Un retour attendu, mais dans un pays sous tension

À Addis-Abeba, la candidature éthiopienne à l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations 2028 dit plus qu’une ambition sportive. Elle raconte aussi la volonté d’un pays de reprendre sa place dans un grand rendez-vous continental, alors même que son équilibre intérieur reste fragile. Le football peut servir de vitrine. Il peut aussi devenir un test de capacité d’organisation, de sécurité et d’unité nationale.

L’Éthiopie n’a plus accueilli la CAN depuis 1976. La prochaine édition, en 2027, doit déjà revenir en Afrique de l’Est avec le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie. Dans ce contexte, une candidature éthiopienne pour 2028 s’inscrit dans une séquence régionale où l’Afrique de l’Est cherche à consolider son poids dans le football continental.

Ce que dit la CAF, et ce que veut Addis-Abeba

La Confédération africaine de football a ouvert le dépôt des candidatures pour les éditions 2028, 2032 et 2036, dans un cadre présenté comme transparent et conforme aux meilleures pratiques. La CAF a aussi confirmé que la CAN 2027 se tiendra au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, du 19 juin au 17 juillet 2027. À partir de 2028, la compétition doit revenir à un rythme quadriennal, afin de s’aligner sur le calendrier des grandes compétitions internationales.

Dans ce cadre, l’Éthiopian Football Federation a officialisé son dossier de candidature. Le média public éthiopien EBC a rapporté que la fédération a transmis sa demande à la CAF, en rappelant que l’Éthiopie avait déjà accueilli la CAN en 1962, 1968 et 1976. Le pays veut donc renouer avec une histoire ancienne du football africain, au moment où Addis-Abeba cherche aussi à projeter une image de stabilité et de capacité logistique.

Des atouts réels, mais des obstacles lourds

Sur le terrain sportif, le défi reste important. Le site de la FIFA classe actuellement l’équipe masculine éthiopienne au 143e rang mondial, sur 211, avec une dernière mise à jour officielle datée du 20 juillet 2026. La sélection n’a plus dépassé la phase de groupes de la CAN depuis sa participation en 2022. Le dossier n’est donc pas seulement celui d’un pays hôte possible, mais aussi celui d’une reconstruction sportive plus large.

Les obstacles sont surtout politiques et sécuritaires. En 2026, plusieurs sources internationales et africaines ont décrit une situation intérieure marquée par des violences persistantes en Amhara et en Oromia, ainsi que par des tensions non totalement résolues autour du Tigré. L’ONU a indiqué, en février 2026, que des tensions renouvelées et des affrontements signalés dans le Tigré avaient contribué à dégrader l’environnement sécuritaire. L’UNICEF a, de son côté, signalé en 2026 des besoins humanitaires aggravés par l’insécurité dans plusieurs régions, notamment Amhara, Oromia et Tigré.

L’observation électorale de l’Union africaine a ajouté une autre donnée utile au tableau. Lors des législatives éthiopiennes du 1er juin 2026, l’UA a noté que le vote n’avait pas eu lieu dans le Tigré et dans certaines zones d’Amhara et d’Oromia en raison de défis sécuritaires et opérationnels. Cette réalité compte directement pour une candidature à la CAN, car un tournoi continental exige des stades, des routes, des hôtels et surtout une circulation sûre des équipes, des arbitres et des supporters.

Un enjeu d’image, d’économie et de gouvernance

Pour le gouvernement fédéral, accueillir la CAN serait une opération de prestige. Mais aussi une opportunité économique. Un tournoi de cette ampleur entraîne des investissements en transport, en hôtellerie, en télécommunications et en sécurité. Il peut stimuler l’économie formelle dans les villes hôtes, tout en créant des retombées pour l’informel, des vendeurs de rue aux services de mobilité. Dans un pays où Addis-Abeba concentre déjà une grande partie des infrastructures, l’enjeu serait de mieux répartir les bénéfices entre capitale et régions.

La candidature a aussi une portée politique interne. Elle permet au pouvoir de montrer un autre visage de l’Éthiopie : celui d’un État qui investit, planifie et ambitionne de recevoir le continent. Mais une telle promesse implique des garanties concrètes. La CAF a déjà rappelé, dans d’autres dossiers, qu’elle pouvait écarter un pays si les infrastructures ou la sécurité ne suivaient pas. Le précédent compte, car l’Éthiopie sait qu’un grand tournoi ne se gagne pas seulement dans les tribunes, mais aussi dans la préparation administrative et logistique.

Ce que cette candidature dit de l’Afrique de l’Est

Le retour de la CAN en Afrique de l’Est en 2027, puis la bataille pour 2028, montrent une chose simple : la région reprend de la place dans les grands choix du football africain. L’Éthiopie, l’un des membres historiques du football continental, veut s’inscrire dans ce mouvement. Mais elle doit convaincre au moment même où le continent regarde de plus en plus la qualité des stades, des routes, des finances et des dispositifs de sûreté.

La suite se jouera sur plusieurs plans. La CAF doit encore examiner les dossiers et comparer les capacités techniques, financières et sécuritaires des candidats. Addis-Abeba devra, elle, démontrer que la mémoire de 1976 peut devenir un projet crédible pour 2028. Au-delà du football, l’enjeu est continental : montrer qu’un pays marqué par des tensions internes peut tout de même construire une offre sportive solide, à condition de transformer l’annonce en infrastructure, en sécurité et en gouvernance visible.