Un partenariat énergétique qui dit plus qu’un simple échange diplomatique
Quand un pays cherche à sécuriser son électricité, il ne regarde plus seulement ses voisins immédiats. Il regarde aussi les industriels capables d’apporter des solutions rapides, du câble au transformateur, jusqu’à la formation des techniciens. C’est dans cet espace que l’Algérie tente de s’installer au Bénin, avec une offre qui mêle expertise, équipements et accompagnement technique.
Pour le Bénin, la question est concrète. La croissance urbaine, l’essor des services et l’équipement des zones rurales exigent un réseau plus robuste. Le pays a déjà engagé des projets d’accès à l’électricité, mais les écarts restent sensibles entre les villes et l’intérieur du pays. Dans ce contexte, chaque partenariat qui promet de réduire les coûts, d’accélérer les chantiers ou de former des compétences locales mérite d’être regardé de près.
Porto-Novo face à un impératif d’accès et de souveraineté énergétique
Au Bénin, la capitale est Porto-Novo, mais le centre de gravité économique reste fortement tiré par Cotonou et son corridor portuaire. Cette géographie compte. Elle concentre les besoins industriels, logistiques et commerciaux sur un réseau électrique déjà très sollicité. Selon la Banque mondiale, l’accès à l’électricité au Bénin était de 41,4 % en 2020, avec une nette fracture entre zones urbaines et rurales. Le même ensemble de données situe l’accès rural à 18,2 % cette année-là.
Ce déficit n’est pas seulement un sujet social. Il pèse sur les PME, l’artisanat, les commerces de quartier et la transformation agroalimentaire. Il ralentit aussi l’équipement des communes éloignées, où la demande porte souvent sur des solutions hybrides : réseau central, mini-réseaux, solaire décentralisé et maintenance locale. C’est précisément là qu’une coopération technique prend de la valeur, si elle s’accompagne de transfert de savoir-faire et non d’une simple vente de matériel.
Le Bénin s’inscrit par ailleurs dans l’espace de la CEDEAO, où l’intégration énergétique est devenue un axe stratégique. Le West African Power Pool, l’organisme chargé de relier les réseaux électriques ouest-africains, a célébré en juillet 2026 ses 20 ans. Son ambition reste claire : faire circuler davantage d’électricité entre pays membres pour réduire les pénuries locales et mieux valoriser les capacités disponibles.
L’Algérie avance une offre industrielle, pas seulement politique
Le 22 juillet 2026, Mourad Adjal, ministre algérien de l’Énergie et des Énergies renouvelables, s’est entretenu par visioconférence avec Édouard Dahome, ministre béninois de l’Énergie, de l’Eau et des Mines. Les deux responsables ont examiné les voies d’un renforcement de la coopération bilatérale, avec un accent sur l’électricité, la fabrication d’équipements énergétiques et la formation des compétences. L’échange a été rapporté par l’agence de presse algérienne.
Le point saillant tient à l’orientation industrielle de l’offre algérienne. Alger ne se limite pas à proposer un appui politique. Elle met en avant Sonelgaz, son groupe public de l’électricité et du gaz, comme un acteur capable de fournir des équipements, d’accompagner des projets et d’intervenir dans la construction d’infrastructures. Cette approche s’inscrit dans une diplomatie économique assumée : exporter une capacité de production nationale, mais aussi vendre des solutions intégrées.
Cette stratégie n’est pas nouvelle. Sonelgaz a inauguré le 3 juin 2026 une centrale électrique de 40 MW à Gorou Banda, à Niamey, entièrement réalisée dans le cadre d’un projet algéro-nigérien. En juin également, l’Algérie a multiplié les contacts avec la Côte d’Ivoire sur les mêmes sujets. Et en mai, Alger et N’Djamena ont signé un accord pour une centrale électrique de 40 MW à N’Djamena. L’entretien avec le Bénin confirme donc un mouvement plus large : l’Algérie cherche à se positionner comme fournisseur africain d’ingénierie énergétique.
Ce que cela change pour les Béninois et pour le marché ouest-africain
Pour le gouvernement béninois, l’intérêt est double. D’abord, diversifier les partenaires. Ensuite, accélérer la mise à niveau d’un secteur où les besoins sont encore nombreux. Une coopération avec un industriel public peut raccourcir les délais d’exécution, si les financements suivent et si les contrats imposent des exigences de maintenance, de formation et de contenu local.
Pour les usagers, l’enjeu est plus immédiat. Une meilleure disponibilité de l’électricité améliore la vie quotidienne, mais elle change surtout la structure des coûts. Moins de coupures, moins de groupes électrogènes, moins de pertes pour les petits commerces, plus de régularité pour les ateliers et les entreprises de transformation. Dans les zones rurales, l’effet est encore plus visible : éclairage, conservation des produits, pompage, connectivité et activité économique en soirée.
La dimension régionale compte aussi. En Afrique de l’Ouest, le Parlement de la CEDEAO a rappelé en juin 2026 que moins de 12 % des ménages ruraux de la région disposent d’un accès régulier à l’électricité, selon les chiffres présentés lors de ses travaux à Dakar. Cette donnée traduit un défi structurel. Elle montre aussi pourquoi les États cherchent désormais des partenariats capables de mêler production, transport, distribution et solutions décentralisées.
Dans le même temps, le plan directeur du WAPP pour 2019-2033 garde son cap : interconnexions, capacité supplémentaire et marché régional de l’électricité. Les ordres de grandeur restent élevés, avec des besoins d’investissement colossaux à l’échelle ouest-africaine. Dans ce paysage, le Bénin n’est pas un cas isolé. Il devient un terrain de test pour des modèles de coopération Sud-Sud qui veulent s’ancrer dans l’industrie, pas seulement dans les déclarations.
Une séquence à suivre de Cotonou à Abomey-Calavi
La portée continentale du dossier dépasse le seul axe Alger-Cotonou. Elle interroge la place des industriels africains dans la bataille de l’infrastructure. Pendant longtemps, les grands chantiers énergétiques du continent ont dépendu d’acteurs extérieurs, de montages financiers lourds et de solutions importées. L’émergence d’entreprises africaines capables de proposer des réseaux, des postes, des transformateurs et de la formation technique change progressivement le rapport de force.
Le Bénin se trouve justement au carrefour de cette évolution. Avec le siège du WAPP à Abomey-Calavi, le pays accueille déjà une pièce importante de l’architecture énergétique ouest-africaine. Une coopération renforcée avec l’Algérie pourrait donc dépasser le cadre bilatéral. Elle pourrait nourrir une logique plus large : celle d’un continent qui cherche à produire, transporter et gérer une partie plus importante de sa propre énergie.
La suite dépendra de la traduction de la visioconférence en textes concrets : protocole, calendrier, financement, choix des sites et répartition des responsabilités. C’est là que se joue la crédibilité du dossier. Entre une annonce politique et un équipement réellement raccordé, la distance reste souvent longue. Mais dans un secteur où chaque mégawatt compte, cette distance est déjà un enjeu de souveraineté économique.