Un fonds public au centre de la relance gabonaise

À Libreville, la question n’est plus seulement de lancer des projets. Elle est de savoir qui peut les financer vite, proprement et sans alourdir encore la dette. Dans ce contexte, la nomination d’Ismaël Libizangomo à la tête du Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS) dit beaucoup de la méthode choisie par les autorités gabonaises : confier un outil public clé à un profil rompu aux montages financiers complexes.

Le sujet dépasse la simple gestion d’un portefeuille d’actifs. Le FGIS est l’un des bras financiers de l’État gabonais. Son site officiel indique qu’il suit 1,89 milliard de dollars d’actifs, dont 500 millions sous gestion directe, et qu’environ 85 % de la valeur de son portefeuille est générée au Gabon. Le fonds intervient dans dix secteurs, avec un accent sur les infrastructures, le financement des PME et les projets d’énergie.

La nomination a été actée le vendredi 18 septembre 2026, lors du Conseil des ministres tenu à Port-Gentil, capitale économique du pays et chef-lieu de l’Ogooué-Maritime. Ce déplacement du gouvernement dans la grande ville pétrolière n’est pas anodin. Il a servi de cadre à une séquence politique tournée vers la relance locale et les investissements publics.

Le choix d’un banquier d’affaires pour une institution sous pression

Ismaël Libizangomo arrivait jusque-là de BGFI Capital, la branche de banque d’affaires du groupe BGFIBank. Un rapport du groupe le présentait déjà comme directeur général en 2022, après avoir été directeur général adjoint. Il est donc un profil maison de la finance gabonaise et sous-régionale, habitué aux opérations souveraines, aux restructurations et aux dossiers de haut de bilan.

Cette trajectoire explique le sens de la nomination. Le Gabon doit financer un programme d’investissements important, alors que les marges budgétaires restent contraintes. Un document de la Commission économique pour l’Afrique indique que le déficit budgétaire gabonais pourrait atteindre 5,9 % du PIB en 2025 et 6,2 % en 2026, avec une dette publique projetée à 79,2 % puis 82,3 % du PIB sur la même période. Le même document rappelle que le pays a réaménagé environ 1 milliard de dollars d’obligations et de bons en monnaie locale à la fin d’avril 2025.

Dans ce cadre, le FGIS doit jouer davantage son rôle d’investisseur, de cofinanceur et d’aimant à capitaux privés. Le fonds a été conçu pour soutenir la transformation économique du pays, pas seulement pour conserver des participations. Son rapport annuel 2024 réaffirme cette mission : gérer des actifs stratégiques de l’État et soutenir des projets à fort impact social.

Le gouvernement gabonais a d’ailleurs insisté, ces derniers mois, sur une stratégie de financement plus structurée. La Présidence a évoqué en mai 2025 la création de plusieurs fonds sectoriels, dont un fonds dédié aux infrastructures, présenté comme un bras armé de la modernisation économique et sociale. Cette logique confirme que l’exécutif veut multiplier les véhicules spécialisés plutôt que s’appuyer uniquement sur le budget classique.

Ce que Libizangomo hérite réellement

Le nouveau dirigeant ne prend pas seulement les commandes d’un instrument financier. Il hérite d’une institution qui a connu plusieurs changements de direction en peu de temps. Cette instabilité pèse sur la continuité des projets, la lisibilité des partenariats et la confiance des investisseurs. Le Conseil des ministres du 18 septembre 2026 a ainsi marqué une nouvelle étape après des remplacements successifs intervenus depuis 2023.

Le défi est double. D’un côté, le FGIS doit sécuriser des montages capables d’accompagner les grands travaux et les investissements productifs. De l’autre, il doit préserver sa crédibilité institutionnelle. Dans un contexte où la dette régionale reste une source de financement importante dans la zone CEMAC, le fonds est attendu comme un outil de désendettement relatif : mobiliser plus de capitaux privés, mieux valoriser les actifs publics et limiter le recours mécanique à l’emprunt souverain. Cette lecture est cohérente avec les priorités affichées par les autorités gabonaises lors de leurs rencontres avec les bailleurs et partenaires financiers.

Le parcours de Libizangomo lui donne des atouts pour cela. Dans les archives disponibles, son nom apparaît sur des dossiers impliquant le Congo et la Guinée équatoriale, notamment des restructurations et conseils financiers dans l’espace CEMAC. Ce capital d’expérience compte dans une sous-région où les marchés restent étroits et où les États cherchent souvent des solutions hybrides, entre dette, partenariats public-privé et prises de participation.

Au Gabon, l’enjeu est aussi concret pour les ménages et les entreprises. Le FGIS intervient dans des secteurs qui touchent la vie quotidienne : eau, électricité, infrastructures, immobilier, financement des PME. Ses participations et véhicules, comme Gabon Power Company ou la Société de garantie du Gabon, peuvent soutenir des projets utiles pour la capitale comme pour l’intérieur du pays. Autrement dit, l’efficacité du fonds se mesurera moins à ses effets d’annonce qu’à sa capacité à livrer des services, des emplois et des équipements.

Une décision qui parle aussi à l’Afrique centrale

Cette nomination a une portée qui dépasse le seul Gabon. En Afrique centrale, plusieurs États cherchent à mieux articuler souveraineté économique, besoins d’investissement et discipline budgétaire. Le choix d’un banquier d’affaires à la tête d’un fonds souverain ou para-public est un signal de professionnalisation, mais il crée aussi une attente forte : celle de résultats visibles, pas seulement d’une bonne ingénierie financière.

Le dossier FGIS dit finalement quelque chose de la nouvelle phase ouverte à Libreville. Le pouvoir gabonais veut des outils plus rapides, plus techniques et plus orientés vers l’impact. Reste à voir si la stabilité de gouvernance suivra le rythme. Dans les prochains mois, le regard se portera sur la mise en œuvre du programme d’investissements annoncé à Port-Gentil, sur la capacité du fonds à attirer des partenaires et sur la traduction concrète de cette stratégie dans les services publics et l’économie réelle.