La progression d’Ebola en République démocratique du Congo ne se lit plus seulement à partir de son foyer initial. Le 18 octobre, le Nord-Kivu a enregistré davantage de nouveaux cas confirmés que l’Ituri, tandis que deux contaminations signalées dans le Nord-Ubangi ont étendu la présence rapportée du virus à une huitième province. Ce déplacement des foyers met à l’épreuve une riposte déjà confrontée à l’insécurité et à des besoins de soins inégalement répartis.
Une carte de l’épidémie qui s’élargit
La RDC est engagée dans sa 17e épidémie d’Ebola. La flambée actuelle, due au virus Bundibugyo, a été déclarée en mai 2026, après des détections dans l’est du pays. L’Ituri en a longtemps concentré la part la plus importante. Mais la transmission s’est aussi installée au Nord-Kivu et dans d’autres provinces, obligeant les autorités à suivre plusieurs foyers simultanément.
Cette évolution concerne également les voisins de la RDC. L’Organisation mondiale de la santé a signalé une propagation transfrontalière en Ouganda. La coordination régionale importe donc autant que l’action dans les zones touchées : les déplacements de personnes et les liens entre communautés ne s’arrêtent pas aux frontières administratives.
Le 18 octobre, les données d’un suivi de la situation fondé sur les rapports de riposte faisaient état de 97 nouveaux cas en 24 heures à l’échelle nationale. Le même relevé recensait 48 nouveaux cas confirmés au Nord-Kivu, contre 42 en Ituri. Ces chiffres décrivent une journée précise ; ils ne signifient pas que l’Ituri a cessé d’être un foyer majeur ni que le centre de gravité de l’épidémie s’est définitivement déplacé.
Le point de situation faisait également état de deux cas confirmés dans le Nord-Ubangi. À ce stade, aucun autre cas n’y était signalé dans le bilan repris. L’extension géographique complique la surveillance : chaque nouveau foyer exige l’identification des contacts, des équipes de prélèvement et des capacités d’isolement adaptées au contexte local.
Des capacités sanitaires sous pression inégale
La différence entre les provinces apparaît aussi dans l’occupation des centres de traitement. Selon les chiffres du rapport de riposte cités dans les informations disponibles, les structures de l’Ituri étaient occupées à 41 %, contre près de 88 % au Nord-Kivu. Les lits destinés aux cas suspects y atteignaient environ 94 % d’occupation. Ces taux sont des indicateurs de capacité à un moment donné, pas une mesure directe du nombre total de malades dans chaque province.
Cette tension rend déterminants le dépistage rapide et l’orientation des patients. Elle pèse aussi sur les familles : les déplacements vers un centre, l’attente d’un résultat et l’isolement d’un proche peuvent bouleverser les activités quotidiennes, notamment lorsque les soins sont éloignés des communautés. Les chiffres hospitaliers ne rendent pas toujours visibles les personnes qui n’ont pas encore été diagnostiquées ou qui vivent loin des structures.
À Bunia, chef-lieu de l’Ituri, Médecins Sans Frontières a annoncé la fermeture à la fin octobre de son centre de traitement d’Elykia. L’organisation indique que les personnes présentant des symptômes pourront être accueillies dans d’autres structures de Bunia et de ses environs. Le changement s’inscrit dans un redéploiement des équipes et des moyens ; son effet dépendra de la capacité des centres restant ouverts à absorber les patients et à maintenir une prise en charge accessible.
Au Nord-Kivu, la réponse se heurte à des obstacles de sécurité particulièrement lourds dans certaines zones. La présence de groupes armés, dont les Forces démocratiques alliées (ADF), limite les déplacements et complique le travail des équipes sanitaires. Les restrictions d’accès peuvent retarder les investigations, le suivi des contacts et l’acheminement des fournitures. Elles ne résument toutefois pas les causes de l’épidémie, qui exigent aussi une surveillance de proximité et la confiance des communautés.
La suite dépendra de la détection locale
Le passage d’un bilan dominé par l’Ituri à une journée où le Nord-Kivu rapporte plus de cas appelle à ajuster les moyens sans abandonner les foyers anciens. Pour les autorités congolaises et leurs partenaires, l’enjeu est de répartir les équipes selon les besoins réels, tout en conservant une capacité de réponse dans les provinces où le nombre de nouveaux cas baisse. Une amélioration ponctuelle ne suffit pas à conclure que la transmission est interrompue.
La présence du virus dans le Nord-Ubangi élargit par ailleurs les besoins de coordination au-delà de l’est. La surveillance, l’information sanitaire et les mécanismes de référence doivent suivre les réalités de chaque province. À l’échelle régionale, les autorités sanitaires des pays voisins et les institutions continentales ont un rôle de coordination, tandis que les dispositifs nationaux restent au cœur du dépistage et des soins.
Les prochains rapports devront préciser si le niveau élevé observé au Nord-Kivu se confirme, si les cas du Nord-Ubangi restent isolés et si les centres de traitement conservent une marge suffisante. Pour les habitants, la différence se jouera dans des éléments concrets : pouvoir accéder rapidement à un test, trouver une structure disponible et recevoir une information fiable près de chez soi.