À Lusaka, la question n’est plus seulement de savoir si l’économie zambienne tient. Elle est de savoir si elle peut enfin transformer l’accalmie financière en emplois, en énergie plus fiable et en croissance mieux partagée. Après des années de pression sur la dette, le pays a retrouvé un peu d’air. Mais cet espace reste fragile, surtout à l’approche des élections générales du 13 août 2026.
La Zambie, pays d’Afrique australe et membre de la SADC, a longtemps payé le prix d’un endettement devenu insoutenable pendant la pandémie. En janvier 2026, le Fonds monétaire international a confirmé que le programme de 38 mois lancé en 2022 était arrivé à son terme, après des progrès notables sur la stabilité macroéconomique et la restructuration de la dette. Le pays reste toutefois exposé à un risque élevé de surendettement externe, même si la situation s’est améliorée.
Ce basculement ne concerne pas seulement les chiffres de Lusaka. Il touche aussi les corridors miniers du Copperbelt, les marchés urbains, les ménages ruraux et les entreprises qui vivent du crédit bancaire. Dans une économie très dépendante du cuivre, de l’électricité et de l’agriculture, chaque choc sur le carburant, la pluie ou l’offre d’énergie se diffuse rapidement dans les prix et dans l’emploi. La Banque africaine de développement souligne elle aussi que les vulnérabilités du pays restent liées à l’énergie, aux infrastructures et aux aléas climatiques.
Une stabilisation réelle, mais encore incomplète
Depuis le défaut de paiement souverain déclaré en 2020, la Zambie a mené un long travail de rééchelonnement. Le FMI indique qu’en 2026 les accords de restructuration couvrent désormais environ 94 % du périmètre concerné, avec cinq accords bilatéraux déjà signés avec des créanciers officiels et des avancées avec les créanciers commerciaux. C’est un progrès important, car il réduit la pression immédiate sur la trésorerie publique. Mais il ne règle pas tout : le pays doit encore préserver la crédibilité de sa politique budgétaire.
Le retour de l’inflation dans la cible de la Banque de Zambie est un autre signal positif. En avril 2026, elle est retombée à 6,8 %, dans une fourchette visée de 6 à 8 %, grâce à l’appréciation du kwacha et au ralentissement des prix alimentaires, selon le FMI. Les réserves internationales ont aussi été reconstituées à 4,4 mois d’importations prospectives. Ces données ne signifient pas que le problème est réglé. Elles indiquent plutôt que la Zambie a gagné du temps, ce qui est précieux mais encore réversible.
Au même moment, le gouvernement maintient une ligne budgétaire prudente. Le budget 2026, présenté à l’automne 2025 à l’Assemblée nationale, affiche une ambition de croissance forte, avec une cible officielle de 6,4 % et un effort sur les écoles, les routes et l’électricité. Cette trajectoire montre l’orientation choisie à Lusaka : consolider les gains macroéconomiques tout en finançant les services publics. Mais la marge de manœuvre reste étroite, car une partie de l’argent doit aussi servir à couvrir les besoins hérités de la dette.
Cuivre, maïs et énergie : les trois leviers du prochain cycle
La croissance zambienne dépend d’abord du cuivre. Le FMI prévoit 5,8 % en 2026, porté par la reprise de la production minière, les services et le redémarrage progressif de l’électricité. Le gouvernement, lui, mise sur une reprise plus franche à mesure que les investissements miniers montent en puissance. C’est un pari cohérent, car le cuivre reste la principale source de devises du pays. Mais il rend aussi l’économie vulnérable à la demande mondiale et aux contraintes locales de production.
L’agriculture peut, elle aussi, amortir le choc. Les autorités ont mis en avant une récolte de maïs exceptionnellement forte en 2025, ce qui a soutenu les perspectives de 2026. Le ministère des Finances a par ailleurs présenté des objectifs ambitieux pour les années à venir, notamment une montée de la production céréalière. Mais cette bonne saison ne supprime pas le risque climatique. Une sécheresse future pourrait réduire l’hydroélectricité, peser sur l’offre d’énergie et obliger l’État à arbitrer entre importations coûteuses et rationnement.
Le point le plus sensible reste le coût de l’énergie importée. Le FMI note qu’une hausse des prix du carburant liée aux tensions au Moyen-Orient a déjà compliqué la maîtrise de l’inflation. Dans un pays où l’électricité dépend encore fortement de l’hydraulique, cela se traduit par une double fragilité : plus de dépenses publiques quand les carburants montent, et moins d’activité quand les barrages manquent d’eau. Pour les ménages, cela se voit immédiatement dans la facture. Pour les petites entreprises, cela se traduit souvent par des coupures, des surcoûts et des marges plus faibles.
Les élections d’août 2026 comme test de crédibilité
Le calendrier politique ajoute une couche de tension. La Commission électorale de Zambie confirme la tenue des élections générales le 13 août 2026, et la SADC a déployé une mission d’évaluation préélectorale à Lusaka. Cette présence régionale rappelle un fait simple : dans l’Afrique australe, la stabilité macroéconomique et la stabilité politique se surveillent de près. Un scrutin tendu, des promesses budgétaires mal calibrées ou un recul de la discipline fiscale peuvent rapidement fragiliser la confiance des marchés et des partenaires.
Pour le pouvoir en place, l’enjeu est de défendre un bilan fait de normalisation financière et de reprise graduelle. Pour l’opposition, le terrain est ouvert sur un autre argument : la stabilité ne nourrit pas encore assez vite les foyers, ni les jeunes arrivant sur le marché du travail. Le FMI lui-même souligne que la pauvreté et les inégalités restent élevées, malgré les progrès enregistrés. Autrement dit, la bataille politique de 2026 se jouera moins sur la sortie du défaut de paiement que sur la traduction concrète de cette sortie dans la vie quotidienne.
À l’échelle régionale, la Zambie compte davantage qu’un simple cas national. Si Lusaka parvient à consolider la dette, à sécuriser l’énergie et à diversifier la croissance, le pays peut devenir un signal utile pour d’autres économies africaines confrontées au même triangle dette-devise-énergie. C’est aussi ce que regarde la SADC, dans une région où les chaînes de valeur minières, agricoles et logistiques sont déjà étroitement liées. Les prochains mois diront si la Zambie transforme un répit financier en trajectoire durable, ou si ce répit ne fait que repousser les mêmes arbitrages.