Un dossier gazier qui arrive au moment où Malabo cherche de l’air

À Malabo, la question n’est plus seulement de savoir si la Guinée équatoriale possède encore du gaz en mer. Elle est aussi de savoir à quelle vitesse le pays peut le convertir en contrats, en forage et en recettes utiles à son économie. Dans un contexte de déclin de la production pétrolière, chaque bloc offshore compte désormais autant pour les finances publiques que pour la crédibilité de la stratégie énergétique nationale.

Ce dossier s’inscrit dans un environnement régional précis. La Guinée équatoriale appartient à la CEMAC, l’organisation d’Afrique centrale qui réunit six États et dont le siège se trouve à Malabo II, à Malabo. La zone mise beaucoup sur l’énergie, l’interconnexion et les investissements transfrontaliers pour compenser la faiblesse de ses économies hors pétrole.

Le calendrier s’allonge, mais le projet Barracuda avance toujours

Le 31 juillet 2026, Europa Oil & Gas a indiqué que la finalisation de l’accord de cession partielle lié au bloc offshore EG-08 était repoussée au 31 août 2026. Le retard ne vient pas du dossier équato-guinéen lui-même, mais des nouvelles règles chinoises sur l’investissement extérieur, entrées en vigueur le 1er juillet 2026, qui allongent les circuits de validation des projets menés par des entreprises chinoises à l’étranger.

Le schéma de l’opération est désormais clair. Fuhai Energy doit prendre 40 % du bloc EG-08. Antler Global, la filiale d’Europa Oil & Gas qui opère le périmètre, conserverait 40 %. La compagnie publique GEPetrol garderait les 20 % restants. L’approbation des autorités équato-guinéennes a été obtenue fin mai 2026, mais la transaction attend toujours le feu vert administratif du Shandong, province chinoise où Fuhai est basée.

Le projet Barracuda, au cœur de ce bloc, reste présenté comme l’un des plus prometteurs du dossier. Les partenaires évoquent une superficie d’environ 731 kilomètres carrés, une profondeur d’eau proche de 80 mètres, et des ressources potentielles dépassant 56 milliards de mètres cubes de gaz, dont plus de 25 milliards pour le seul prospect Barracuda. Le puits Barracuda-1 est désormais visé pour début 2027, sous réserve de la clôture définitive de l’accord.

Le financement du premier puits reflète aussi la logique du montage. Fuhai a accepté de couvrir 95 % des coûts du forage, plafonnés à 53 millions de dollars, contre 5 % pour Antler. Pour une compagnie nationale comme GEPetrol, la présence d’un nouvel investisseur externe réduit l’exposition financière immédiate du pays, tout en laissant à l’État une part dans la ressource potentielle.

Pourquoi la Chine ralentit parfois les projets qu’elle soutient pourtant elle-même

Le point de blocage n’est pas politique, au sens diplomatique du terme. Il est réglementaire. Pékin a adopté un nouveau cadre sur l’investissement extérieur, applicable depuis le 1er juillet 2026, et les entreprises chinoises doivent désormais franchir des étapes de validation plus longues avant de boucler certains projets internationaux. Le dossier équato-guinéen en subit la conséquence directe, même si l’opération reste alignée sur l’expansion économique chinoise à l’étranger.

Pour Malabo, l’enjeu est plus large que le seul bloc EG-08. Le gouvernement a multiplié, ces derniers mois, les signaux d’ouverture vers de nouveaux opérateurs : accords de reconnaissance, discussions exploratoires et préparation d’un cycle de licences sur 24 blocs. En avril 2026, les autorités ont aussi fait savoir que la réforme du cadre des hydrocarbures devait rendre le pays plus compétitif, tout en permettant à l’État de capter une part plus importante de la valeur créée.

Ce mouvement répond à une réalité économique simple. D’après l’OPEP, la production pétrolière équato-guinéenne est tombée à environ 55 000 barils par jour en 2023, contre 241 000 en 2010. Le pays cherche donc à relancer l’exploration, mais aussi à éviter qu’un seul gisement ne dicte à lui seul l’avenir des comptes publics.

Pour les ménages, l’effet n’est pas immédiat. Un accord de participation ne se traduit pas d’un coup par des emplois massifs ou des revenus visibles. En revanche, il peut soutenir des services annexes, la sous-traitance, les plateformes logistiques et la montée en compétence de cadres nationaux, surtout si l’État parvient à mieux encadrer le contenu local et la chaîne de valeur. Pour les opérateurs, au contraire, le temps administratif est une variable décisive : plus un feu vert tarde, plus le calendrier de forage, le budget et la fenêtre de rentabilité se compliquent.

Un test pour Malabo, mais aussi pour l’Afrique centrale

Le dossier Barracuda illustre une dynamique plus vaste en Afrique centrale. La CEMAC mise sur l’intégration énergétique, comme l’a montré la mise en service de la ligne électrique Guinée équatoriale-Gabon en février 2025. Dans cette région, l’énergie n’est pas seulement une rente. Elle sert aussi de levier d’interconnexion, de commerce et de souveraineté économique.

La Guinée équatoriale reste placée au croisement de ces objectifs. D’un côté, elle veut attirer des capitaux étrangers pour relancer son offshore. De l’autre, elle cherche à mieux négocier sa place dans les projets, avec GEPetrol, le ministère des Hydrocarbures et les opérateurs étrangers dans la même équation. Cette séquence montre qu’en Afrique centrale, l’enjeu n’est plus seulement de signer un accord. Il faut aussi tenir le calendrier, sécuriser les approbations et transformer les annonces en production réelle.

Le prochain repère est désormais fixé au 31 août 2026, nouvelle date limite annoncée pour la clôture du dossier. Si le feu vert chinois tombe à temps, le projet pourra avancer vers le forage de Barracuda-1 en 2027. S’il tarde encore, le pays devra attendre un peu plus longtemps avant de savoir si ce gaz offshore peut redevenir l’un des piliers de son redressement énergétique.