Connaître les signes d’un cancer ne protège pas de la maladie. La Dr Fatma Guénoune, médecin et présidente de la Ligue sénégalaise contre le cancer (LISCA), l’a appris en devenant patiente après des années consacrées à accompagner d’autres femmes.

Du rôle de soignante à celui de patiente

La découverte de sa tumeur est venue d’un geste qu’elle recommande depuis longtemps : l’autopalpation. En examinant son sein, elle a senti une masse irrégulière et suspecte. Sa connaissance du corps et de la maladie l’a conduite à prendre cette anomalie au sérieux. Le diagnostic a ensuite confirmé un cancer, raconte-t-elle dans un témoignage relayé en octobre.

Son histoire rappelle toutefois qu’un examen personnel ne remplace pas un avis médical. Une masse, une modification de la peau ou du mamelon mérite une consultation. Seul un professionnel de santé peut examiner la situation et prescrire les examens adaptés. Le dépistage et le diagnostic précoce sont des enjeux majeurs, mais les possibilités de suivi dépendent aussi de l’accès aux structures et aux soins.

La Dr Guénoune explique avoir accepté une ablation des deux seins, en invoquant notamment des antécédents familiaux de cancer du sein. Elle indique ne pas avoir eu besoin de chimiothérapie ni de radiothérapie, et suivre une hormonothérapie. Ce choix relève de son parcours médical personnel : il ne constitue pas une recommandation générale pour les patientes. Les décisions thérapeutiques varient selon le diagnostic, les caractéristiques de la tumeur et l’évaluation de l’équipe soignante.

Elle dit avoir gardé son calme après l’annonce. Dans sa famille, certains proches ont d’abord eu du mal à croire au diagnostic. Puis ils l’ont vue après l’opération. « Si je pleure, qui va vous réconforter ? », rapporte-t-elle avoir répondu à sa sœur. Cette sérénité racontée ne réduit pas l’épreuve à un modèle de courage obligatoire : chacune vit l’annonce et les traitements à sa manière.

Au Sénégal, dépister suppose aussi de pouvoir se soigner

À Dakar, la LISCA mène des actions de sensibilisation et accompagne des personnes atteintes de cancer, notamment des femmes qui disposent de faibles ressources. La ligue peut contribuer à la prise en charge de dépenses médicales et offrir un soutien psychologique, selon les informations communiquées sur ses dispositifs. Son action met en lumière un enjeu concret : détecter une maladie ne suffit pas si les examens, les traitements et le suivi restent financièrement ou géographiquement difficiles d’accès.

Les chiffres disponibles doivent être datés et attribués. La matière fournie rapporte que la LISCA évoque environ 2 220 nouveaux cas de cancer du sein et plus de 1 300 décès par an au Sénégal. Elle avance également que 70 à 80 % des cas seraient diagnostiqués à un stade avancé, ainsi qu’un coût médical direct moyen de 5,3 millions de francs CFA pour le traitement. Ces estimations ne sont pas accompagnées ici d’une année de référence ni d’une méthodologie détaillée. Elles ne doivent donc pas être présentées comme un décompte exhaustif ou comme une mesure actualisée indépendante.

Une donnée plus ancienne de l’Organisation mondiale de la santé, publiée en 2014, faisait état d’un diagnostic tardif pour une part importante des cancers au Sénégal et citait la difficulté d’accès aux soins parmi les facteurs de mortalité. Cette photographie nationale, qui ne porte pas spécifiquement sur les chiffres actuels du cancer du sein, éclaire un problème de santé publique durable sans permettre de confirmer les estimations plus récentes de la LISCA.

La Ligue sénégalaise contre le cancer a été redynamisée en 2009, selon une interview publiée par Seneweb. Cette même année, sa présidente expliquait que des patientes arrivaient souvent à l’hôpital à un stade tardif. Le dépistage, la sensibilisation et l’accompagnement des malades s’inscrivent donc dans un travail de longue durée, et non dans le seul calendrier d’Octobre rose.

Une expérience personnelle, un enjeu collectif

Le témoignage de la médecin ne transforme pas son parcours en recette universelle. Il donne plutôt à voir la double réalité de nombreuses associations de santé : elles informent, orientent et soutiennent, tout en dépendant de moyens pour aider les personnes qui ne peuvent pas assumer seules le coût des soins. Pour les patientes vivant loin des services spécialisés, la distance et la continuité du suivi peuvent s’ajouter aux dépenses. Pour les familles, l’annonce bouleverse aussi l’organisation quotidienne et les ressources du foyer.

Le cas de la Dr Guénoune remet également au centre une question souvent masquée par les campagnes de sensibilisation : que se passe-t-il après le dépistage ? Un parcours de soins demande des examens, une confirmation diagnostique, une décision thérapeutique et un suivi. L’accès à chaque étape compte. Les associations peuvent jouer un rôle d’accompagnement, mais elles ne remplacent ni les services de santé ni une politique publique durable.

Au Sénégal, membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les enjeux rejoignent ceux de la région : renforcer la prévention, améliorer l’accès au diagnostic et rendre les traitements plus accessibles. Les expériences de la LISCA et des structures sanitaires sénégalaises s’inscrivent dans un débat continental sur les capacités de prise en charge des cancers, sans que les situations nationales soient identiques.

La prochaine étape à observer est moins un symbole annuel qu’une continuité : la possibilité, à Dakar comme dans les autres régions du pays, de transformer l’information en consultation, puis en soins suivis. En partageant son expérience, la Dr Guénoune reste engagée dans la lutte contre le cancer, mais parle désormais aussi depuis la place de patiente. Son récit rappelle que derrière chaque campagne se trouvent des choix médicaux individuels et un système de soins dont l’accessibilité pèse concrètement sur les familles.