À Casablanca, Meryem Aboulouafa a appris très tôt que l’art pouvait se pratiquer à plusieurs : son père l’a inscrite, avec ses frères, à des cours de danse classique au conservatoire. Aujourd’hui, sa musique fait voyager cette expérience intime bien au-delà de la ville où elle a grandi. Le 24 juillet 2026, la chanteuse marocaine a retrouvé un public international au festival Les Escales, à Saint-Nazaire.

De Casablanca aux scènes internationales

Casablanca n’est pas seulement le lieu de naissance de l’artiste. Elle en parle comme d’une ville ouverte aux différences, qui lui a donné le goût du monde. Elle se décrit comme « Marocaine, casawia, casablancaise » : une identité locale assumée, qui ne l’enferme pas dans une seule tradition.

Son parcours traverse plusieurs disciplines. Formée au conservatoire et aux Beaux-Arts, elle a d’abord étudié l’architecture d’intérieur avant de se consacrer à la musique. Son premier album, Meryem, est paru en 2020. Le disque associe compositions acoustiques et électroniques, avec la participation de Keren Ann et des producteurs Para One et Ojard. Un deuxième album, Family, est sorti à la fin de 2025 et prend la famille comme point de départ pour interroger la transmission et les liens sociaux.

Ses références ne suivent pas une frontière unique. La chanteuse cite Fayrouz, figure majeure de la chanson libanaise, parmi les voix qui l’ont marquée. Son univers fait aussi place à des sonorités arabes traditionnelles, au rock et à l’électro. Elle navigue entre plusieurs langues, dont l’arabe, l’anglais et le français. Cette circulation n’efface pas son ancrage marocain : elle en élargit les formes.

Une parole intime, sans promesse facile

Dans les propos recueillis lors de son passage aux Escales, Aboulouafa relie son travail à une idée simple : permettre à chacun de se connaître et d’exister pleinement. « Ce que je défends à travers mon art, c’est la liberté des individus », explique-t-elle. Elle dit souhaiter « la paix, la sérénité, la quiétude et le bonheur ».

Ce discours ne transforme pas une chanson en solution aux conflits. Il situe plutôt la musique dans un espace où les personnes peuvent se rencontrer autrement. La voix, les textes et les arrangements ouvrent une conversation, sans prétendre abolir les désaccords. Dans un paysage culturel souvent décrit à travers des catégories larges — musique du monde, chanson orientale — cette démarche rappelle qu’une artiste peut porter plusieurs héritages sans être réduite à une étiquette.

La scène des Escales a donné une visibilité concrète à cette trajectoire. Le festival confirme sa présence le vendredi 24 juillet, au Théâtre de Verdure. Un média local a également rapporté que Meryem Aboulouafa se produisait ce soir-là sur cette scène, aux côtés notamment de Pahua et de La Valentina. L’événement s’inscrivait dans une programmation réunissant des artistes de plusieurs horizons.

Créer au Maroc, faire circuler la musique

Cette carrière s’inscrit dans un secteur où la création artistique dépend aussi de conditions très concrètes : produire un album, financer sa diffusion, accéder aux scènes et faire respecter les droits des artistes. Le Maroc dispose de dispositifs publics de soutien à la production musicale et à la participation à des festivals internationaux. En mars 2026, le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a ouvert une session de candidatures pour des aides couvrant notamment la production, la promotion et la distribution de musique.

Ces mécanismes ne garantissent pas à eux seuls une carrière durable. Ils montrent toutefois que la circulation des œuvres est aussi une question d’infrastructures et de politiques culturelles, pas seulement de talent ou de succès en ligne. Les artistes établis à l’étranger, comme ceux qui travaillent depuis le Maroc, doivent composer avec des réalités différentes : accès aux réseaux professionnels, coûts de production et capacité à transformer une invitation sur scène en revenus réguliers.

À Rabat, Visa For Music offre un autre point d’observation. Créé en 2014, ce festival et marché professionnel met en relation des artistes et des acteurs des industries musicales d’Afrique et du Moyen-Orient. Meryem Aboulouafa figure dans sa programmation annoncée pour novembre 2026. Ce rendez-vous rappelle que les échanges musicaux africains ne passent pas uniquement par les scènes européennes : ils se construisent aussi depuis les capitales du continent.

Un ancrage marocain dans un espace musical plus vaste

Le parcours de l’artiste fait entendre une relation vivante entre Casablanca, Rabat, les scènes européennes et les traditions musicales du monde arabe. Il ne représente pas à lui seul la diversité de la création marocaine, encore moins celle de l’Afrique du Nord. Mais il illustre comment une artiste peut partir d’une expérience située — une ville, une famille, une formation — et élaborer une œuvre qui circule sans renoncer à ses repères.

La suite se jouera autant dans les concerts que dans les moyens donnés aux artistes pour produire, diffuser et vivre de leur travail. La date de Rabat à Visa For Music, du 18 au 21 novembre 2026, sera l’un des prochains rendez-vous inscrits à son calendrier. Pour la scène marocaine, l’enjeu dépasse une programmation : il s’agit de faire de la visibilité internationale un espace de création et d’échanges qui profite aussi aux réseaux professionnels du continent.