Pour la Zambie, l’enjeu n’est pas seulement d’attirer un nouveau géant minier. Il consiste aussi à mieux connaître son sous-sol, à renforcer ses compétences nationales et à convertir l’intérêt international en projets durables. C’est dans cette logique que Lusaka se rapproche de BHP, premier producteur mondial de cuivre selon sa propre présentation.
La Zambie veut mieux cartographier son potentiel minier
Le gouvernement zambien et BHP ont conclu un accord destiné à renforcer les capacités d’exploration géologique du pays. L’initiative découle de discussions menées lors de la conférence Africa Down Under, organisée à Perth du 2 au 4 septembre 2026.
D’après le ministère zambien des Mines et du Développement minéral, le dispositif doit commencer par un appui technique au Geological Survey Department. Ce service public produit et conserve les données géologiques utilisées pour identifier les zones présentant un potentiel minier.
L’accord doit encore être examiné par les services de l’Attorney General’s Chambers. Il ne constitue donc pas, à ce stade, un contrat d’exploitation ni une prise de participation dans une mine zambienne. Le premier objectif annoncé porte sur le renforcement des compétences et des méthodes de prospection.
Le ministère précise que BHP souhaite mobiliser son approche dite des « mineral systems ». Cette méthode étudie l’ensemble des processus géologiques ayant permis la formation et la concentration d’un minerai. Elle peut aider à cibler les recherches au-delà des zones déjà connues du Copperbelt.
Cette nuance est importante. La Zambie possède une longue histoire minière, mais une partie de son territoire reste insuffisamment étudiée. Le pays cherche donc à améliorer ses données avant d’accélérer l’attribution de nouveaux permis et la mise en valeur de gisements.
Un rapprochement qui ne vaut pas encore investissement minier
Le protocole s’inscrit dans une série de contacts entre BHP et les autorités zambiennes. Les échanges se sont intensifiés après la participation de représentants du pays à plusieurs rendez-vous internationaux consacrés aux ressources minérales.
Le contenu connu de l’accord reste toutefois limité. Aucun investissement précis dans une mine de cuivre existante n’a été annoncé. Aucun calendrier de production n’a non plus été communiqué. La prochaine étape sera donc la finalisation d’un texte contraignant, puis la définition des activités, des financements et des responsabilités de chaque partie.
Pour Lusaka, l’intérêt est double. Le gouvernement veut attirer davantage de capitaux dans l’exploration. Il souhaite aussi que les institutions zambiennes participent davantage à la production et à l’utilisation des connaissances géologiques.
Cette priorité répond à une faiblesse ancienne du secteur. L’exploitation du cuivre génère des recettes, des emplois et des exportations, mais les activités situées en amont, comme la cartographie, la recherche géologique et les services spécialisés, restent souvent moins visibles et moins développées.
Le renforcement du Geological Survey Department pourrait donc avoir des effets au-delà d’un éventuel partenariat avec BHP. De meilleures données peuvent réduire le risque pour les investisseurs. Elles peuvent aussi permettre à l’État de négocier les permis avec davantage d’informations sur la valeur potentielle des zones concernées.
La stratégie africaine de BHP passe d’abord par l’exploration
Le groupe australien multiplie actuellement les prises de contact avec des sociétés et des institutions africaines. Au Botswana, BHP a conclu avec Cobre Limited un accord lui donnant la possibilité d’acquérir jusqu’à 75 % des projets Kitlanya East et Kitlanya West, en échange d’un financement pouvant atteindre 25 millions de dollars.
Ce partenariat porte sur l’exploration du cuivre et de l’argent dans le Kalahari Copper Belt. Il montre la préférence actuelle de BHP pour des engagements progressifs. Le groupe finance d’abord les travaux géologiques et se réserve ensuite la possibilité d’augmenter sa participation si les résultats sont prometteurs.
En Afrique du Sud, plusieurs sociétés d’exploration d’Orion Minerals ont également intégré le programme BHP Xplor 2026. Ce programme apporte un financement sans prise de participation, ainsi qu’un accès à des experts techniques et à un accompagnement destiné à améliorer les concepts d’exploration.
Les actifs concernés se trouvent dans la province du Northern Cape. Ils ne correspondent pas directement aux projets avancés de Prieska et d’Okiep. L’appui de BHP vise plutôt des opportunités d’exploration à plus long terme.
Ces exemples dessinent une stratégie prudente. BHP cherche à identifier de nouvelles ressources sans engager immédiatement des capitaux comparables à ceux d’une acquisition ou de la construction d’une grande mine. Pour le groupe, cette approche limite le risque. Pour les pays africains, elle ouvre une porte, mais ne garantit pas la réalisation d’un projet industriel.
La Zambie face au défi de la valeur ajoutée
La Zambie est l’un des principaux producteurs africains de cuivre. Son économie reste fortement liée à ce métal, même si les autorités cherchent à diversifier les activités minières et à augmenter la production nationale.
Le gouvernement a fixé l’objectif de porter la production annuelle de cuivre à 3 millions de tonnes d’ici 2031. Pour y parvenir, il devra attirer de nouveaux investissements, mais aussi résoudre plusieurs contraintes. Elles concernent notamment l’accès à l’électricité, les infrastructures de transport, la disponibilité des financements et la stabilité du cadre réglementaire.
Le débat porte également sur la part de valeur qui reste dans le pays. Une hausse de la production ne produira pas les mêmes effets selon qu’elle se limite à l’extraction et à l’exportation de concentrés, ou qu’elle s’accompagne de fonderies, de fabricants de câbles, de services miniers et de compétences technologiques.
Pour les travailleurs et les entreprises zambiennes, l’accord avec BHP sera donc jugé sur ses retombées concrètes. La formation, les contrats accordés aux fournisseurs locaux et l’utilisation des données produites par les institutions nationales compteront autant que l’arrivée éventuelle de capitaux étrangers.
Les effets seront aussi différents selon les territoires. Le Copperbelt dispose déjà d’un tissu minier dense. D’autres provinces, moins industrialisées, pourraient bénéficier de nouvelles campagnes d’exploration, mais elles devront disposer d’infrastructures et de mécanismes de concertation adaptés.
Un signal pour la SADC et pour le marché africain du cuivre
Le rapprochement entre BHP et la Zambie intervient dans un contexte régional marqué par la concurrence entre pays producteurs de cuivre et de minerais dits critiques. La Zambie appartient à la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe, qui réunit notamment la République démocratique du Congo, le Botswana, la Namibie et l’Afrique du Sud.
Ces pays cherchent à attirer les mêmes investisseurs, mais ils partagent aussi des infrastructures et des défis communs. Les corridors ferroviaires, les réseaux électriques et les projets de transformation régionale peuvent donc devenir aussi importants que la qualité des gisements.
À court terme, le point à surveiller sera la validation juridique de l’accord annoncé à Lusaka. Il faudra ensuite connaître son financement, la durée de l’assistance technique et les zones géologiques ciblées. Tant que ces éléments ne sont pas précisés, le rapprochement avec BHP doit être considéré comme une étape d’exploration et de renforcement institutionnel, pas comme l’annonce d’une nouvelle mine.
La portée du dossier dépasse néanmoins la relation entre une entreprise australienne et un État zambien. Il illustre la manière dont les grands groupes miniers reviennent sur le continent par des partenariats ciblés, tandis que les pays africains tentent de mieux maîtriser leurs données, leurs permis et la transformation locale de leurs ressources.