutiens montrent que l’itinéraire dépend autant des communautés rencontrées que de la préparation initiale. Dans les zones urbaines, l’accueil peut mobiliser des institutions, des écoles et des médias. Dans les espaces ruraux, les habitants jouent davantage un rôle direct dans l’orientation, l’hébergement ou l’accompagnement du marcheur.
Après Kigali, une longue route vers le nord
La présence au Rwanda devrait durer environ deux semaines, selon des informations publiées à propos de l’étape. Le marcheur a notamment participé à des activités communautaires organisées à Kigali, dont une journée sans voitures, afin de se rapprocher de la population locale.
La suite du parcours doit conduire Saddam Alaya vers d’autres pays d’Afrique de l’Est, avant de poursuivre vers l’Asie et l’Europe. La réussite du projet dépendra de sa capacité à maintenir son rythme, à franchir les frontières et à conserver la dimension éducative annoncée au départ.
À l’échelle régionale, cette étape rappelle aussi le rôle des mobilités citoyennes dans une Afrique de l’Est marquée par les échanges transfrontaliers. Une marche ne remplace ni les politiques publiques ni les mécanismes institutionnels de paix. Elle peut néanmoins créer des conversations directes, particulièrement auprès des jeunes.
Le parcours sera donc à suivre moins comme un simple exploit kilométrique que comme une succession de rencontres. Au Rwanda, son message prendra une résonance particulière : la paix ne se résume pas à une déclaration. Elle se construit aussi dans les écoles, les quartiers, les communautés et les relations entre les peuples.
Les informations sur l’arrivée de Saddam Alaya au Rwanda ont été croisées avec le point d’étape publié avant son entrée dans le pays.