À New York, Kinshasa a choisi d’ouvrir le débat là où se décident les règles

Les minerais qui font tourner les téléphones, les batteries et une partie de la transition énergétique mondiale ne sont pas qu’un sujet de marché. Ils sont aussi un test de souveraineté, de paix et de justice. Pour la République démocratique du Congo, la question est simple : comment faire en sorte qu’une richesse immense cesse d’alimenter la violence dans l’Est et profite enfin aux Congolais ?

Le Conseil de sécurité des Nations unies a précisément débattu, le mercredi 22 juillet 2026, de la gouvernance des ressources naturelles. La séance a été initiée par la RDC, qui occupe la présidence tournante du Conseil ce mois-ci. Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État chargée des Affaires étrangères, y a porté la ligne de Kinshasa au nom du président Félix-Antoine Tshisekedi.

Un pays producteur, mais aussi un pays sous pression

La RDC se trouve au centre des chaînes d’approvisionnement mondiales du cobalt, et plus largement des minerais dits critiques. L’ONU rappelle que plus de 70 % du cobalt extrait dans le monde vient du territoire congolais. Cette concentration donne au pays un poids stratégique, mais elle attire aussi des circuits de contrebande, des réseaux criminels et des convoitises régionales.

Dans l’Est congolais, cette réalité prend une forme brutale. Les autorités de Kinshasa accusent depuis longtemps l’AFC/M23, soutenu par le Rwanda selon plusieurs rapports onusiens, de tirer profit du commerce illicite des minerais. L’ONU n’a pas dit autre chose dans ses travaux sur la RDC, tandis que les sanctions américaines récentes ont aussi ciblé des réseaux liés au trafic minier dans cette zone.

Ce débat n’est pas sorti de nulle part. En juin 2025, la RDC et le Rwanda ont signé à Washington un accord de paix facilité par les États-Unis. En juin 2026, Washington a encore sanctionné des acteurs accusés de faciliter la contrebande de minerais en coordination avec le M23. Entre ces deux dates, le processus est resté fragile, et les violations rapportées sur le terrain montrent que la paix reste suspendue à des engagements encore imparfaits.

Le cœur du message : sortir de l’extraction sans contrôle

Devant le Conseil de sécurité, António Guterres a défendu une idée devenue centrale : aucune réponse efficace ne peut se limiter au seul lieu d’extraction. Il faut suivre les minerais sur toute la chaîne, du sous-sol au marché final, en passant par le transport, la transformation et la vente. L’enjeu est clair : plus de transparence, plus de contrôles, moins de contrebande.

La directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo-Iweala, a, elle, insisté sur la possibilité de réécrire les incitations économiques. Son message est net : la « malédiction des ressources » n’est pas une fatalité si les États producteurs renforcent la valeur ajoutée locale, la transparence et la responsabilité des opérateurs. Dit autrement, exporter uniquement du brut laisse peu d’emplois, peu de recettes et beaucoup de vulnérabilités. Transformer sur place change l’équation.

Cette orientation rejoint d’ailleurs un signal envoyé à Kinshasa quelques jours plus tôt. Le 13 juillet, le président Tshisekedi avait demandé la fin de toute forme de militarisation illégale des sites miniers et réaffirmé l’importance stratégique du secteur pour la crédibilité internationale du pays. La ligne est cohérente : mieux gouverner le minerai pour mieux gouverner l’État.

Ce que cela change pour les Congolais, et pour la région

Pour l’État congolais, l’enjeu est budgétaire, sécuritaire et diplomatique à la fois. Une chaîne minière mieux tracée renforce les recettes fiscales, réduit la marge des groupes armés et améliore la réputation du pays auprès des acheteurs internationaux. Pour les communautés locales, le gain attendu est plus concret encore : moins d’extorsion, plus de sécurité, davantage de retombées locales, à condition que les routes, les écoles, les services de santé et l’environnement suivent.

La question touche aussi les voisins. Les minerais de l’Est congolais passent par des corridors régionaux, vers le Rwanda, l’Ouganda, le Kenya ou plus loin encore, avant d’entrer dans des circuits de transformation et d’exportation. C’est pourquoi Guterres a insisté sur la coopération entre pays producteurs, de transit et consommateurs. En Afrique centrale et dans la région des Grands Lacs, aucun État ne peut prétendre régler seul un problème qui voyage avec les cargaisons.

La RDC a aussi intérêt à inscrire ce débat dans ses propres réformes. Le pays a déjà engagé des mesures pour mieux encadrer le secteur minier et attirer des chaînes d’approvisionnement plus responsables, comme l’ont montré plusieurs discussions tenues à Lubumbashi en juin 2026 autour du devoir de diligence. L’idée n’est pas seulement de dénoncer les pillages. Elle est aussi de bâtir une industrie minière plus formelle, plus traçable et plus compétitive.

Une bataille africaine sur la valeur, pas seulement sur le sous-sol

Au fond, le débat de New York dépasse la seule RDC. Il touche toute l’Afrique riche en minerais, en énergie et en terres rares. La question est de savoir si le continent restera surtout un fournisseur de matières premières, ou s’il parviendra à capter davantage de transformation, d’emplois et de recettes sur place. C’est un enjeu de ZLECAf, la zone de libre-échange continentale africaine, mais aussi de sécurité économique au sens large.

Pour Kinshasa, la portée est politique. En présidant le Conseil de sécurité, la RDC ne parle pas seulement d’elle-même. Elle cherche à faire reconnaître une vérité que beaucoup de pays africains partagent : les ressources naturelles peuvent financer la paix, mais seulement si les règles du commerce, de la sécurité et de la transformation sont alignées. Le prochain test se jouera dans le suivi des engagements sur la sécurité dans l’Est, sur les sanctions contre les trafics et sur la capacité des États de la région à fermer les voies de l’économie de guerre.