Une CAN plus large, mais aussi plus exigeante
Le football africain s’apprête à changer d’échelle, sans quitter ses contraintes bien réelles. L’élargissement de la Coupe d’Afrique des nations à 28 équipes ouvre davantage de portes aux sélections du continent. Mais il impose aussi un calendrier plus serré, une organisation plus lourde et des attentes plus fortes pour les hôtes de 2027.
Le sujet dépasse le simple nombre de participants. En Afrique de l’Est, la CAN 2027 sera un test sportif, logistique et politique pour le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, trois pays qui accueilleront ensemble la compétition du 19 juin au 17 juillet 2027. Ce sera la première CAN coorganisée par ces trois États, dans un format pensé pour montrer que la région peut porter un grand rendez-vous continental.
Ce que change la réforme de 2027
La Confédération africaine de football a confirmé que la phase finale de la CAN 2027 réunira 28 sélections, contre 24 jusqu’ici. Cette évolution avait déjà été évoquée plusieurs mois plus tôt par le président de l’instance, Patrice Motsepe. Elle marque un pas supplémentaire dans l’ouverture du tournoi, au moment où la majorité des compétitions internationales se sont élargies pour donner plus de place aux nations émergentes.
Le changement n’est pas seulement symbolique. Avec 54 fédérations membres, la CAF veut faire entrer davantage d’équipes dans la vitrine du continent. En pratique, le format devra être adapté. Le schéma le plus probable reste celui de groupes plus nombreux, avec une phase initiale réorganisée pour absorber quatre sélections supplémentaires. À ce stade, l’instance n’a pas encore détaillé publiquement tous les critères de qualification pour la phase à élimination directe.
Les éliminatoires sont déjà calées. Elles commenceront lors des fenêtres internationales de septembre et d’octobre 2026, puis en novembre 2026, avant une dernière séquence en mars 2027. Ce calendrier laisse peu de marge aux fédérations, en particulier à celles qui jonglent avec des infrastructures limitées, des budgets contraints et des championnats nationaux souvent fragiles.
Pour le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, l’enjeu est concret. Les trois pays ont déjà mis en place un comité de supervision commun avec la CAF. Les discussions portent sur les stades, les transports, l’hébergement, la sécurité, les dispositifs médicaux et les outils technologiques. En Afrique, un tournoi continental ne se gagne pas seulement sur le terrain : il se gagne aussi dans les délais de livraison, les liaisons routières et la capacité à faire circuler les supporters.
Le signal envoyé au football féminin
Patrice Motsepe a également annoncé une forte revalorisation de la CAN féminine 2026, organisée au Maroc du 25 juillet au 16 août 2026. Le vainqueur recevra désormais 2 millions de dollars, contre 1 million auparavant, selon plusieurs médias africains et internationaux. Chaque sélection qualifiée touchera aussi une prime minimale de 150 000 dollars.
Ce geste compte. D’abord parce qu’il consacre un rattrapage financier, encore partiel, entre football masculin et féminin. Ensuite parce qu’il intervient à la veille d’une édition élargie à 16 équipes, organisée dans un Maroc devenu un point d’appui majeur du football continental. La compétition féminine gagne en visibilité, en densité sportive et en valeur commerciale. Mais l’écart reste immense avec les primes du football masculin, ce qui rappelle que le développement du jeu féminin se mesure aussi à la stabilité des moyens alloués, pas seulement aux annonces.
Pour les sélections africaines, ce réajustement a des effets très concrets. Les fédérations y voient une meilleure reconnaissance du travail de formation. Les joueuses y lisent une ouverture du marché du talent. Les staffs, eux, savent qu’une prime revalorisée ne remplace ni les centres de préparation ni les compétitions domestiques solides. Sur le terrain, l’enjeu est aussi celui de la continuité : plus de compétitions mieux dotées peuvent aider à retenir les joueuses sur le continent plus longtemps.
Une stratégie continentale à surveiller
La réforme de la CAN masculine et la revalorisation de la CAN féminine racontent une même orientation : la CAF veut élargir l’audience du football africain et mieux monnayer ses compétitions. Le calendrier va dans ce sens. Les phases finales doivent désormais s’inscrire dans une logique plus régulière, plus visible et plus attractive pour les diffuseurs, les sponsors et les fédérations.
Mais l’équation reste délicate. Plus de places en phase finale peuvent renforcer la représentation du continent, y compris pour des pays qui restent souvent aux marges du grand rendez-vous africain. En même temps, cela augmente la pression sur les organisateurs, qui devront faire tenir davantage de matchs dans des délais courts, avec des standards élevés. Pour le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, la réussite de 2027 dira autant sur la qualité de leurs infrastructures que sur leur capacité à coopérer à l’échelle régionale.
À l’échelle du continent, l’attention se portera désormais sur trois dates : les tirages et les fenêtres de qualification de 2026, puis la tenue effective de la CAN 2027 en Afrique de l’Est. Si la CAF parvient à tenir le calendrier et à clarifier rapidement le format final, elle enverra un signal de stabilité. Sinon, la réforme pourrait devenir un exercice de communication de plus. Le football africain, lui, a surtout besoin d’exécution.