Un pays qui cherche à sécuriser son courant
En Zambie, chaque mégawatt supplémentaire compte désormais autant pour les foyers que pour les mines, les ateliers et les petites entreprises. Le pays sort d’une séquence difficile, marquée par la faiblesse de l’hydraulique pendant la sécheresse de 2024, et cherche à rééquilibrer un mix électrique trop dépendant des barrages. Dans ce contexte, le solaire n’est plus un simple complément. Il devient un outil de stabilité économique.
Cette bascule se lit aussi à l’échelle régionale. En Afrique australe, plusieurs économies restent exposées aux aléas climatiques, tandis que les échanges d’électricité au sein du Southern African Power Pool, l’interconnexion régionale qui permet d’acheter et de vendre du courant, restent stratégiques pour amortir les chocs. La Zambie avance donc sur un terrain à la fois national et régional.
Chisamba, désormais plus grand complexe solaire du pays
Le mardi 21 juillet 2026, le président zambien Hakainde Hichilema a inauguré la deuxième phase du complexe solaire de Chisamba, dans la province Centrale, selon le ministère de l’Énergie. Cette nouvelle tranche ajoute 100 MW au site. Elle porte la capacité totale du complexe à 200 MW. Le ministère et plusieurs médias spécialisés africains présentent désormais Chisamba comme la plus grande installation solaire raccordée au réseau en Zambie.
La phase II représente un investissement annoncé de 70 millions de dollars. Elle a été réalisée par l’électricien public ZESCO en partenariat avec le groupe chinois PowerChina. Les travaux ont duré environ sept mois et mobilisé plus de 1 400 travailleurs, selon le communiqué officiel relayé dans la presse spécialisée. La première phase du site avait été mise en service en juin 2025.
Le schéma de financement n’est pas identique d’une phase à l’autre. La première unité, portée par Kariba North Bank Extension Power Corporation, filiale de ZESCO, avait été financée via Stanbic Bank Zambia, puis commercialisée par Africa GreenCo, notamment au profit de First Quantum Minerals. La deuxième tranche, elle, vise surtout l’injection directe dans le réseau national. Chisamba combine donc deux logiques : alimenter des clients industriels et renforcer l’offre publique.
Ce que dit ce chantier de l’économie zambienne
Le projet ne se limite pas à une inauguration. Il raconte la manière dont Lusaka tente de sortir d’une vulnérabilité structurelle. L’économie zambienne reste fortement arrimée à l’hydraulique, qui fournit l’essentiel de l’électricité, mais cette dépendance rend le pays sensible aux sécheresses. Le choc de 2024 a réduit la disponibilité en eau des grands barrages et creusé le déficit électrique. D’où l’accélération des projets solaires et thermiques.
Les effets ne seront pas les mêmes pour tous. Les grands opérateurs miniers gagnent en visibilité sur l’approvisionnement, ce qui sécurise la production de cuivre, pilier des exportations du pays. Les ménages, eux, attendent surtout une baisse des coupures. Les petites entreprises, souvent les plus exposées aux délestages, peuvent espérer un fonctionnement plus régulier. Le gouvernement, de son côté, y voit un signal politique fort : montrer que les réformes du secteur énergétique produisent déjà des résultats tangibles.
Le message est aussi financier. ZESCO et les autorités veulent rassurer les investisseurs sur la capacité du pays à lancer des projets bancables, c’est-à-dire finançables et exploitables dans des délais courts. Le ministère de l’Énergie a d’ailleurs multiplié les annonces pour accélérer l’approbation des projets solaires et attirer des capitaux privés. Chisamba sert ainsi de démonstrateur. Il montre qu’un projet public peut être mené rapidement, avec une mise en service en quelques mois seulement.
Une pièce d’un puzzle plus vaste
À Lusaka, l’ambition affichée reste élevée. Les autorités visent 1 000 MW de solaire à court terme et environ 10 000 MW de capacité installée à l’horizon 2030. Le delivery unit présidentiel évoque même un objectif de suffisance électrique pour une large part de la population, dans un pays où des millions de personnes restent encore mal desservies. Chisamba ne règle donc pas la crise, mais il s’inscrit dans une stratégie plus large de rattrapage et de diversification.
Cette stratégie a une portée régionale. Dans l’Afrique australe, la transition énergétique ne passe pas uniquement par les grands barrages ou les interconnexions transfrontalières. Elle passe aussi par des centrales solaires de taille intermédiaire, rapides à déployer et utiles pour stabiliser les réseaux. Pour la Zambie, pays enclavé et producteur de cuivre, l’enjeu est double : éviter que l’électricité ne freine l’industrie et montrer qu’un pays africain peut accélérer sa transition sans attendre une solution venue de l’extérieur.
La suite se jouera désormais sur trois terrains. D’abord, la capacité de ZESCO à faire entrer en service d’autres projets annoncés pour 2026. Ensuite, la tenue du réseau pendant la saison sèche. Enfin, la traduction concrète de ces investissements dans les foyers, les marchés et les sites industriels. Si ces trois niveaux avancent ensemble, Chisamba ne sera pas seulement un complexe solaire de plus. Il deviendra un marqueur de la nouvelle économie électrique zambienne.