Les frontières politiques ont changé, mais les routes, les marchés et les liens familiaux, eux, n’ont pas disparu. À Dakar, la CEDEAO et la Confédération des États du Sahel (AES) ouvrent des discussions pour organiser leurs relations après le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger du bloc ouest-africain.

Une séparation actée, des liens toujours quotidiens

Le retrait des trois pays est devenu effectif le 29 janvier 2025. Il s’agissait d’une première dans l’histoire de la CEDEAO, organisation régionale fondée en 1975 pour favoriser l’intégration économique et la coopération en Afrique de l’Ouest. La rupture institutionnelle ne supprime toutefois ni les échanges commerciaux ni les déplacements entre les pays.

La CEDEAO a demandé à ses États membres de continuer, jusqu’à nouvel ordre, à reconnaître les passeports et cartes d’identité concernés. Elle a aussi maintenu provisoirement la circulation sans visa et le traitement commercial préférentiel pour les biens et services du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Ces mesures visent à éviter des perturbations pour les populations pendant la définition des relations futures.

Cette continuité concerne des réalités très concrètes : commerçants, transporteurs, familles transfrontalières et entreprises dépendent de règles prévisibles. Les trois pays sahéliens, enclavés, ont également besoin de corridors vers les ports et les marchés côtiers. À l’inverse, les économies des États membres de la CEDEAO restent liées à leurs voisins sahéliens par les échanges et la mobilité des personnes.

Dakar, terrain d’une négociation entre deux ensembles

Le 16 octobre 2026, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de la CEDEAO se sont réunis à Dakar pour préparer une position commune. Les discussions formelles avec les représentants de l’AES doivent s’ouvrir dans la capitale sénégalaise les 17 et 18 octobre, selon l’Agence de presse sénégalaise et l’Agence de presse africaine.

La veille, les chefs de la diplomatie du Burkina Faso, du Mali et du Niger avaient coordonné leur position à Ouagadougou. Le gouvernement burkinabè présente leur démarche comme une négociation menée au nom de la Confédération, et non comme une demande de réintégration à la CEDEAO. Les responsables sahéliens mettent en avant la souveraineté de leurs États et la recherche de bases juridiques permettant de maintenir des liens utiles aux populations.

Les deux délégations arrivent donc avec des priorités distinctes. La CEDEAO veut défendre les acquis communautaires et éviter que des accords séparés ne fragmentent davantage l’espace régional. L’AES entend faire reconnaître sa place comme interlocuteur confédéral tout en préservant sa liberté de décision. Il ne s’agit pas encore d’un accord, mais d’un début de négociation sur les règles à venir.

La libre circulation au cœur des enjeux

Le président de la Commission de la CEDEAO, Birame Diop, a évoqué un projet d’accord-cadre couvrant 18 domaines prioritaires regroupés en cinq pôles. D’après l’APS, le document aborde notamment la circulation des personnes et des biens, le commerce, la sécurité et la coopération transfrontalière. Il doit servir de base aux échanges, sans préjuger de leur résultat.

Pour les habitants, l’enjeu dépasse les symboles institutionnels. Un changement de régime douanier ou de documents de voyage pourrait affecter les commerçants informels comme les entreprises établies. Les effets ne seraient pas identiques partout : les villes frontalières, les marchés et les axes de transport ressentiraient rapidement toute nouvelle formalité, tandis que les administrations devraient appliquer des règles qui restent à négocier.

La sécurité constitue un autre dossier sensible. La coopération entre États voisins peut faciliter les échanges d’informations et la coordination face aux groupes armés et aux réseaux criminels. Mais les discussions devront préciser les mécanismes, les responsabilités et les garanties, sans confondre rapprochement sécuritaire et alignement politique.

Un test pour l’intégration ouest-africaine

Cette rencontre s’inscrit dans une recomposition plus large. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont renforcé leur coopération au sein de l’AES, tandis que la CEDEAO cherche à maintenir un cadre commun avec ses États membres. Pour les deux organisations, l’enjeu est de transformer des intérêts partagés en arrangements pratiques, malgré des désaccords politiques persistants.

Le Sénégal accueille les échanges, mais la portée de leur résultat dépassera Dakar. Toute évolution des règles de circulation, de commerce ou de sécurité touchera aussi les États côtiers et les pays enclavés de la région. La CEDEAO avait déjà étudié à Accra, en avril 2025, des mesures de séparation concernant les programmes communs, l’accès aux marchés et les déplacements. Les discussions actuelles donnent une nouvelle dimension politique à ces travaux.

La suite dépendra du mandat confié aux équipes de négociation et de la capacité des deux parties à s’entendre sur un cadre durable. À ce stade, aucune réintégration n’est annoncée et aucun accord final n’est établi. Le premier résultat attendu est plus limité, mais décisif pour les citoyens : savoir quelles règles continueront de s’appliquer à leurs déplacements, à leurs échanges et à la coopération entre États.

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