Une démarche administrative en ligne n’a d’utilité que si elle s’ouvre au moment voulu. En Mauritanie, les contrôles du réseau mobile rappellent qu’une connexion fiable est désormais une condition concrète de l’accès aux services publics et aux activités économiques.
Des usages numériques qui dépendent du réseau
À Nouakchott comme dans les villes de l’intérieur, les autorités veulent déplacer une partie des démarches publiques vers des plateformes numériques. Elles préparent aussi des usages de l’intelligence artificielle dans plusieurs secteurs. La stratégie nationale mauritanienne couvre la période 2025-2029 et cite notamment des applications utiles au développement du pays. Le ministère chargé de la Transformation numérique présente les stratégies nationales.
Le commerce électronique figure également parmi les priorités. Une stratégie nationale doit encadrer son développement pour 2026-2030. La préparation de ce cadre a mobilisé les administrations concernées et s’appuie sur une évaluation de l’état de préparation du pays, menée avec la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement. L’Agence mauritanienne d’information a rendu compte de la validation de cette stratégie.
Ces projets reposent sur un outil moins visible que les applications : la qualité du signal. Pour transmettre un formulaire, confirmer un paiement ou participer à une visioconférence, il faut une connexion suffisamment stable. Une interruption pèse davantage sur les personnes éloignées des guichets administratifs, qui comptent sur les services à distance pour limiter les déplacements.
Des défaillances relevées chez les trois opérateurs
Une mission de contrôle de l’Autorité de régulation des communications électroniques (ARE) a relevé des insuffisances dans les services voix et données de Mattel, Mauritel et Chinguitel. D’après les éléments communiqués dans le cadre du contrôle, les vérifications menées de février à mars ont porté sur la réussite et les coupures d’appels, ainsi que sur les performances des réseaux 3G et 4G dans des villes, des localités et sur des axes routiers. Les résultats ont été rendus publics le 7 octobre. L’année de cette campagne n’étant pas précisée dans les informations disponibles, il convient de ne pas lui en attribuer une.
Le constat prolonge un dossier déjà suivi par le régulateur. En 2024, après une campagne de contrôle menée du 23 septembre au 6 novembre, le Conseil national de régulation a sanctionné les trois opérateurs. Les mesures comprenaient des amendes et des réductions de la durée de certaines licences. Le ministère mauritanien du Numérique a détaillé les sanctions prises en novembre 2024. Les décisions du régulateur s’appuyaient sur les obligations prévues par les cahiers des charges et par la loi sur les communications électroniques.
Ce précédent donne du poids aux nouveaux contrôles, mais il ne suffit pas à démontrer que la qualité s’est améliorée ou détériorée partout. Les résultats doivent être lus localité par localité et selon les indicateurs mesurés. Ils établissent toutefois que les insuffisances ne concernent pas seulement une expérience individuelle : elles sont évaluées au regard d’engagements réglementaires.
Le défi de l’application et de la transparence
Pour les usagers, une couverture affichée sur une carte ne garantit pas qu’un appel aboutira ou qu’une page se chargera sans coupure. Les difficultés peuvent varier entre un centre urbain, une localité moins desservie et une route reliant plusieurs villes. Les écarts affectent aussi différemment les ménages, les administrations et les petites entreprises, dont les activités dépendent de plus en plus des échanges mobiles.
Pour les opérateurs, les contrôles impliquent des investissements dans les équipements, la capacité des réseaux et leur entretien. Pour l’État, l’enjeu consiste à faire respecter les obligations sans limiter l’accès au service ni réduire l’incitation à moderniser les infrastructures. La sanction est un levier ; le suivi des correctifs et la publication de résultats comparables permettent de vérifier s’il produit des effets durables.
La transparence compte également. Des données détaillées sur les zones testées, les seuils exigés et les progrès constatés aideraient les consommateurs à distinguer les promesses commerciales de la qualité réellement disponible. Elles permettraient aussi d’évaluer si les investissements bénéficient uniquement aux pôles les plus fréquentés ou améliorent la desserte des localités et des axes routiers.
Un enjeu mauritanien à portée régionale
La Mauritanie se situe en Afrique de l’Ouest, mais elle n’est pas membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Son appartenance à l’Union du Maghreb arabe et ses liens avec les pays voisins donnent à ses politiques numériques une dimension régionale. Des réseaux plus fiables facilitent les échanges, les services transfrontaliers et la circulation de l’information ; ils ne remplacent toutefois ni les règles communes ni les infrastructures nécessaires.
À l’échelle continentale, l’expérience mauritanienne illustre un enjeu partagé : les stratégies numériques ne se résument pas à lancer des plateformes ou à annoncer de nouvelles technologies. Elles doivent aussi garantir une connexion qui fonctionne pour les habitants, les commerçants et les services publics. Le suivi des prochains contrôles, la réponse des opérateurs et la mise en œuvre des stratégies nationales diront si les ambitions annoncées se traduisent par un accès plus régulier, y compris hors de Nouakchott.