À Rabat, la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri ouvre une nouvelle séquence politique. Le Maroc confie pour la première fois la direction de son gouvernement à une femme, dans un contexte marqué par une forte attente sociale et par une recomposition parlementaire.
Une nomination au lendemain d’un scrutin recomposé
Le roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri cheffe du gouvernement le 29 septembre 2026. La décision a été annoncée après une audience au Palais royal de Rabat. En vertu de l’article 47 de la Constitution, elle a également été chargée de former le nouvel exécutif, comme l’a indiqué le portail officiel du Maroc.
Cette nomination intervient quelques jours après les élections législatives du 23 septembre. Le Parti Authenticité et Modernité, le PAM, est arrivé en tête avec 97 sièges sur les 395 de la Chambre des représentants. Il devance le Rassemblement national des indépendants, qui en a obtenu 66, et le Parti de l’Istiqlal, crédité de 65 sièges.
Le résultat ne donne toutefois pas de majorité absolue au PAM. Fatima Ezzahra El Mansouri devra donc négocier une coalition. Les résultats définitifs ont confirmé le classement annoncé après le scrutin, selon les autorités marocaines.
Le taux de participation s’est établi à un peu plus de 38 % au niveau national. Ce chiffre donne une indication importante sur le climat politique. La nouvelle équipe devra répondre aux électeurs mobilisés, mais aussi à ceux qui restent éloignés des urnes et des institutions.
Une avocate devenue figure centrale du PAM
Née le 3 janvier 1976 à Marrakech, Fatima Ezzahra El Mansouri est avocate de formation. Elle s’est spécialisée dans le droit des affaires avant d’entamer une carrière politique. Sa trajectoire s’est d’abord construite dans sa ville d’origine, où elle a dirigé la commune de Marrakech.
Cette expérience locale lui a donné une visibilité nationale. Marrakech est à la fois une grande métropole, un centre touristique et un territoire confronté à de fortes tensions sur le logement, les transports, l’eau et l’aménagement urbain. La gestion de la ville a donc constitué un point d’observation direct des transformations économiques et sociales du Maroc.
Fatima Ezzahra El Mansouri a ensuite occupé le portefeuille de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville. Elle a conservé cette fonction dans le gouvernement sortant dirigé par Aziz Akhannouch. Son parcours ministériel l’a placée au cœur de dossiers qui touchent directement les ménages, les collectivités locales et les opérateurs économiques.
Elle est aussi devenue l’une des dirigeantes du PAM. Depuis 2024, elle fait partie de la direction collégiale du parti. Cette instance dirigeante a renforcé son rôle dans une formation qui cherche à occuper une position centrale dans la vie politique marocaine.
La biographie publiée par la SNRT rappelle notamment son passage par la mairie de Marrakech, son activité d’avocate et ses responsabilités ministérielles. Ces éléments expliquent en partie pourquoi elle a été choisie pour conduire les discussions de coalition.
Une fonction politique à exercer dans un système institutionnel particulier
Au Maroc, le chef du gouvernement dirige l’action de l’exécutif, mais il exerce cette fonction dans une monarchie constitutionnelle. Le roi conserve des prérogatives majeures dans les domaines stratégique, religieux, sécuritaire et diplomatique. La nouvelle cheffe du gouvernement devra donc articuler l’action de son équipe avec les orientations royales.
Sa première tâche sera de bâtir une majorité parlementaire. Le PAM ne dispose pas seul des sièges nécessaires pour gouverner. Les discussions devront porter sur la répartition des portefeuilles, les priorités du programme et la capacité de la coalition à durer jusqu’à la fin de la législature.
Le retour en force du Parti de la justice et du développement, le PJD, ajoute une autre dimension au paysage parlementaire. Après avoir obtenu seulement 13 sièges en 2021, cette formation islamiste modérée en a remporté 54 en 2026. Elle devrait rester dans l’opposition, tout en conservant une capacité de mobilisation politique.
Le gouvernement devra aussi gérer les attentes liées à l’emploi, au pouvoir d’achat, à l’accès aux soins et à la qualité de l’enseignement. Ces demandes concernent particulièrement les jeunes et les classes moyennes. Elles prennent une forme différente selon les territoires : les grandes villes affrontent la pression immobilière et les transports, tandis que les zones rurales restent davantage confrontées à l’accès aux services et aux effets du stress hydrique.
La nouvelle équipe devra enfin préparer les investissements liés à la Coupe du monde de football de 2030, que le Maroc organisera avec l’Espagne et le Portugal. Ces projets peuvent accélérer la modernisation des infrastructures. Ils devront cependant bénéficier aux territoires au-delà des grands pôles urbains et touristiques.
Un signal pour la représentation des femmes en Afrique du Nord
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri constitue un moment important pour la représentation politique des femmes au Maroc. Elle ne signifie pas, à elle seule, que les obstacles à la participation féminine ont disparu. La question se mesurera aussi à la composition du gouvernement, à la place des femmes dans les partis et à leur présence dans les postes de décision locaux.
Son arrivée à la tête de l’exécutif intervient dans une région où les expériences restent contrastées. La Tunisie a déjà confié la direction de son gouvernement à Najla Bouden, nommée en 2021. Le Maroc rejoint donc un mouvement encore limité, mais visible, de féminisation des plus hautes fonctions politiques en Afrique du Nord.
À l’échelle de l’Union africaine, cette évolution résonne avec les débats sur la parité, la participation citoyenne et le renouvellement des élites. Elle rappelle aussi que la présence d’une femme au sommet de l’État ou du gouvernement doit être évaluée à partir des politiques menées, et pas seulement de la portée symbolique de la nomination.
Les prochaines semaines seront décisives. Elles diront quels partis entreront dans la coalition, quelles priorités seront retenues et quelle marge de manœuvre la nouvelle cheffe du gouvernement pourra dégager. Pour Fatima Ezzahra El Mansouri, le défi ne sera donc pas seulement historique. Il sera aussi institutionnel, économique et social.