Dans le territoire de Mambasa, accéder à un champ ou à un site d’orpaillage peut désormais exposer les habitants à la violence comme à une taxe imposée par des hommes armés. Cette insécurité survient alors que l’Ituri fait face à une épidémie d’Ebola et que les équipes sanitaires doivent atteindre les communautés touchées.

Des attaques signalées autour des sites miniers

Dans la nuit du jeudi 15 au vendredi 16 octobre 2026, plusieurs sites miniers du groupement de Bakaheku, dans la chefferie de Babila Babombi, auraient été attaqués. Des acteurs locaux attribuent ces incursions aux Forces démocratiques alliées (ADF), groupe armé originaire d’Ouganda et affilié à l’organisation État islamique.

Une structure locale de suivi, l’APDEF Mambasa, a rapporté dix morts, dont une femme, lors de l’attaque de Makimbilio, Biasiko et Makamanda. Un témoin cité par la presse congolaise indique que les assaillants se seraient ensuite dirigés vers Mangadi. Ce bilan reste attribué à cette organisation : les informations consultées ne permettent pas de le confirmer par une source officielle indépendante.

Plus tôt dans la semaine, des habitants avaient également dénoncé l’instauration présumée de jetons payants pour accéder aux champs et aux zones d’orpaillage. Si ces témoignages sont exacts, le procédé traduit une forme de contrôle imposé aux civils et à leurs activités quotidiennes. Les informations disponibles ne permettent toutefois pas d’établir précisément son étendue ni les montants concernés.

Mambasa, entre insécurité et urgence sanitaire

Les signalements s’inscrivent dans une série d’incidents récents dans le territoire. Le 7 octobre, deux civils ont été tués à Longela, selon la Nouvelle Société civile congolaise, qui a aussi fait état d’une maison incendiée. Ces bilans locaux doivent être distingués des chiffres vérifiés par les autorités.

La situation pèse sur une réponse sanitaire déjà confrontée à des difficultés d’accès. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) décrit une flambée de maladie à virus Bundibugyo, une souche d’Ebola, déclarée en mai 2026. Son bulletin du 10 septembre faisait état de cas dans six provinces, dont l’Ituri, et soulignait les obstacles liés à l’insécurité, aux déplacements de population et au suivi des contacts.

À Mambasa, cette contrainte n’est pas seulement théorique. Des médias congolais ont rapporté des difficultés rencontrées par les équipes de riposte dans la zone de santé de Mandima, notamment des menaces et des incidents à Biakato au début du mois d’octobre. Les informations ne démontrent pas que les attaques attribuées aux ADF ont directement interrompu une opération précise. Elles indiquent toutefois un environnement où les déplacements des soignants et des habitants peuvent devenir plus risqués.

Des effets qui dépassent les victimes directes

Les premiers touchés sont les familles des zones concernées : habitants des villages, travailleurs des sites miniers et personnes qui dépendent des champs pour leur subsistance. Une attaque ou une menace de taxation peut pousser des ménages à limiter leurs déplacements ou à quitter temporairement leur localité. Cela complique aussi l’accès aux soins et la circulation de l’information sanitaire.

Pour les équipes de santé, l’insécurité peut réduire la capacité à enquêter sur de nouveaux cas, retrouver les personnes ayant été en contact avec un malade et orienter rapidement les patients. Ce sont des maillons essentiels d’une riposte à Ebola. L’OMS a déjà signalé que l’insécurité et les mouvements de population entravaient le suivi des contacts dans certaines zones de la flambée.

Les habitants ne sont pas seulement concernés comme bénéficiaires de l’aide. Leur confiance et leur participation comptent aussi pour signaler les symptômes, accepter les soins et faciliter les activités sanitaires. Lorsque les autorités et les équipes ne peuvent circuler régulièrement, la réponse risque de perdre en proximité, particulièrement dans les localités éloignées des centres urbains.

Un enjeu pour la sécurité régionale et la santé publique

La RDC est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC). L’activité des ADF dans les provinces de l’est et leurs origines ougandaises donnent à la menace une dimension transfrontalière. En parallèle, l’épidémie de Bundibugyo a également concerné l’Ouganda, ce qui rend la surveillance et la coordination sanitaire entre pays particulièrement importantes.

Les attaques signalées à Mambasa rappellent ainsi que la sécurité et la santé publique se croisent sur le terrain, sans se confondre. La priorité immédiate est de protéger les civils et de maintenir un accès sûr aux soins, tout en clarifiant les bilans et les faits auprès des autorités compétentes. Les prochaines informations à suivre concernent la confirmation des victimes, l’évolution des alertes sanitaires dans le territoire et la capacité des équipes à poursuivre leurs activités sans entrave.

Sources de contexte : signalement local de l’attaque du 16 octobre à Mambasa, recoupement par Election-net, situation épidémiologique publiée par l’OMS, incidents récents à Longela rapportés par Radio Okapi et difficultés signalées à Biakato.