Quand les accords se multiplient mais que les combats persistent, Kinshasa cherche à élargir les appuis diplomatiques. À Moscou, Félix Tshisekedi a demandé à la Russie de contribuer aux efforts de paix dans l’est de la République démocratique du Congo.

Une diplomatie aux plusieurs tables

La crise dans l’est congolais s’inscrit dans une succession de processus diplomatiques, menés par des acteurs africains et internationaux. L’Accord de Washington, signé en juin 2025 puis entériné par les deux chefs d’État le 4 décembre, engage Kinshasa et Kigali sur la désescalade et le respect de leur souveraineté. Les discussions entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 se poursuivent, elles, dans un cadre distinct, avec une médiation qatarie.

La région est également concernée par les mécanismes de l’Union africaine, de la Communauté d’Afrique de l’Est et de la Communauté de développement de l’Afrique australe. Ces deux dernières organisations ont travaillé à harmoniser leurs démarches face à la crise. Le défi reste de transformer les engagements diplomatiques en changements observables sur le terrain.

Les Nations unies ont, de leur côté, documenté le soutien de forces rwandaises au M23. Kigali conteste les accusations. Dans ce contexte sensible, l’attribution des responsabilités reste essentielle : les déclarations des parties et les conclusions des experts ne doivent pas être confondues.

La demande de Kinshasa à Moscou

Le 30 octobre, en marge du sommet Russie-Afrique à Moscou, Félix Tshisekedi s’est entretenu avec Vladimir Poutine. Le président congolais a appelé la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, à accompagner la recherche de la paix. Il a également sollicité son soutien dans les discussions à venir sur le mandat de la MONUSCO, la mission onusienne déployée en RDC.

La rencontre intervient alors que l’accord entre Kinshasa et Kigali n’a pas mis fin aux affrontements. La reprise des combats et les violations rapportées des engagements ont fragilisé les attentes suscitées par les textes signés. La Russie peut peser dans les débats du Conseil de sécurité, mais cette influence ne signifie pas qu’elle dispose à elle seule d’un levier pour faire appliquer un accord.

Le calendrier de la MONUSCO demande une précision. Son mandat actuel, renouvelé en décembre 2025 par le Conseil de sécurité, court jusqu’au 20 décembre 2026. La demande congolaise porte donc sur le prochain renouvellement, qui devra être négocié avant cette échéance.

Entre recherche d’appuis et attentes locales

Pour les autorités de Kinshasa, solliciter Moscou élargit le cercle des interlocuteurs susceptibles de soutenir la pression diplomatique. Cette démarche s’inscrit aussi dans une volonté affichée de diversifier les partenariats extérieurs. Elle ne remplace toutefois ni les négociations avec Kigali et les groupes armés, ni les initiatives conduites par les médiateurs africains.

Les conséquences de l’impasse se mesurent d’abord dans les provinces de l’Est. Les habitants des zones touchées affrontent les déplacements, l’insécurité et les ruptures d’accès aux services et aux activités économiques. À Kinshasa, la priorité est aussi politique : obtenir des garanties sur le retrait des forces étrangères et la restauration de l’autorité de l’État. Pour les commerçants, les agriculteurs et les réseaux transfrontaliers, une désescalade crédible compte autant que les annonces diplomatiques.

La MONUSCO, dont le mandat comprend notamment la protection des civils, demeure un sujet de débat en RDC. Le soutien russe à son renouvellement pourrait compter au Conseil de sécurité, mais la décision appartient à l’ensemble de ses membres. La présence de la mission ne se substitue pas non plus aux responsabilités des autorités congolaises en matière de sécurité et de gouvernance.

Un test pour la diplomatie régionale

La demande adressée à Moscou ajoute un interlocuteur à une architecture de paix déjà dense. Elle met aussi en évidence la marge de manœuvre recherchée par Kinshasa entre les médiations américaine, qatarie et africaine. Pour la Russie, cette ouverture offre une occasion de renforcer ses relations politiques avec un État majeur d’Afrique centrale.

La portée de la rencontre se jugera moins aux déclarations qu’aux suites concrètes : la position russe lors du renouvellement de la MONUSCO, l’application vérifiable des engagements de Washington et les progrès des discussions avec l’AFC/M23. Pour les pays voisins, la stabilité dépend aussi de la coopération régionale sur les frontières, la sécurité et les déplacements de population. À ce stade, aucune annonce de Moscou ne permet de conclure à un nouvel accord ou à un changement immédiat sur le terrain.

Le compte rendu de Radio Okapi sur la rencontre à Moscou rapporte l’appel de Tshisekedi à un partenariat axé sur la paix et la sécurité. La MONUSCO précise la durée de son mandat actuel, tandis que le rapport des Nations unies sur la mise en œuvre des accords documente les engagements pris et les difficultés persistantes.