Prévenir un cancer ne se résume pas à vacciner. En Gambie, protéger les adolescentes contre le papillomavirus humain (HPV) et permettre aux femmes de se faire dépister à temps sont deux étapes d’un même parcours, dont l’accès reste inégal.

Une prévention qui doit couvrir tout le parcours

Le cancer du col de l’utérus est lié, dans la très grande majorité des cas, à une infection persistante par un HPV à haut risque. La vaccination prévient une partie importante de ces infections. Le dépistage, lui, repère des lésions précancéreuses avant qu’elles ne deviennent un cancer. Un résultat anormal doit ensuite pouvoir conduire à un diagnostic et à des soins.

À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fixe trois objectifs pour 2030 : vacciner complètement 90 % des filles avant 15 ans, dépister 70 % des femmes aux âges recommandés et traiter 90 % des femmes atteintes d’une lésion ou d’un cancer. Cette stratégie rappelle qu’une campagne de vaccination, à elle seule, ne suffit pas à éliminer la maladie comme problème de santé publique.

La Gambie a introduit le vaccin contre le HPV dans son programme national en 2019, selon le ministère gambien de la Santé. Le pays dispose donc d’un levier de prévention déjà installé. Le défi est de maintenir la couverture et d’atteindre les filles qui échappent aux campagnes ou à la vaccination en milieu scolaire.

Une campagne de rattrapage dans trois régions

En avril 2026, une campagne d’une semaine a ciblé les filles de 9 à 14 ans non vaccinées dans trois régions. Menée par le ministère de la Santé avec les services éducatifs et des partenaires, elle a combiné interventions dans les écoles, les madrassas et les communautés. L’objectif était de rejoindre aussi les adolescentes qui ne fréquentent pas l’école.

L’OMS rapporte qu’après la campagne nationale de 2025, plus de 11 000 filles éligibles restaient à vacciner. L’opération de rattrapage en a ciblé près de 9 000 ; environ 8 500 ont reçu le vaccin, soit une couverture annoncée de 95 % parmi les filles ciblées. Ce résultat concerne cette campagne et ces zones : il ne signifie pas que 95 % de toutes les adolescentes du pays sont désormais vaccinées. Le compte rendu de l’OMS sur le rattrapage vaccinal en Gambie souligne le rôle des équipes de santé, des écoles et des relais communautaires.

Cette approche répond à un enjeu concret : une campagne nationale peut laisser des filles de côté si elle dépend uniquement des établissements de santé ou des écoles. La coordination entre services sanitaires, éducatifs et communautés aide à réduire ces angles morts. Elle ne remplace toutefois pas les services réguliers, nécessaires pour vacciner les nouvelles cohortes et assurer le suivi.

Le dépistage et les soins restent le maillon décisif

Les estimations montrent l’ampleur du besoin, mais elles ne sont pas toutes établies sur la même année ni la même méthode. La fiche de l’Agence internationale de recherche sur le cancer (CIRC), publiée dans le cadre de la stratégie mondiale de l’OMS, estime qu’en 2023 la Gambie a enregistré 325 nouveaux cas et 204 décès. La stratégie nationale gambienne s’appuie sur une estimation antérieure, de 286 cas et 199 décès par an. Ces chiffres sont des estimations, et non un décompte exhaustif des patientes.

La stratégie nationale de lutte contre le cancer relève aussi que le registre national du cancer est inactif depuis décembre 2019. Cette interruption limite la capacité à suivre l’évolution des cas et à comparer les estimations avec les diagnostics effectivement enregistrés. Elle complique ainsi la planification des dépistages, des équipements et des traitements.

Le document national décrit des activités de dépistage dans des centres de santé, des hôpitaux de district et des établissements de référence. Il signale cependant un manque de personnel formé et d’équipements. Le diagnostic spécialisé repose sur des capacités concentrées dans les structures tertiaires ; la radiothérapie n’est pas disponible dans le pays, selon cette stratégie. Pour une femme vivant loin de ces établissements, la distance, le coût du déplacement et les délais peuvent donc peser sur l’accès au diagnostic et aux soins.

La vaccination protège les adolescentes, tandis que le dépistage concerne les femmes adultes, selon les recommandations sanitaires. Les deux politiques doivent avancer ensemble. Sans dépistage régulier et sans orientation rapide après un résultat préoccupant, les progrès de la prévention ne réduisent pas suffisamment le risque pour les femmes déjà exposées ou qui ne sont pas concernées par les campagnes vaccinales.

Un enjeu gambien, une priorité ouest-africaine

La Gambie est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La lutte contre les cancers féminins touche donc aussi aux priorités régionales de santé : prévention, accès aux diagnostics et continuité des soins au-delà des grands centres urbains. La coopération régionale peut faciliter le partage d’expertise et l’accès aux services spécialisés, mais elle ne dispense pas chaque pays de renforcer ses capacités nationales.

La stratégie gambienne de lutte contre le cancer, couvrant la période 2025-2030, inscrit la prévention, le dépistage, le diagnostic et les soins dans un même cadre. La prochaine mesure de progrès ne sera pas seulement le nombre de doses administrées. Il faudra aussi suivre la couverture vaccinale dans toutes les régions, la reprise du registre, l’accès des femmes au dépistage et la capacité à orienter celles qui ont besoin de soins. La stratégie nationale gambienne de lutte contre le cancer identifie ces besoins et les limites actuelles du système.