Pour un visiteur britannique, rejoindre la Tanzanie ne se résume pas à choisir entre un safari et une plage. Le véritable enjeu commence souvent avant le départ : trouver une liaison directe, réduire les correspondances et organiser un itinéraire cohérent entre le nord du pays et Zanzibar.
À partir du 29 mai 2027, British Airways prévoit de relier Londres-Gatwick à l’aéroport international du Kilimandjaro, avant de poursuivre vers Zanzibar. La compagnie britannique annonce trois rotations hebdomadaires, jusqu’au 31 octobre 2027. Cette desserte saisonnière doit couvrir les vacances scolaires au Royaume-Uni et une partie de la période la plus fréquentée par les visiteurs internationaux.
Une liaison qui rapproche deux visages du tourisme tanzanien
Le choix de l’itinéraire n’est pas anodin. L’aéroport international du Kilimandjaro dessert le circuit touristique du nord de la Tanzanie. Il ouvre notamment l’accès au Serengeti, au cratère du Ngorongoro, à Tarangire et au lac Manyara. Il constitue aussi une porte d’entrée vers le mont Kilimandjaro, le sommet le plus élevé du continent africain.
Zanzibar propose une offre différente. L’archipel attire pour ses plages, ses activités nautiques, ses récifs, son patrimoine swahili et la vieille ville de Stone Town. En reliant les deux destinations sur un même parcours, British Airways cible donc des voyageurs qui souhaitent combiner safari, montagne, culture et séjour balnéaire.
La compagnie a confirmé l’ouverture de ces deux destinations dans son programme de nouvelles liaisons pour l’été 2027. Les vols vers le Kilimandjaro et Zanzibar doivent être opérés depuis Londres-Gatwick, un aéroport particulièrement utilisé par les compagnies tournées vers les voyages de loisirs.
Cette annonce intervient après une interruption de plus d’une décennie pour British Airways. Elle illustre aussi la concurrence croissante entre transporteurs pour capter les flux européens vers l’Afrique de l’Est. Air France, KLM, Turkish Airlines et Neos desservent déjà différents points d’entrée tanzaniens, directement ou avec une correspondance régionale.
Une croissance touristique qui crée une nouvelle demande aérienne
La Tanzanie arrive sur ce marché avec des indicateurs solides. En 2024, le pays a enregistré 2 141 895 arrivées internationales, soit une progression de 18,5 % sur un an. Les recettes tirées des visiteurs internationaux ont atteint environ 3,9 milliards de dollars. En incluant les déplacements domestiques, le nombre total de visiteurs a atteint 5,36 millions.
Les statistiques officielles les plus récentes montrent que la progression s’est poursuivie en 2025. Selon le rapport de l’Office national des statistiques tanzanien, les arrivées internationales sont passées à 2 294 495. Les recettes touristiques ont progressé de 13 %, pour atteindre 4,41 milliards de dollars.
Ces résultats renforcent le poids du tourisme dans l’économie tanzanienne. Le secteur apporte des devises, soutient l’emploi et alimente une chaîne d’activités qui va des compagnies aériennes aux guides, aux hébergements, aux transports terrestres, aux artisans et aux services numériques.
La hausse de la demande ne concerne toutefois pas seulement les grands groupes internationaux. Les opérateurs locaux, les petites structures d’hébergement et les entreprises de transport peuvent aussi bénéficier de nouvelles arrivées, à condition d’être intégrés aux circuits de réservation et de disposer d’un accès régulier aux principaux sites.
Des infrastructures à adapter à l’ambition nationale
Le gouvernement tanzanien vise huit millions de visiteurs par an à l’horizon 2030. Pour atteindre cet objectif, l’augmentation du nombre de sièges disponibles ne suffira pas. Les aéroports doivent absorber les passagers, les bagages et les formalités sans créer de nouveaux points de congestion.
Le développement de l’aéroport international de Msalato, près de Dodoma, s’inscrit dans cette stratégie. Le projet doit renforcer la desserte de la capitale politique tanzanienne et soutenir les déplacements liés aux affaires, aux conférences et au tourisme. Le Conseil tanzanien d’enregistrement des ingénieurs estime la valeur du projet à plus de 626 milliards de shillings tanzaniens.
D’autres investissements concernent les plateformes de Pemba, d’Arusha et de Kigoma, ainsi que les aérodromes utilisés pour les liaisons intérieures. Cette couverture est importante dans un pays vaste, où les distances entre les grands centres urbains, les parcs nationaux et les zones insulaires restent considérables.
La réussite de cette politique dépendra également des routes, des transferts terrestres et des liaisons maritimes. Un vol international supplémentaire peut accroître les arrivées, mais il ne règle pas à lui seul la question du dernier kilomètre vers les parcs, les lodges, les villages touristiques ou les sites culturels.
Le défi de la saisonnalité et de la préservation
Le calendrier annoncé par British Airways montre la prudence des compagnies. La liaison fonctionnera pendant la haute saison, lorsque la demande est la plus prévisible. Ce modèle réduit le risque commercial, mais il pose une question pour la Tanzanie : comment maintenir une activité suffisante pendant les mois moins fréquentés ?
Une réponse peut venir de la diversification. Le tourisme d’affaires à Dodoma et Dar es Salaam, les séjours culturels, les circuits liés au patrimoine swahili, les voyages de nature et le tourisme domestique peuvent contribuer à mieux répartir les flux sur l’année.
La croissance devra aussi rester compatible avec la protection des espaces naturels. Le Serengeti, le Ngorongoro, le mont Kilimandjaro et les écosystèmes marins de Zanzibar supportent déjà une fréquentation importante. La pression sur l’eau, les déchets, les routes et les ressources locales doit être suivie au même titre que le nombre d’arrivées.
Un enjeu pour l’intégration touristique de l’Afrique de l’Est
La Tanzanie évolue dans le cadre de la Communauté d’Afrique de l’Est, l’EAC, qui facilite la coopération économique entre plusieurs pays de la région. L’amélioration de ses connexions aériennes peut donc bénéficier à un espace touristique plus large, reliant notamment la Tanzanie, le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda.
La concurrence entre destinations reste forte. Nairobi, Addis-Abeba, Kigali et Johannesburg jouent déjà le rôle de plateformes régionales majeures. Pour la Tanzanie, l’enjeu sera de transformer ses atouts naturels et culturels en itinéraires accessibles, fiables et rentables pour les visiteurs comme pour les entreprises locales.
La desserte Londres-Gatwick–Kilimandjaro–Zanzibar constituera un test concret. Elle permettra d’observer si la combinaison entre safari et océan peut générer une demande durable, au-delà de la seule saison touristique. Elle donnera aussi une indication sur la capacité de la Tanzanie à accompagner l’essor des arrivées par des infrastructures, des services et une répartition plus équilibrée des bénéfices.