À Kamenge, des moustiquaires usagées et des accessoires de téléphone ont changé de fonction : transformés en pièces de mode, ils sont devenus le support d’un message sur la réutilisation des déchets. Au Burundi, l’initiative met en lumière le talent de jeunes créateurs, mais aussi les conditions nécessaires pour que le recyclage dépasse le cadre d’un événement.
À Kamenge, la création comme point de départ
Le défilé « THE KAMENGE DROP » s’est tenu au nord de Bujumbura dans le cadre de la Green Diplomacy Week 2026. Une dizaine de jeunes créateurs y ont présenté des vêtements fabriqués à partir de matériaux récupérés, après une formation consacrée à leur transformation créative.
Parmi les matières utilisées figuraient des moustiquaires, des sacs et des accessoires de téléphones, d’après les informations rapportées sur l’événement. L’artiste burundaise Manuela Minka, membre du Cabinet de Sciençage, a expliqué que l’objectif était d’encourager le public à regarder les déchets autrement et à considérer leur potentiel de transformation.
Arsène Irakoze, participant à la formation, a mis l’accent sur leur valeur économique possible : certains objets jetés peuvent devenir des produits vendables. Une habitante de Bujumbura, Gracia Kezakimana, s’est dite intéressée par l’apprentissage de cet art. Ces témoignages montrent que l’événement visait à la fois la sensibilisation environnementale et la transmission de savoir-faire.
Une initiative au milieu d’un défi urbain
La transformation de matériaux en vêtements ne remplace pas les services de collecte, de tri et de traitement. À Bujumbura, où l’organisation du ramassage reste un enjeu concret pour plusieurs quartiers, les difficultés peuvent toucher différemment les ménages selon leur accès aux services et leurs moyens de s’en débarrasser. Le média burundais Iwacu a documenté en 2024 les retards de collecte dans certains secteurs.
Une étude consacrée aux villes du bassin du lac Tanganyika souligne l’importance d’améliorer la gestion des déchets à Bujumbura et envisage un potentiel de valorisation des plastiques. Elle rappelle aussi que les solutions supposent des dispositifs adaptés de collecte et de tri. Le défilé donne une visibilité à la réutilisation créative, mais ne permet pas, à lui seul, de mesurer les quantités détournées des dépotoirs ni la continuité de l’activité après la formation.
Le sujet dépasse les seuls déchets ménagers. Le Burundi a aussi engagé des travaux sur la gestion des équipements électriques et électroniques, une catégorie qui exige des filières spécifiques en raison des composants qu’elle contient. Le rapport publié par l’Agence de régulation et de contrôle des télécommunications évoque notamment les enjeux de réemploi et de valorisation de ces équipements. Les vêtements fabriqués pour le défilé ne répondent pas à ces enjeux techniques, mais illustrent une autre voie : prolonger l’usage de matières courantes par le design.
Du défilé à une activité durable
Pour les jeunes créateurs, l’opportunité ne se limite pas à la scène. Une activité de mode circulaire peut créer des revenus si elle trouve des clients, un approvisionnement régulier en matériaux récupérables et des moyens de production accessibles. Mais la formation et la visibilité ne garantissent pas, à elles seules, des débouchés. La qualité, la sécurité des matériaux, le coût du travail et l’accès aux marchés pèseront aussi dans la durée.
Cette question rejoint les initiatives économiques déjà présentes au Burundi. Le média local Burundi Eco a rapporté les efforts d’entreprises de valorisation des plastiques, tout en relevant les difficultés persistantes de gestion des déchets à Bujumbura. Ces activités montrent que le recyclage peut soutenir des emplois, mais qu’il dépend d’une chaîne plus large que la transformation artisanale : collecte, tri, transport, équipements et acheteurs.
La portée du projet sera donc à apprécier dans le temps. Si les créateurs peuvent poursuivre leur travail, accéder aux matières et vendre leurs pièces, l’exercice artistique peut devenir une petite activité économique. Pour les habitants, l’effet environnemental dépendra davantage de la capacité des services publics, des entreprises et des collecteurs à organiser des filières régulières.
Un enjeu aussi régional
Le Burundi est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), un espace d’intégration régionale qui rassemble plusieurs pays de la région. Le traitement des déchets, la circulation des matières recyclables et le développement de débouchés pour les produits transformés dépassent les frontières nationales. Ils posent des questions de normes, de commerce et de coopération entre les villes et les entreprises de la région.
Le « Kamenge Drop » s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large d’initiatives burundaises autour de la valorisation des ressources, sans qu’il faille confondre une démonstration artistique avec une filière industrielle déjà établie. La suite se jouera dans la capacité à relier les idées créatives aux formations, aux collectes organisées et aux marchés. C’est à cette échelle que l’intérêt économique et environnemental de la mode de récupération pourra être évalué.