À Rome, les discussions de la Coalition Article 64 (C64) posent une question centrale pour l’opposition congolaise : comment défendre une issue politique à la crise sans paraître cautionner ni le pouvoir de Félix Tshisekedi, ni le recours aux armes défendu par des acteurs opposés à Kinshasa ? Les cinq dirigeants réunis cherchent une position commune, alors que les désaccords portent autant sur les moyens que sur le futur dialogue national.

Une coalition qui cherche sa ligne

La C64 rassemble plusieurs figures de l’opposition, dont Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Matata Ponyo et Jean-Marc Kabund. Constituée en 2026 autour de la défense de l’ordre constitutionnel, elle s’est opposée aux projets de révision institutionnelle et réclame un dialogue national jugé inclusif.

La rencontre de Rome se tient dans un contexte où la place et le format de ce dialogue restent contestés. La présidence a engagé des consultations, tandis que la coalition refuse que celles-ci tiennent lieu de dialogue national. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), deux grandes organisations religieuses, ont proposé leur concours pour rapprocher les acteurs. Début octobre, la CENCO s’est dite ouverte à participer à la préparation du processus, à condition qu’il soit inclusif et crédible.

Le débat dépasse les rapports entre le pouvoir et ses adversaires. Dans un pays marqué par des tensions politiques et sécuritaires, un dialogue peut créer un espace de compromis. Mais son ordre du jour, ses médiateurs et la représentation des groupes armés déterminent aussi qui pourra peser sur les décisions.

Le dossier Kabila, point de friction

Les travaux ont commencé le lundi 26 octobre à Rome et doivent reprendre le mardi 27 octobre. D’après les informations communiquées autour de la réunion, les dirigeants ont d’abord avancé sur les points de convergence, avant de laisser en suspens les formulations les plus sensibles. Aucun accord définitif n’était annoncé avant la reprise des échanges.

Le désaccord le plus délicat concerne Joseph Kabila et le choix de la lutte armée. Une condamnation explicite pourrait être interprétée comme un alignement sur Félix Tshisekedi. À l’inverse, l’absence de condamnation risquerait de laisser croire que la coalition tolère ou soutient une stratégie armée. Les dirigeants tentent donc d’affirmer leur autonomie vis-à-vis des deux camps, sans diluer leur position.

Ce choix de mots a une portée concrète. La C64 cherche à rester une force politique distincte, capable de défendre une solution négociée. Une déclaration trop ambiguë pourrait fragiliser sa crédibilité auprès des électeurs et des organisations civiles. Une prise de position jugée trop proche du pouvoir pourrait, elle, accentuer les divisions de l’opposition.

Sur le dialogue national, les discussions auraient davantage rapproché les participants autour de deux principes : maintenir à la table des acteurs armés comme non armés, et confier un rôle de médiation aux Églises catholique et protestante. Ce rapprochement ne règle toutefois ni les conditions de participation ni la question de savoir qui définirait l’ordre du jour.

L’absence de Prince Epenge soulève une autre question

La délégation de Lamuka est privée de son porte-parole, Prince Epenge. Selon son parti, il a été interpellé le dimanche 25 octobre à l’aéroport international de N’Djili, à Kinshasa, alors qu’il devait se rendre à Rome. Les motifs n’avaient pas été communiqués publiquement au moment des premières réactions. Son parti, l’Action pour la démocratie et le développement au Congo, affirme que le lieu où il serait détenu reste inconnu et demande sa libération.

Ces éléments sont attribués aux organisations concernées : l’interpellation et les circonstances de la détention n’ont pas été confirmées dans les informations disponibles par une communication officielle indépendante. L’affaire ajoute néanmoins une préoccupation immédiate aux discussions de Rome. Elle touche à la liberté de circulation d’un acteur politique et à la capacité des opposants de participer à des réunions hors du pays.

Pour les responsables réunis en Italie, l’absence d’un représentant de Lamuka peut aussi compliquer la recherche d’un texte commun. Pour la population, l’enjeu se mesure plus largement à la possibilité de débattre de la crise et des institutions sans intimidation. Les conséquences politiques se jouent à Kinshasa, mais aussi dans les provinces, où les décisions nationales influencent la confiance envers les institutions.

Un dialogue à l’épreuve de sa crédibilité

La réunion de Rome ne constitue pas en elle-même une médiation officielle. Elle peut toutefois préciser les conditions auxquelles l’opposition accepterait de participer à une concertation nationale. La CENCO et l’ECC disposent d’une expérience de facilitation, mais leur rôle dépendra de l’accord des différentes parties et de leur capacité à garantir un processus perçu comme équilibré.

La dimension régionale compte également. La crise politique de la RDC se déroule dans un environnement où les enjeux de sécurité dépassent les frontières, notamment dans la région des Grands Lacs. Un dialogue crédible pourrait contribuer à réduire les tensions internes et faciliter la coordination avec les initiatives régionales. Mais une rencontre qui exclurait des acteurs influents, ou dont les règles seraient contestées, risquerait au contraire d’ajouter un nouveau front politique.

Les prochaines étapes dépendront du texte que les cinq dirigeants parviendront à présenter et de la réponse des autorités à la demande concernant Prince Epenge. Reste aussi à savoir si le processus national donnera aux Églises un rôle de médiation réel, et s’il intégrera les acteurs armés sans transformer leur présence en légitimation de la violence. C’est sur ces garanties, davantage que sur l’annonce d’un dialogue, que se jouera sa crédibilité.

Radio Okapi rapporte la réaction du parti de Prince Epenge. L’Agence congolaise de presse détaille la position de la CENCO sur le dialogue. Ouragan présente les démarches entre la présidence et les Églises. Associated Press revient sur les manifestations autour du débat constitutionnel en RDC.