En Tanzanie, une accusation de trahison peut exposer son auteur à la peine capitale. Le 21 octobre 2026, cette menace juridique s’est rapprochée d’un nouveau responsable de Chadema, alors que le procès du président du parti, Tundu Lissu, attend encore son verdict.

Une accusation liée au scrutin de 2025

John Pambalu, membre du conseil national de Chadema et ancien dirigeant de sa branche jeunesse, a comparu le 21 octobre devant un tribunal de Dar es Salaam. L’accusation lui reproche d’avoir voulu inciter la population à entraver les élections générales de 2025 et d’avoir organisé des manifestations pour intimider le gouvernement. Ce sont des allégations judiciaires, pas des faits établis.

Des médias tanzaniens rapportent que les actes reprochés se seraient déroulés entre septembre et le 29 octobre 2025. Pambalu est le deuxième responsable de premier plan de Chadema poursuivi pour trahison, après Tundu Lissu, arrêté en avril 2025. La loi tanzanienne prévoit la peine de mort pour cette infraction. Le compte rendu de Mwanahalisi Online et celui de Habari Mpya concordent sur la date et le contenu général de l’accusation.

À Arusha, le vice-président de Chadema, John Heche, a déclaré avoir appris l’inculpation de Pambalu. Il a aussi affirmé s’attendre à être lui-même visé, tout en disant qu’il ne quitterait pas le pays. Ces propos, rapportés dans la matière disponible, expriment la position du parti ; ils ne permettent pas de conclure qu’une nouvelle procédure est engagée.

Un scrutin contesté et une opposition écartée

Cette affaire s’inscrit dans la crise politique ouverte avant les élections générales du 29 octobre 2025. Chadema, principal parti d’opposition, avait été exclu du scrutin par la commission électorale. Les observateurs de l’Union africaine ont jugé l’élection non compétitive, notamment en raison de cette exclusion et de la disqualification du candidat d’ACT-Wazalendo. La mission africaine a appelé à des réformes constitutionnelles et à une politique plus inclusive.

La présidente Samia Suluhu Hassan, au pouvoir depuis 2021 après la mort de John Magufuli, a été déclarée réélue avec près de 98 % des voix. L’ampleur de ce résultat, dans un scrutin où le principal parti d’opposition ne pouvait concourir, est un élément central des contestations. Il ne suffit toutefois pas, à lui seul, à établir juridiquement une fraude électorale. La déclaration préliminaire de la mission d’observation de l’Union africaine documente les réserves sur le caractère concurrentiel du vote.

La trajectoire de Samia Suluhu Hassan avait d’abord été marquée par un assouplissement de certaines restrictions visant les médias et les rassemblements politiques. Depuis, des opposants et des organisations de défense des droits humains dénoncent un rétrécissement de l’espace politique. Ce contraste est important : l’enjeu n’est pas seulement la succession de procédures pénales, mais la possibilité pour les partis de contester les règles du jeu et de faire campagne.

Des bilans humains qui restent disputés

Les manifestations et violences qui ont suivi le scrutin ont laissé un bilan lourd, mais les chiffres avancés diffèrent. Une commission d’enquête présidentielle a fait état de 518 morts. L’Associated Press a rapporté ce chiffre en avril 2026, en précisant que le nombre pourrait être supérieur, certaines familles ayant enterré leurs proches sans signaler les décès. Des opposants et des sources citées dans des médias internationaux ont avancé des estimations bien plus élevées, sans qu’elles aient été établies par un décompte indépendant complet.

La différence entre les estimations ne doit ni être effacée ni présentée comme résolue. La commission a été mise en place par la présidence, et son impartialité est contestée par l’opposition. De son côté, l’ONU avait auparavant demandé une enquête sur les morts et indiqué ne pas pouvoir vérifier les bilans dans le contexte de violences et de coupures d’internet. Le bilan présenté par l’Associated Press et l’appel antérieur de l’ONU rapporté par l’agence éclairent ces limites.

Le procès de Lissu, prochain repère

L’accusation contre Pambalu intervient alors que le procès de Tundu Lissu entre dans une étape décisive. La Haute Cour doit rendre son jugement le 6 novembre 2026, selon le quotidien tanzanien The Citizen. Lissu conteste les accusations portées contre lui. Le verdict donnera un premier repère judiciaire sur une affaire déjà devenue un symbole de la tension entre sécurité de l’État et liberté d’expression politique.

Pour les Tanzaniens, les conséquences peuvent différer selon leur place dans la vie politique : les dirigeants et militants risquent des poursuites, tandis que les électeurs font face à une compétition amoindrie et à une confiance fragilisée dans les institutions. À Dodoma, siège du gouvernement, le défi sera de garantir des procédures crédibles et un espace de débat politique. À l’échelle régionale, l’EAC, la Communauté d’Afrique de l’Est, et l’Union africaine sont confrontées à une question concrète : comment défendre des élections inclusives quand un parti majeur est écarté et que des dirigeants sont poursuivis pour des actes liés à la mobilisation électorale ?

Le jugement attendu dans l’affaire Lissu, la procédure visant Pambalu et toute clarification indépendante des violences postélectorales seront donc à suivre de près. Ils pèseront sur la crédibilité des institutions tanzaniennes et sur les relations du pays avec ses partenaires régionaux.