Quand l’or sale les sols, les États cherchent enfin une réponse commune

Dans plusieurs pays africains, l’or ne se limite plus à enrichir des filières formelles. Il creuse aussi des trous dans les terres agricoles, pollue les rivières et alimente des circuits clandestins qui traversent les frontières. C’est ce constat, désormais partagé de Dakar à Abidjan en passant par Accra, qui pousse les États à changer d’échelle.

La Côte d’Ivoire a choisi la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, organisée à Oulan-Bator du 17 au 28 août 2026, pour lancer une coalition africaine consacrée à la dégradation des terres et à la pollution liée à l’exploitation minière artisanale et à petite échelle illégale. La conférence de l’UNCCD porte cette année sur la restauration des terres, un cadre qui relie directement environnement, sécurité alimentaire et résilience des territoires.

Une initiative ivoirienne portée au niveau continental

Le lancement a été annoncé par le ministère ivoirien de l’Environnement et de la Transition écologique le 27 août 2026. Abou Bamba, le ministre en charge du dossier, a présenté cette coalition comme un mécanisme appelé à durer, avec un objectif simple : coordonner les réponses nationales au lieu de laisser chaque État affronter seul des réseaux mobiles, bien organisés et souvent transfrontaliers.

Selon ce communiqué, la coalition doit renforcer la coopération transfrontalière, le partage de renseignements, l’harmonisation des cadres d’application de la loi et la mise en place d’une plateforme géospatiale commune pour cartographier les principaux foyers d’exploitation illégale. Elle doit aussi aider à mobiliser des financements pour restaurer les terres dégradées.

Cette séquence s’inscrit dans une dynamique déjà visible en Côte d’Ivoire. En février puis en mai 2026, des projets de cartographie et de réhabilitation des terres dégradées par l’orpaillage illégal ont été lancés avec des partenaires locaux et régionaux. Le gouvernement ivoirien avait donc préparé le terrain avant de passer du registre national à une ambition continentale.

Les chiffres ivoiriens montrent l’ampleur du problème

La Côte d’Ivoire ne part pas d’une page blanche. Fin juillet 2026, le Conseil national de sécurité a fait état de plus de 8 500 sites d’exploitation clandestine démantelés depuis 2021, de 4 474 personnes déférées, dont 65 % d’étrangers, de plus de 960 millions de francs CFA saisis et d’environ 136 kilogrammes d’or récupérés. La présidence a également souligné la persistance, voire l’extension du phénomène sur une grande partie du territoire.

Le gouvernement ivoirien avait déjà recensé, en 2022, 241 sites d’exploitation minière illégale mobilisant plus de 23 000 personnes. En 2023, des bilans officiels parlaient encore de 1 098 sites traités dans 25 régions et dans le district de Yamoussoukro. Ces données suggèrent un phénomène enraciné, mouvant, et capable de se recomposer malgré les opérations de répression.

Le ministre ivoirien des Mines a aussi estimé, lors d’une campagne de sensibilisation en juin 2026 à Séguéla, que plus de 80 % des revenus de l’orpaillage clandestin sont captés par des filières de trafic basées à l’étranger, tandis que les communautés locales n’en perçoivent qu’une faible part. Cette donnée, qu’il faut lire comme une estimation gouvernementale, éclaire le cœur du problème : la rente ne reste pas dans les villages, mais nourrit des chaînes de valeur opaques.

Au Ghana, dans le Sahel et en Afrique centrale, la même mécanique

Le cas ivoirien n’est pas isolé. Au Ghana, l’Africa Center for Strategic Studies décrit désormais le « galamsey », nom donné à l’orpaillage illégal, comme une question de gouvernance et de sécurité, et non plus seulement comme un problème de police locale. Cette lecture est importante, car elle relie extraction clandestine, corruption, réseaux de transport, financement illicite et pression sur les autorités.

Dans plusieurs pays du Sahel et d’Afrique de l’Ouest, les sites sont difficiles à contrôler parce qu’ils se déplacent vite, attirent une main-d’œuvre précaire et se branchent sur des routes régionales de commerce de l’or. En 2024, une opération coordonnée avec Interpol au Burkina Faso, en Gambie, en Guinée et au Sénégal a abouti à 200 arrestations, ce qui montre bien que l’enjeu dépasse les frontières d’un seul État.

L’Union africaine a, de son côté, rappelé dans sa Vision minière africaine que l’exploitation artisanale et à petite échelle peut soutenir des revenus locaux si elle est formalisée, encadrée et rendue traçable. En novembre 2024, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a aussi appelé à mieux empêcher les groupes armés et terroristes de tirer profit de l’exploitation illégale des ressources naturelles. La nouvelle coalition ivoirienne s’inscrit donc dans un cadre africain déjà défini, mais encore trop peu appliqué.

Ce que la coalition peut changer, et ce qu’elle devra prouver

Sur le papier, la coalition apporte ce qui manque souvent aux réponses nationales : une lecture commune, des outils partagés et une circulation plus rapide de l’information. Si elle fonctionne, elle pourrait aider à cibler les réseaux plutôt que les seuls petits exploitants, à mieux suivre les engins, les routes, les acheteurs et les exportateurs, et à relier la lutte environnementale à la lutte contre les trafics.

Mais la difficulté est bien connue. Les opérations ponctuelles démantèlent des sites, sans toujours casser la chaîne économique qui les recrée ailleurs. C’est là que la cartographie, le renseignement et l’action judiciaire conjointe deviennent décisifs. Sans cela, les sites fermés dans une région peuvent réapparaître plus loin, notamment près des frontières, là où la surveillance reste plus fragile.

Le chantier est aussi social. Dans les zones rurales, l’orpaillage illégal concurrence l’agriculture, dégrade les sols et fragilise les revenus des ménages. En ville, il alimente des marchés opaques, des tensions sécuritaires et des coûts de restauration que les budgets publics supportent mal. La restauration des terres, enfin, ne sera crédible que si elle touche les communautés touchées et pas seulement les sites les plus visibles.

La Côte d’Ivoire doit désormais organiser une première rencontre de la coalition avant la fin de 2026, selon les autorités ivoiriennes. D’ici là, le vrai test sera simple : vérifier si cette alliance produit des opérations coordonnées, des règles communes et des résultats mesurables sur les terrains les plus exposés. C’est à cette aune seulement qu’une initiative née à la COP17 pourra prétendre peser sur la sécurité environnementale du continent.