Quand les récoltes échouent, la crise ne s’arrête pas aux greniers vides. Dans le nord-est de l’Ouganda, la baisse des revenus, le coût des aliments et la pression sur l’eau fragilisent aussi l’élevage, la santé des enfants et la capacité des familles à tenir jusqu’à la prochaine récolte.
Face à ces besoins, les Nations unies et leurs partenaires ont lancé, le 26 octobre 2026, un appel de 50,19 millions de dollars pour leur réponse en Ouganda. L’objectif annoncé est d’aider 560 000 personnes, parmi lesquelles des réfugiés et des habitants de la région du Karamoja. Le montant total du programme est estimé à 61,26 millions de dollars ; 11,08 millions étaient disponibles au lancement. Ces chiffres décrivent un appel de financement, pas des sommes déjà distribuées.
Une crise alimentaire qui touche plusieurs territoires
Le Karamoja, région du nord-est ougandais, est particulièrement exposé aux aléas climatiques et à la faiblesse des récoltes. La sécheresse prolongée a réduit les ressources des ménages et mis sous pression les moyens de subsistance. Mais les besoins ne se limitent pas à cette région : les analyses couvrent aussi des communautés accueillant des réfugiés, des camps et d’autres districts.
Le 26 octobre, le coordonnateur résident des Nations unies en Ouganda, Leonard Zulu, a indiqué qu’environ 3,6 millions de personnes faisaient face à une insécurité alimentaire aiguë de niveau « crise » ou pire. La projection atteint 4,4 millions entre février et juin 2027, période de soudure où les réserves s’amenuisent avant les récoltes. Ces estimations s’appuient sur l’analyse de la Classification intégrée de la sécurité alimentaire, ou IPC, outil qui classe la gravité de l’insécurité alimentaire selon des seuils communs.
La situation est particulièrement difficile dans le Karamoja, mais les chiffres doivent être replacés dans leur période d’observation. Une analyse antérieure de l’IPC, publiée en juin, estimait à 473 000 le nombre de personnes en crise ou pire dans la région entre avril et juillet 2026. L’organisation humanitaire Oxfam, qui s’appuie sur cette même analyse, a relayé cette estimation en août. Il s’agit donc d’un repère pour ces mois-là, et non d’un bilan directement interchangeable avec les nouvelles projections nationales.
De l’aide immédiate aux services essentiels
L’appel doit financer plusieurs types d’intervention : transferts monétaires aux ménages, intrants agricoles, soutien à l’élevage, soins de santé et prise en charge nutritionnelle. Il prévoit aussi la remise en état de points d’eau, des actions d’assainissement, la protection des enfants et la prévention des violences basées sur le genre. L’enjeu est de répondre à des besoins liés entre eux : une famille qui perd ses récoltes peut aussi perdre ses revenus, réduire ses repas et avoir moins accès aux soins ou à l’eau salubre.
L’IPC estime qu’entre avril 2026 et mars 2027, environ 529 000 enfants de 6 à 59 mois et 327 700 femmes enceintes ou allaitantes pourraient souffrir de malnutrition aiguë et avoir besoin d’un traitement. Ce sont des estimations de besoins sur une période donnée, et non le nombre de personnes déjà prises en charge. L’analyse identifie notamment des niveaux critiques dans les districts de Kotido et Kaabong, au Karamoja.
Le manque de financement peut réduire la portée des réponses avant même que les besoins ne culminent. Dans son analyse de septembre, le réseau de suivi alimentaire FEWS NET indique que l’insécurité alimentaire de niveau crise devrait persister au Karamoja jusqu’en janvier 2027. Il relève aussi que les récoltes dégradées, les réserves limitées et la hausse saisonnière des prix compliquent l’accès à la nourriture, y compris pour les ménages réfugiés. Ces constats complètent les projections de l’IPC, sans être la même analyse ni couvrir exactement les mêmes populations.
Un défi pour les autorités et les partenaires
À Kampala, le gouvernement ougandais reste au centre de la coordination avec les autorités locales, les agences onusiennes et les organisations humanitaires. Le lancement de l’appel, présidé par la Première ministre Robinah Nabbanja, s’inscrit dans le plan national de réponse à la crise alimentaire et nutritionnelle au Karamoja. Les Nations unies le présentent aussi comme complémentaire aux priorités du quatrième Plan national de développement de l’Ouganda.
Pour les ménages, la réponse ne se mesure pas seulement au montant annoncé. Elle dépendra de la rapidité des décaissements, de l’accès aux communautés éloignées et de l’adéquation de l’aide aux besoins locaux. Les transferts monétaires peuvent aider à acheter des aliments lorsque les marchés fonctionnent ; les intrants agricoles et l’appui à l’élevage visent plutôt à protéger les revenus et la production. La réhabilitation des points d’eau, elle, concerne à la fois les besoins domestiques et les activités agricoles ou pastorales.
Les conséquences sont également inégales. Les familles vivant de l’agriculture ou de l’élevage subissent directement les pertes de récoltes et la raréfaction de l’eau. Les réfugiés et les communautés qui les accueillent dépendent, à des degrés divers, de l’aide et des possibilités de revenus disponibles dans leur zone. Les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes ont des besoins nutritionnels spécifiques, tandis que les habitants des zones éloignées peuvent rencontrer davantage d’obstacles pour accéder aux services.
La soudure de 2027, prochain test
Le risque ne s’arrête pas aux frontières du Karamoja. L’Ouganda appartient à la Communauté d’Afrique de l’Est, qui réunit plusieurs pays liés par les échanges, les mobilités et les marchés régionaux. Les variations de prix, les récoltes et les flux commerciaux peuvent donc influer sur l’accès aux aliments. À l’échelle continentale, cet appel illustre aussi la difficulté de financer des réponses qui doivent conjuguer urgence, nutrition et protection durable des moyens de subsistance.
La prochaine période à surveiller est celle de février à juin 2027, pendant laquelle l’IPC projette une hausse nationale de 3,6 à 4,4 millions de personnes en crise alimentaire aiguë ou pire. Les partenaires devront rendre compte des fonds effectivement mobilisés et des personnes atteintes. Pour les Ougandais concernés, la différence se jouera dans la continuité de l’aide, mais aussi dans la capacité des services locaux à protéger les récoltes, l’accès à l’eau et les soins nutritionnels au-delà de l’urgence.
Les estimations nutritionnelles et alimentaires sont issues d’analyses récentes et distinctes. Le bureau des Nations unies en Ouganda a publié les chiffres nationaux présentés lors du lancement, tandis que l’IPC détaille les résultats nutritionnels et que FEWS NET suit l’évolution régionale. Oxfam a également documenté les difficultés des communautés du Karamoja et les limites des réserves alimentaires.