À New York, la bataille pour le prochain sommet de l’ONU se joue autant sur le fond que sur le symbole. Pour le Sénégal, elle raconte aussi autre chose : la place qu’un ancien chef d’État peut encore occuper dans les arènes internationales, alors même que son héritage reste discuté à Dakar.

Contexte régional. La succession d’António Guterres suit une procédure formalisée par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité, avec candidatures proposées par les États membres, déclaration de vision et dialogues publics retransmis. Le prochain secrétaire général prendra ses fonctions le 1er janvier 2027, après deux mandats du titulaire actuel. Dans les usages de l’ONU, l’origine régionale compte sans être écrite dans le marbre : la tradition de rotation entre grandes régions pèse souvent dans les équilibres politiques.

Le 22 avril 2026, Macky Sall a pris part au dialogue interactif organisé à l’ONU avec les candidats au poste de secrétaire général. Il y était présenté comme candidat du Burundi, dans le cadre du processus 2026. La séance a réuni, selon le calendrier publié par l’organisation, Michelle Bachelet, Rafael Grossi, Rebeca Grynspan et Macky Sall, dans un format de questions-réponses avec les États membres et la société civile.

Le cœur de son argument tient en une idée simple : l’ONU doit redevenir utile, visible et lisible. Dans sa note de vision, l’ancien président sénégalais dit vouloir « refonder le multilatéralisme » face à des conflits prolongés, à la défiance et au poids de la dette qui pèse sur les pays en développement. Il met en avant sa promesse d’« open book » sur les comptes de l’institution, de transparence budgétaire et de réforme administrative.

Une candidature sénégalaise dans une compétition mondiale

Le message de Macky Sall s’adresse d’abord au Conseil de sécurité, où se prépare la recommandation décisive, mais aussi aux capitales du Sud global qui veulent un secrétariat général moins technocratique et plus politique. Il insiste sur la médiation, sur l’écoute des belligérants et sur la capacité du secrétaire général à parler à tous, y compris aux membres permanents du Conseil de sécurité. Cette ligne rejoint une attente ancienne de nombreux États africains : voir à l’ONU une voix capable de peser sans s’aligner mécaniquement sur les plus puissants.

Le Sénégal, lui, s’est engagé dans une séquence délicate. Après des semaines de flottement et de messages contradictoires, Dakar a fini par afficher son soutien officiel à son ancien président. Ce ralliement donne une cohérence diplomatique à la candidature, mais il la réinscrit aussi dans le débat intérieur sénégalais, où la figure de Macky Sall reste associée à la crise politique de la fin de son second mandat et aux tensions sur la dette publique.

Cette dette est devenue un sujet majeur à Dakar. Le Fonds monétaire international a confirmé, au printemps 2025, un sous-reporting important des déficits et de la dette entre 2019 et 2023, avec une dette révisée de 74,4 % à 99,7 % du PIB à fin 2023, après prise en compte d’engagements jusque-là non déclarés. Dans ce contexte, la promesse de transparence formulée à New York prend une dimension particulière : elle vise autant à convaincre les diplomates qu’à répondre à une question politique très sénégalaise, celle de la crédibilité publique.

Ce que l’Afrique regarde derrière le vote

Au-delà du cas sénégalais, l’enjeu est continental. Si un Africain accédait à la tête de l’ONU en 2027, cela ne réglerait ni les guerres ni les blocages institutionnels, mais cela changerait la façon dont le continent pèse dans les arbitrages multilatéraux. Les capitales africaines suivent de près cette course parce qu’elle touche à des dossiers concrets : réforme de l’architecture financière internationale, coût de la dette, place du financement privé, et capacité de l’ONU à traiter les crises sans parler d’une voix lointaine.

La campagne dit aussi quelque chose de la recomposition des rapports entre Afrique et système onusien. La légitimité ne passe plus seulement par l’ancienneté institutionnelle. Elle se joue sur la capacité à montrer des résultats, à parler sécurité, développement et droits humains dans une même phrase, et à tenir face à des conseils de sécurité fragmentés. C’est là que la candidature de Macky Sall sera jugée : moins sur son seul profil d’ancien chef d’État que sur sa capacité à incarner une ONU moins lourde, plus transparente et plus utile aux pays qui la financent sans toujours s’y reconnaître.

La suite immédiate se décidera à huis clos puis en séance formelle, avec les échanges au Conseil de sécurité et les ultimes arbitrages des grandes puissances. Le 23 juillet 2026, le rendez-vous public de l’Assemblée générale a offert une photographie de départ ; il ne dit pas encore qui gagnera. Mais il a déjà fixé une ligne de fracture claire : une ONU sommée de se réformer, et un Sénégal qui tente de transformer une candidature contestée chez lui en levier d’influence à l’échelle mondiale.