À Lusaka, le vote a aussi servi de test politique

En Zambie, une élection présidentielle ne se lit jamais seulement comme une addition de bulletins. Elle dit aussi si le pays accepte la continuité, ou s’il réclame un nouveau contrat autour du coût de la vie, de la sécurité politique et de la confiance dans les institutions. Cette fois, le verdict a confirmé Hakainde Hichilema, au pouvoir depuis août 2021, pour un second mandat, avec un score qui lui évite un second tour selon la règle zambienne du plus de 50 % des suffrages valides.

Le contexte compte. La Zambie reste un pays charnière de l’Afrique australe, membre fondateur de la SADC, cette communauté régionale qui réunit 16 États et fait de la stabilité politique une condition de l’intégration économique. Le scrutin du 13 août 2026 s’inscrivait donc dans un cadre observé de près à Lusaka, mais aussi à Harare, Pretoria, Gaborone et Maputo, où chaque alternance ou chaque crispation zambienne a des répercussions régionales.

Les faits : une victoire nette, mais un climat électoral tendu

La Commission électorale de Zambie a proclamé, le 18 août 2026, Hakainde Hichilema président élu pour un second mandat. Selon l’annonce relayée par l’Associated Press à partir des résultats officiels, il a obtenu 61,4 % des quelque 5 millions de suffrages exprimés, devant Brian Mundubile, crédité de 1 856 217 voix, soit un peu plus de 38 %. Le texte de départ évoquait 60 % contre 38 % ; la proclamation officielle permet de préciser le chiffre exact.

La présidente de la commission, Mwangala Zaloumis, a déclaré Hichilema « president-elect » le 18 août 2026. Le scrutin du 13 août avait mobilisé environ 8 millions d’électeurs inscrits dans un pays d’environ 22 millions d’habitants. Les résultats ont mis plusieurs jours à remonter, après une suspension temporaire du comptage, reprise ensuite dans un dispositif de sécurité renforcé. La commission a évoqué des attaques contre certains agents électoraux et le vol de bulletins dans certains bureaux.

Ce vote a aussi été accompagné de tensions politiques. Des figures de l’opposition ont été arrêtées pendant la séquence électorale, selon le gouvernement, qui a parlé d’une opération visant une milice présumée. Le camp de Brian Mundubile a contesté ce récit et a soutenu que l’opération était intervenue après le vote. Là encore, l’enjeu dépasse le seul contentieux judiciaire : il touche à la liberté de campagne, à l’accès des partis à l’espace public et à la qualité du scrutin.

Ce que ce second mandat dit de la Zambie d’aujourd’hui

Hichilema a d’abord été élu en 2021, avec 57,51 % des voix selon les résultats officiels de la commission électorale. Son arrivée avait mis fin à une décennie dominée par le Patriotic Front et par Edgar Lungu. Depuis, son pouvoir s’est construit sur une promesse simple : sortir le pays de la crise de la dette, relancer la croissance et rétablir la crédibilité financière de l’État. La Banque mondiale, le FMI et les marchés ont suivi ce dossier de près, car la Zambie fut le premier pays africain à faire défaut pendant la période du Covid-19.

Le résultat de 2026 fonctionne donc comme un referendum économique autant que politique. Pour une partie des Zambiens, notamment dans les centres urbains et les secteurs formels, l’argument de la stabilité pèse lourd. Pour d’autres, l’inflation, le chômage des jeunes et la pression sur le pouvoir d’achat restent les vraies lignes de fracture. Le pays a bien avancé dans la restructuration de sa dette et dans la reprise de ses relations avec les bailleurs, mais le FMI souligne encore un risque élevé de surendettement externe et une vulnérabilité persistante. Autrement dit, la respiration financière n’a pas encore réglé la question sociale.

Le cas zambien montre aussi une réalité politique plus fine qu’un simple duel président sortant contre opposant principal. Brian Mundubile, ancien ministre de l’ère Lungu, a porté un bloc d’opposition présenté comme le plus sérieux du scrutin. Mais la fragmentation des forces adverses a limité leur capacité à incarner une alternative unique. Dans un système où le président est élu au suffrage direct et où la majorité absolue est obligatoire dès le premier tour, cette dispersion devient décisive. Elle avantage le sortant, surtout lorsqu’il contrôle l’agenda gouvernemental et dispose d’une visibilité institutionnelle supérieure.

Une lecture africaine et régionale à suivre de près

Pour l’Afrique australe, cette réélection compte à double titre. D’abord, parce que la Zambie est un État de transit économique, sans accès à la mer, au cœur des routes commerciales et énergétiques de la SADC. Ensuite, parce que les élections y sont souvent vues comme un baromètre démocratique régional. La SADC a d’ailleurs déployé sa mission d’observation pour le scrutin de 2026, tandis que l’Union européenne a envoyé sa propre mission, avec une proclamation attendue deux jours après le vote.

Sur le plan continental, le message est plus large encore. La Zambie montre qu’un pays peut sortir d’un épisode de défaut souverain, renégocier sa dette et revenir au centre du jeu politique sans basculer hors du cadre démocratique. Mais l’épisode rappelle aussi qu’une reprise macroéconomique ne suffit pas à dissiper la défiance civique. Les prochains mois diront si le second mandat de Hichilema consolide une stabilité durable, ou s’il ouvre une nouvelle phase de contestation autour de la redistribution des fruits de la reprise.

Le signal à surveiller est simple : la manière dont le pouvoir zambien gérera les suites électorales, les éventuelles contestations et la relation avec une opposition qui a déjà dénoncé des conditions de campagne inéquitables. Dans une région où la compétition politique reste souvent étroitement liée à la crédibilité des institutions, Lusaka ne parle pas seulement à la Zambie. Elle parle à toute l’Afrique australe.