À Lagos, les coupures d’électricité pèsent sur les ateliers, les commerces et les services essentiels. Le gouvernement de l’État mise désormais sur plusieurs fournisseurs et sur ses nouvelles compétences réglementaires. Mais annoncer davantage de mégawatts ne suffit pas : il faudra aussi les produire, les acheminer et les distribuer de façon fiable.

Un objectif ambitieux, encore à convertir en projets

Le gouverneur Babajide Sanwo-Olu a fixé un cap : dépasser 3 000 mégawatts (MW) d’électricité disponible à Lagos d’ici mars 2027, contre moins de 1 000 MW actuellement. Il a présenté cet objectif le samedi 10 octobre, lors de la quatrième Africa Energy Conference de la Lagos Business School. Son adjoint, Kadri Obafemi Hamzat, le représentait. La déclaration a été rapportée par plusieurs médias nigérians, dont Premium Times et Punch.

Pour ajouter environ 2 000 MW, l’État veut combiner l’électricité du réseau national avec des centrales indépendantes, des unités de production proches des consommateurs, des barges électriques et d’autres dispositifs qu’il désigne comme des pôles énergétiques ou des négociants en énergie. Le gouvernement n’a toutefois pas encore détaillé, pour chacune de ces filières, les capacités attendues, les financements ni les calendriers de mise en service.

Le plan annoncé ne repose donc pas sur une seule grande centrale. Il suppose de coordonner plusieurs projets et opérateurs. Le gouverneur a également cité sept priorités : développer le marché électrique de Lagos, accroître la production, renforcer les réseaux de transport et de distribution, améliorer le comptage, sécuriser l’approvisionnement en gaz et mieux suivre les opérations grâce aux outils numériques.

La décentralisation ouvre une nouvelle voie

Cette stratégie s’inscrit dans une réforme nationale. L’Electricity Act de 2023 a permis aux États nigérians de créer des marchés électriques et d’en réglementer les activités menées à l’intérieur de leurs frontières. Lagos a adopté son propre cadre juridique en 2024. En décembre de la même année, la Commission fédérale de régulation de l’électricité (NERC) a transféré à la Commission de régulation de l’électricité de Lagos (LASERC) la supervision du marché intrastat, selon l’ordre officiel de transfert.

La compétence de Lagos n’efface pas celle du régulateur fédéral. La NERC conserve notamment la supervision des activités qui franchissent les frontières de l’État, dont les échanges liés au réseau national. Cette répartition compte pour l’objectif annoncé : Lagos veut mobiliser des ressources locales, mais prévoit aussi de recevoir davantage d’électricité du réseau commun. La réussite dépendra donc d’une coordination entre les autorités de l’État, les opérateurs et les institutions fédérales.

Les premiers contrats privés donnent une idée des outils retenus. Le 26 avril 2026, Lagos a signé des accords d’achat d’électricité avec Mainland Power, Fenchurch Power et Viathan Engineering. Le gouvernement de l’État a confirmé la signature dans un communiqué sur ses partenariats énergétiques. Ces accords s’appuient sur des capacités existantes et visent leur développement. Ils ne suffisent pas, à eux seuls, à combler l’écart entre l’approvisionnement actuel et la nouvelle cible.

Le défi se joue aussi dans les réseaux

Produire davantage ne garantit pas que l’électricité atteigne les ménages et les entreprises. Le gouverneur a lui-même reconnu la nécessité d’améliorer toute la chaîne : production, transport, distribution et alimentation en gaz des centrales. Des postes électriques, des lignes et des équipements de distribution doivent pouvoir absorber les nouveaux volumes. Sans ces investissements, une hausse de capacité sur le papier pourrait ne pas se traduire par un service plus régulier dans les quartiers.

La mesure de la consommation est un autre enjeu. Lagos prévoit d’étendre l’installation de compteurs afin de réduire les factures estimées et de rendre les paiements plus transparents. Pour les petits commerces et les entreprises, une facturation plus précise peut aider à planifier les dépenses. Mais l’effet dépendra aussi de la qualité réelle du service et de la capacité des foyers à payer les tarifs applicables.

Le gouvernement a également fait état de projets solaires dans les infrastructures publiques : environ 42 000 lampadaires seraient passés au solaire sur 50 000 prévus, tandis que des installations avancent dans les écoles. Ces chiffres sont ceux communiqués par l’exécutif de l’État et n’ont pas été confirmés ici par une source indépendante. Ils illustrent néanmoins un volet distinct de la stratégie : réduire la dépendance de certains équipements au réseau, sans remplacer pour autant les besoins importants de la métropole.

Une expérience qui dépasse les frontières de Lagos

Lagos est le principal centre économique du Nigeria, mais ses choix s’inscrivent dans un débat national. La décentralisation électrique donne aux États un rôle plus direct dans la production et la distribution. Elle pourrait rapprocher certaines décisions des besoins locaux. Elle pose aussi des questions de financement, de régulation, de tarifs et de partage des responsabilités, surtout lorsque l’électricité circule entre plusieurs territoires.

À l’échelle ouest-africaine, l’enjeu rejoint les discussions sur la fiabilité des réseaux et les échanges régionaux, notamment dans l’espace de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Mais la cible de Lagos reste d’abord un test national : les capacités annoncées devront se traduire par des installations opérationnelles et un courant effectivement livré. D’ici mars 2027, les étapes les plus révélatrices seront la concrétisation des contrats, l’arrivée de nouvelles productions et les travaux sur le réseau. C’est à ces résultats, davantage qu’au chiffre annoncé, que les usagers pourront mesurer les progrès.