Une levée de fonds peut financer l’expansion d’une banque. Elle pose aussi une question concrète aux épargnants d’Afrique centrale : quelle place les marchés régionaux peuvent-ils prendre dans le financement des entreprises qui y grandissent ? BGFI Holding Corporation sollicite une nouvelle fois ces investisseurs, alors que son action est désormais cotée à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC).
Un marché régional encore en quête de profondeur
La BVMAC est la place boursière commune aux six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) : le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad. Le marché permet aux entreprises et aux États de rechercher des financements auprès d’investisseurs de la région, mais son activité reste limitée par le nombre de titres disponibles et les échanges parfois peu nombreux.
L’arrivée de BGFI Holding à la cote, le 7 mai 2026, a marqué un changement d’échelle pour la place. Selon la BVMAC, cette première cotation a porté la capitalisation totale du marché à environ 1 710 milliards de FCFA, contre 479 milliards auparavant. La holding bancaire est devenue la plus importante société cotée de la place, d’après la Bourse.
Cette nouvelle émission intervient donc dans un marché qui cherche à élargir son offre et à attirer davantage d’épargne locale. Elle s’inscrit aussi dans un parcours en plusieurs étapes : la première ouverture du capital, en 2025, a permis de lever 45,33 milliards de FCFA et de mettre 3,85 % du capital à la disposition du public, selon les données publiées par la BVMAC.
Une seconde émission de 80,558 milliards de FCFA
La deuxième phase de l’augmentation de capital est ouverte du 15 septembre au 15 octobre 2026. BGFI Holding propose 1 006 975 actions nouvelles au prix de 80 000 FCFA l’unité, pour un montant recherché de 80,558 milliards de FCFA. Ces modalités sont confirmées par la BVMAC et par le communiqué de la société.
L’objectif annoncé est de faire passer la part du capital détenue par le public de 3,85 % à 10 %. L’opération n’est donc pas seulement une recherche de fonds : elle doit aussi élargir l’actionnariat et accroître la quantité d’actions accessibles sur le marché. Cela ne garantit toutefois ni des échanges plus fréquents ni une hausse de la valeur du titre.
Pour présenter le projet aux investisseurs, le président-directeur général Henri-Claude Oyima a conduit des rencontres à Libreville, au Gabon, le 15 septembre, puis à Yaoundé et Douala, au Cameroun, les 5 et 6 octobre, et à Brazzaville, en République du Congo, le 8 octobre. Des comptes rendus de médias économiques camerounais ont également rapporté les étapes de Yaoundé et Douala.
Des bénéfices élevés, mais un investissement qui comporte des risques
La direction met en avant les résultats de l’exercice 2025. Le groupe a annoncé un résultat net consolidé de 133 milliards de FCFA, dont 111,747 milliards de FCFA attribués à la part du groupe. Des comptes rendus de l’assemblée générale de mai 2026 publiés par GabonReview et Direct Infos Gabon rapportent également un bénéfice net de 133 milliards de FCFA.
Ces résultats donnent des repères sur l’activité passée. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de prévoir les bénéfices futurs ni l’évolution du cours. Comme pour toute action, le souscripteur s’expose aux variations de marché et peut ne pas récupérer la totalité de son investissement. Le prix de souscription de 80 000 FCFA ne constitue pas une garantie de revente au même montant.
La somme levée doit, selon le groupe, renforcer ses fonds propres, soutenir ses filiales et financer le développement de ses activités. La direction évoque notamment de nouvelles implantations bancaires et le renforcement de plusieurs pôles de croissance, dont le Cameroun. Ce sont des orientations annoncées par l’entreprise ; les résultats dépendront de leur mise en œuvre, des coûts engagés et de la maîtrise des risques.
Pour les investisseurs, l’enjeu dépasse la souscription
Les conséquences potentielles diffèrent selon les acteurs. Pour le groupe, des fonds propres renforcés peuvent accroître sa capacité à financer son expansion. Pour les clients et les entreprises qui empruntent, l’effet dépendra notamment des choix de crédit des filiales et des secteurs auxquels elles prêtent. Une levée de fonds ne signifie donc pas automatiquement davantage de prêts à l’économie productive.
Pour les épargnants, l’accès à une action cotée ouvre une possibilité d’investissement dans un groupe bancaire présent dans plusieurs pays. Mais le prix élevé d’une action et la liquidité du titre peuvent limiter l’accès de petits souscripteurs ou compliquer une revente rapide. La liquidité désigne la facilité avec laquelle un titre peut être acheté ou vendu sans forte variation de prix.
La BVMAC a déjà signalé la place importante de cette opération dans le marché régional. Reste à observer, au-delà du montant collecté, la répartition effective des nouvelles actions, le niveau des échanges après l’émission et la capacité de la Bourse à accueillir d’autres entreprises. Une seule grande société cotée peut accroître les volumes, mais ne suffit pas à diversifier durablement le marché.
Un test pour le financement par l’épargne régionale
La démarche met à l’épreuve l’ambition de mobiliser davantage de capitaux dans la CEMAC pour financer des entreprises de la région. Elle intéresse les investisseurs institutionnels, mais aussi les épargnants individuels, dans des pays où les possibilités de placement en actions restent peu nombreuses.
L’échéance immédiate est la clôture de la souscription, prévue le 15 octobre 2026. Ensuite, les données à suivre seront le montant effectivement levé, le nombre de nouveaux actionnaires et l’évolution des échanges du titre. Ces indicateurs permettront de distinguer une opération réussie pour l’émetteur d’un approfondissement réel du marché financier régional.