Une qualification historique peut-elle rester incontestée lorsque des doutes portent sur l’éligibilité d’un joueur ? En République démocratique du Congo, la question dépasse le parcours de Lionel Mpasi : elle touche à l’équité des qualifications et à la confiance dans les instances du football.

Une affaire née des barrages africains

Le 16 novembre 2025, à Rabat, les Léopards ont éliminé le Nigeria en finale des barrages africains pour le Mondial 2026. Après un match nul 1-1, la RDC s’est imposée aux tirs au but. Elle a ensuite décroché son billet pour la Coupe du monde en battant la Jamaïque 1-0 après prolongation, le 31 mars 2026. Ce retour au tournoi, attendu depuis 1974, a aussi fait de la RDC le dixième représentant africain de cette édition.

Le Nigeria a contesté l’éligibilité de plusieurs joueurs congolais. La Fédération nigériane de football (NFF) a déposé un recours auprès de la FIFA le 28 novembre 2025, selon des documents rapportés dans une enquête publiée le 6 octobre 2026. La FIFA a ensuite estimé que la plainte était irrecevable pour des raisons de procédure et de délai. Elle affirme que cette décision a été notifiée au Nigeria au début de mars 2026 et qu’elle est devenue définitive faute de recours formel recevable.

Le dossier de Lionel Mpasi

Le gardien congolais Lionel Mpasi, né en France et passé par les sélections françaises de jeunes, est au centre des nouvelles révélations. D’après les éléments documentaires rapportés par les journalistes, la Fédération congolaise aurait lancé en 2021 une procédure pour qu’il change d’association sportive. Cette démarche n’aurait toutefois pas été menée à son terme. Mpasi a ensuite joué pour la RDC, notamment lors de rencontres qualificatives pour le Mondial.

La distinction est importante : représenter une sélection de jeunes ne ferme pas automatiquement la porte à une autre équipe nationale. Mais un changement d’association doit respecter les conditions prévues par les règles de la FIFA et, selon le cas, faire l’objet d’une demande et d’une décision formelles. Dans un communiqué publié le 10 septembre 2026, l’instance a d’ailleurs rappelé que ses procédures précisent les cas où une demande de changement ou de confirmation d’éligibilité est nécessaire.

Selon les documents cités dans l’enquête, des juristes de la FIFA ont conclu en mars 2026 que le changement d’association de Mpasi n’avait pas été finalisé. Ils auraient alerté la direction sur les conséquences possibles pour les matchs auxquels le gardien avait participé. Le code disciplinaire de la FIFA prévoit, dans certaines circonstances, une défaite par forfait lorsqu’une équipe aligne un joueur déclaré inéligible après réclamation. Les juristes auraient aussi envisagé une procédure ouverte d’office, c’est-à-dire engagée par l’instance elle-même, même sans plainte recevable.

Ces éléments ne constituent pas, à eux seuls, une décision disciplinaire publique établissant définitivement une infraction. La FIFA indique que la plainte nigériane a été déclarée irrecevable. Elle rejette également toute suggestion selon laquelle son président, Gianni Infantino, serait intervenu dans la procédure. Il faut donc distinguer les constats internes rapportés par les journalistes, les règles applicables et la position officielle de l’instance.

Des conséquences qui dépassent Kinshasa

Les scénarios évoqués par les juristes auraient pu affecter plusieurs étapes de la qualification. D’après l’enquête, une sanction concernant des matchs antérieurs aurait pu modifier le parcours des barrages africains et la place obtenue par la RDC. Le Nigeria, battu aux tirs au but, aurait ainsi pu retrouver une chance de disputer le barrage intercontinental. La Jamaïque, adversaire des Congolais pour le dernier billet, est également concernée par les questions d’équité sportive.

La NFF a contesté la décision de la FIFA. Des responsables nigérians ont aussi évoqué la possibilité de réclamer une compensation financière, sans qu’une décision sur cette démarche soit annoncée dans les informations disponibles. De son côté, la confédération nord-américaine, centraméricaine et caribéenne de football a demandé que toute préoccupation liée à l’éligibilité soit examinée selon les règles et procédures applicables.

Pour les Congolais, l’enjeu est double. La qualification constitue un moment sportif majeur, et les résultats obtenus sur le terrain ne disparaissent pas du débat public. Mais les zones d’ombre administratives peuvent fragiliser la confiance des supporters, des joueurs et des fédérations adverses. À Kinshasa comme dans les autres villes du pays, la discussion ne porte donc pas seulement sur la performance de l’équipe : elle concerne aussi la manière dont les instances protègent la valeur des compétitions.

La responsabilité éventuelle ne se confond pas non plus avec celle du joueur. Les démarches d’éligibilité relèvent des fédérations et des procédures de la FIFA. Les informations publiées décrivent une demande de changement inachevée et des alertes internes, mais elles ne permettent pas d’attribuer à Mpasi une faute intentionnelle. L’instance congolaise et les organes compétents doivent pouvoir répondre sur les documents transmis et sur le suivi du dossier.

Un test de gouvernance pour le football africain

Cette affaire intervient alors que la Coupe du monde 2026 accueille un nombre inédit de sélections africaines. L’élargissement du tournoi offre davantage de places au continent, mais augmente aussi les enjeux des barrages : une décision administrative peut modifier le destin sportif et économique de plusieurs fédérations. La Confédération africaine de football (CAF), qui organise les compétitions continentales, et la FIFA doivent préserver des règles lisibles pour tous les pays, sans distinction de poids politique ou sportif.

Le dossier soulève enfin une question de transparence institutionnelle. Si des juristes ont bien identifié un problème avant le barrage contre la Jamaïque, il importe de comprendre pourquoi aucune procédure publique n’a suivi, et sur quelle base la FIFA a clos le recours nigérian. Les éléments actuellement rapportés mettent en évidence des conclusions internes et une réponse officielle divergente dans son cadrage. Ils ne remplacent pas une décision motivée rendue publique.

La suite dépendra des démarches éventuelles de la fédération nigériane et des réponses des instances concernées. Pour la RDC, la qualification demeure acquise dans les résultats officiels connus. Mais la crédibilité du processus dépendra de la capacité de la FIFA à expliquer clairement comment elle a appliqué ses règles, et pourquoi les alertes internes rapportées n’ont pas conduit à une décision disciplinaire publiée.